| Internet : outil de « formation À distance » par les groupes terroristes |
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5. Diffusion des connaissances Le contenu des sites Internet conçus par des terroristes devient donc un sujet d’intérêt afin de mieux comprendre les apprentissages que peuvent faire les terroristes sur Internet. Cette section présente le contenu des sites Internet, les outils, médias et technologies, les types de préparation (idéologique et opérationnelle) et les forums de discussion utilisés par les terroristes. Ensuite, une présentation des internautes ciblés par les groupes terroristes sera faite.
5.1. Mosquées, écoles et camps d’entrainement et virtuels
5.1.1 Contenu des sites Internet Un site typique d’une organisation ou groupe terroriste comprend de l’information sur le groupe, son histoire, des biographies des leaders, fondateurs et héros de l’organisation, de l’information sur leur idéologie, des bulletins de nouvelles et des mises à jour, une recension des activités du groupe, des plans futurs, des cartes des endroits où un territoire est disputé. De manière générale, ils vont éviter de parler de leurs activités de violence ouvertement sur leurs sites (exceptions : Hezbollah, Hamas et Al-Zarqawi qui montrent des vidéos d’assassinats violents, d’exécutions et de bombes qui explosent) (Weimann, 2006). La plupart des sites terroristes publient des communiqués de l’organisation en ligne, des annonces officielles et les discours et les déclarations de leurs chefs, fondateurs ou idéologues. Le matériel contenu sur les sites peut être recyclé (Weimann, 2006). Selon Lieverman (2008) les sites peuvent contenir des programmes de télévision et de radio, de la littérature islamique téléchargeable, des journaux et des périodiques. La plupart des sites offrent des magasins en ligne, l’achat d’affiches, de livres, de vidéos, de photos, de disques, de collants, de badges, de calendriers, de manuels et de guides est parfois possible. Les sites sont donc une bonne source d’informations (Weimann, 2006).
5.1.2 Outils, médias et technologies utilisés
En 2004, le groupe Al-Qaïda a commencé à publier un manuel d’entrainement virtuel intitulé « Al Battar », toutefois, déjà en 2002, un manuel complet avait été découvert par la police métropolitaine de Manchester, au Royaume-Uni, pendant qu’ils étaient à la recherche de la résidence d’un membre d’Al-Qaïda. Le manuel a été traduit en Anglais et publié en ligne sur le site du Département de Justice Américain, cependant, cette version est censurée afin de ne pas encourager d’autres actes terroristes (Weimann, 2006).
Un exemple de l’utilisation d’un manuel virtuel pour commettre un acte terroriste serait celui de David Copeland. Il a installé des bombes dans trois locations différentes à Londres en 1999, a tué trois personnes et en a blessé 139. À son procès, il a avoué avoir appris ses techniques sur Internet en téléchargeant le manuel The Terrorist’s Handbook et How to Make Bombs (Lyall, 2002).
Les sites Internet peuvent également offrir des tutoriels pour les utilisateurs. Un tutoriel est un programme de présentation qui guide l'utilisateur dans l'apprentissage et la mise en œuvre d'un matériel ou d'un logiciel. Par exemple le Muslim Hackers Club est un groupe qui selon les agences de sécurité américaines essaient de développer des outils qui permettraient de faire des cyberattaques sur l’Occident, offre des tutoriels qui montrent comment créer et propager des virus, faire du sabotage de réseau, développer des codes et ils donnent des liens vers d’autres sites islamiques de militants terroristes. Le cryptage, qui a été décrit précédemment, peut également être utilisé. Il est possible de cacher des instructions, manuels et instructions dans des messages codés et des dossiers cryptés (Weimann, 2006). Comme la façon de commettre des cyberattaques se retrouve sur Internet, les utilisateurs peuvent donc être autodidactes. Ils n’ont pas à se déplacer et ils peuvent donc commettre des attaques en étant solitaires (Gagnon, 2007).
5.1.3 Types de préparation Il existe deux types de préparation : la préparation idéologique et opérationnelle. La préparation idéologique équivaut au processus de radicalisation. Il y aurait quatre étapes typiques qui constituent le processus de radicalisation islamique qui peut être vécu par un internaute qui visite un site d’Al-Qaïda selon un rapport de la police de New York (NYPD) (Freiburger et Crane, 2008). En ordre chronologique, ces étapes sont :
L’Idéologie islamique radicale peut donc être diffusée par Internet (Lieberman, 2008). Le sentiment d’isolement, la solitude et le fait de se sentir déconnecté peuvent être ressentis par les membres des groupes terroristes sur Internet. Le passage à l’acte peut devenir une façon de s’identifier et d’augmenter ainsi l’estime de soi (Weimann, 2006). La diffusion d’une idéologie devient intéressante, car c’est à partir de ce moment que la personne pourrait commencer à apprendre des définitions quant aux faits sociaux qui l’entourent (Sutherland, 1966). Cependant, encore ici, la prudence quant à l’interprétation qui peut être faite est de mise, car comme le mentionne Sageman (2004), les terroristes deviennent des terroristes à cause de situation particulière au moment du recrutement. Par conséquent, d’autres éléments devraient pris en considération dans l’apprentissage d’une idéologie. Des éléments comme le sentiment d’isolement, la solitude et le fait de se sentir déconnecté peuvent donc être des éléments sur lesquels on devrait se pencher. Le simple fait d’être exposé à une idéologie n’étant probablement pas suffisante. Aussi, tout dépend du temps exposé à cette idéologie. Pour sa part, la préparation opérationnelle consiste en la diffusion d’informations qui vont aider à la perpétrer une attaque. Il peut s’agir d’instructions pour la fabrication d’armes et d’explosifs. Elle peut également comprendre la diffusion d’informations sur les cibles (horaires et locations). En effet, il est possible d’en apprendre sur les horaires et locations des cibles comme sur la transportation des installations, des installations nucléaires, d’édifices publics, aéroports et ports, et même sur les mesures de contreterrorisme (Weimann, 2006). Des techniques concernant les enlèvements et comment faire les négociations peuvent également être apprises (Traduction du magazine Al Battar No. 10 dans SITE Institute, 2004). Les levées de fonds se retrouvent également dans cette catégorie (Lieberman, 2008).
5.1.4 Forums de discussion La communication directe entre terroristes et des terroristes potentiels est maintenant rendu possible grâce aux forums de discussion. La formation de groupes de discussion permet à des individus de se regrouper selon leurs intérêts personnels et leurs valeurs. Donc, cela est parfait pour des individus qui ont des idées, des expériences et des croyances qui sortent de l’ordinaire et qui souvent amènent des jugements négatifs de la majorité de la population. Cela offre aussi à ces individus une source de support et leur permet de connecter avec les autres et de devenir membre d’un groupe sympathisant à leur cause (Freiburger et Crane, 2008). Les internautes intéressés partout dans le monde peuvent s’engager dans des cyber relations à long terme qui peuvent mener à une amitié et éventuellement à l’adhésion à un groupe (Zanini et Edwards, 2002). Le phénomène des forums de discussion devient un peu plus inquiétant parce que selon Sutherland (1966), le comportement criminel serait appris au contact d’autres personnes et l’apprentissage se ferait surtout à l’intérieur d’un groupe restreint ce qui est rendu possible avec les forums de discussion dans le cyberespace. Toutefois, il est peu probable que quelqu’un navigue par hasard sur un de ces sites et développe des liens forts qui l’amèneraient à adhérer à un groupe. Il s’agirait probablement d’un long processus et il faudrait qu’à la base l’utilisateur ait déjà un intérêt pour une idéologie ou groupe quelconque. Il faudrait également prendre en considération certains facteurs mentionnés par Sutherland (1966), par exemple, la fréquence à laquelle un utilisateur est exposé au modèle terroriste, la durée des contacts avec ces modèles, l’antériorité et l’intensité du modèle. Un exemple d’une communication directe serait celui d’Al-Zawahiri (second de Ben Laden), en décembre 2007, Al-Qaïda a fait une bande vidéo où celui-ci dit aux internautes qu’ils peuvent poser des questions sur des forums de discussions islamiques en ligne. Il a ensuite donné des réponses détaillées à certaines des questions le 2 avril 2008 (Lieberman, 2008).
5.2 Internautes ciblés par les groupes terroristes Une analyse du contenu des sites Internet suppose que les sites s’adressent à trois types d’audience (Weimann, 2006) :
Le rapport produit par le United States Senate Committee on Homeland Security and Governmental Affairs fait part d’inquiétudes par rapport au fait que des jeunes américains musulmans et non musulmans soient exposés, ils parlent de « danger » qui existerait aussi en Europe et d’autres pays (Lieberman, 2008). Comme il a déjà été dit, il est peu probable de tomber sur ces sites par hasard. Il est mentionné que les adolescents sont visés, notamment à cause d’une chanson rap sortie en août 2007 « Dirty Kuffar » (Kuffar signifiant « non-croyant » en Arabe) qui a été téléchargé par des millions d’internautes. Encore là, il est difficile d’évaluer l’impact d’une telle chanson chez les jeunes. Bien qu’ils réussissent quand même à piquer la curiosité de millions de jeunes, il est possible de penser que pour beaucoup d’entre eux l’intérêt pour le terrorisme s’arrête là et qu’ils apprécient tout simplement la chanson. De plus, malgré le fait que les jeunes soient visés, Sageman (2004), dans sa recherche, affirme que la moyenne d’âge des terroristes lorsqu’ils rejoignent le jihad est de 25,69 ans. Donc, la plupart ne sont pas des adolescentes. Selon Freiburger et Crane (2008), les sites Internet doivent être attrayants et sensationnels pour attirer les jeunes. La langue des contenus peut également être un bon indicateur du public visé par les sites. Selon le rapport produit par le United States Senate Committee on Homeland Security and Governmental Affairs, comme les messages sont diffuses en anglais, on vise les Anglophones (Lieberman, 2008). Toutefois, il serait peut-être mieux de ne pas sauter trop vite aux conclusions, il se pourrait qu’on essaie tout simplement de rejoindre le plus de monde possible comme l’anglais constitue une langue parlée, par beaucoup de gens peu importe leur pays d’origine. Selon Korpela (2003), l’anglais est la langue universelle d’Internet. |
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6. Groupes utilisant l’Internet Cette section présente trois organisations qui sont connues pour utiliser l’Internet comme outils de « formation à distance ». Al-Qaïda Hezbollah Hamas Il est évident que l’absence de gardien dans le cyberespace est un élément intéressant pour ces groupes de terroristes qui voudraient se faire connaître. En effet, il s’agit d’une bonne manière pour ceux-ci de se faire connaitre par les terroristes et terroristes potentiels à travers le monde. D’un autre côté, pour ce qui est des connaissances qu’ils peuvent fournir, encore faut-il qu’il y ait des utilisateurs motivés ayant accès à ces informations. Des communications directes entre des utilisateurs membres de groupes et des non-membres pourraient faire croître cette motivation, car selon Sutherland (1966), les apprentissages se font au contact d’autres personnes. |
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2002-2011, ERTA |