| Le terrorisme séparatiste tchétchéne comprendre le phénoméne |
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Partie 4 – Pourquoi les Russes continuent le conflit? Le rôle du pétrole Le réel enjeu de la redistribution du pétrole de la mer Caspienne reste l'oléoduc traversant le territoire tchétchène. Au début des années 90, les grandes compagnies, tels que Chevron et Amoco, commencent à s'intéresser au pétrole du territoire en question. À la fin du XIXème siècle, Bakou (Azerbaïdjan) était le premier centre pétrolier au monde, mais il a décliné vers le fin du règne soviétique. Après la chute de ce dernier, la région se rouvre aux investissements étrangers, mais plusieurs problèmes dérangent l'exploitation des hydrocarbures: des difficultés techniques et commerciales (par exemple, des difficultés d'extraction), des problèmes juridiques (le statut discuté de la Caspienne, la législation insuffisante de protection des capitaux privés), ainsi que des problèmes politiques (guerre contre l'Arménie, renversement du président Eltchibey juste avant la signature d'un contrat pétrolier). Vers 1994, néanmoins, les obstacles s'estompent et un contrat de 7,5 milliards de dollars est signé entre une pétrolière azebaïdjanaise et l'AIOC, un consortium de pétroliers international, en septembre 1994. Il est dans les intérêts de Moscou de garder le contrôle du transport des hydrocarbures vers les marchés internationaux, mais l'enclavement de la Caspienne le rend difficile. La seule route d'évacuation opérationnelle pour le pétrole azéri et kazakh se trouve être un tube, qui depuis l'époque soviétique, traverse le territoire tchétchène sur quelques 150 kilomètres. Les Occidentaux, quant à eux, désirent diversifier leurs sources d'approvisionnement et favorisent l'évacuation d'une partie du pétrole par le sud, notamment les tracés traversant le Caucase du Sud pour rejoindre la mer Noire ou la Méditerranée, ce qui consoliderait l'indépendance de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie. À court terme, ce projet semble opérationnel et à long terme, les États-Unis et la Turquie projettent construire un oléoduc reliant Bakou au Ceyhan (Turquie). Cependant Moscou insiste sur l'utilisation du « tracé nord » passant par la Tchétchénie, qui est à son avantage, et avance que le projet des tracés méridionaux est incertain à cause de l'instabilité politique des territoires sur lesquels ils s'étendraient, l'incapacité des États à garantir la sécurité des tubes et la possible non-rentabilité générale du projet. L'argumentation de Moscou est très prometteuse, à condition de sa souveraineté établie solidement sur la Tchétchénie. Le déclenchement de la guerre en 1994 a donc probablement influencé par la situation pétrolière, néanmoins l'intervention militaire n'a fait qu'aggraver la situation dans le Caucase du Nord en rendant le projet de l'oléoduc Bakou-Grozny-Novorossiïsk impossible. Après une relative défaite militaire et pressé par l'urgence de la situation (l'évacuation des huiles est supposée commencer en novembre 1997) le gouvernement russe signe en juillet 1997 un accord avec les compagnies nationales pétrolières tchétchène et azerbaïdjanaise. Moscou s'engage à assurer la sécurité et la maintenance des tubes à Grozny, mais ne tient pas ses engagements financiers. À cause de l'absence des fonds pour éviter les piratages, le tube est troué en 1999 et des fraudeurs acheminent le pétrole volé vers Daghestan et Stavropol. Un autre oléoduc, contournant la Tchétchénie par Stavropol est alors construit et devient opérationnel en mars 2000. Mais les problèmes d'instabilité politique à Daghestan, le crime organisé local et des difficultés d'alimentation du tracé nord font de sorte que cinq ans plus tôt, une décision de partager le pétrole azéri entre l'oléoduc Bakou-Grozny-Novorossiïsk et l'oléoduc traversant l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Le terminal géorgien devient opérationnel en mars 1999 et conclut l'échec de la tentative de Moscou de contrôler l'ensemble des transports pétroliers. Suite à cela, Moscou déplace son intérêt sur le Caspian Consortium Pipeline terminé en 2001 et permettant l'acheminement du pétrole vers Novorossiïsk sans traverser la Tchétchénie et sur des contrats à l'Occident et arrête son opposition au tracé Bakou-Tbilissi-Ceyhan dont la construction est finalement lancée en 2002. Également, rentre en compte une vague de privatisation pétrolière au niveau local. À l'annonce de la deuxième guerre en 1999, des militaires russes et des représentants tchétchènes se livrent à un « pillage » pétrolier à leur compte, en profitant de leurs positions institutionnelles. À partir de ce moment, le pétrole devient un objet de litiges privés et non un point stratégique pour l'État.
L'image de la Russie Depuis 1994, la Russie fait la guerre afin de conserver/conforter son influence dans l'ensemble du Caucase. Contre toute attente, la défaite de 1996 a fait preuve de ses faiblesses et de nombreux atouts, incluant des influences pétrolières ont été perdus. Le contrôle du territoire n'a pas été repris, les positions russes au Caucase méridional ont reculé au profit d'une instabilité généralisée au Caucase du Nord. Le mythe de l'invincibilité de l'armée russe a été mis en doute et la victoire des tchétchènes contre des forces plus nombreuses et mieux armées a été perçue comme une revanche des peuples caucasiens. Il est donc question de l'image de la Russie et de sa fierté en tant que grande nation d'une puissance militaire considérable.
Le support de la population et le ressentiment envers les terroristes En 1995, les deux tiers des Russes condamnaient l'intervention militaire en Tchétchénie et l'opinion publique avait été mise de côté lors des opérations. La Tchétchénie n'apparaissait pas comme une des préoccupations officielles, mais dès le début de la guerre, la majorité des forces politiques de la Russie se prononcent contre le règlement du conflit par la force. Une opposition se constitue formée d'anciens dissidents, de députés démocrates et d'associations, telles que les mères des soldats, qui partent à la recherche de leurs fils en Tchétchénie. Des associations des droits de l'homme et plusieurs journalistes dénoncent eux aussi l'intervention armée. Il faut toutefois tenir en compte, que ce ne sont pas que des considérations humanitaires qui ont poussé autant d'opposants à s'exprimer, la guerre en Tchétchénie était aussi un excellent prétexte pour s'attaquer au régime de Eltsine. L'opinion publique sur la seconde guerre a été tout-à-fait différente. Elle est d'abord vue comme une intervention logique en réponse à l'intrusion des forces armées tchétchènes au Daghestan. Peu de temps après, les attentats à la bombe à Moscou et à Volgodonsk ont renforcé la légitimité de la lutte contreterroriste dans l'esprit de la population russe. Les opposants de la première guerre se font moins visibles: « cette fois-ci ce ne sommes pas nous qui avons commencé. » Également, le public considère que les Tchétchènes n'ont pas su assumer l'indépendance qui leur a été accordée – l'image de la Tchétchénie 1996-1999 a été celle du chaos politique, de la guerre civile et de la criminalité grimpante, sans parler des prises d'otages et des persécution des citoyens non-tchétchènes. En 2001, les évènements du 11 septembre relancent la rhétorique contreterroriste et la Tchétchénie devient non pas seulement un problème russe, mais aussi un « foyer du terrorisme international. » La prise d'otages de Nord-Ost, le 23 octobre 2002, a eu un impact particulièrement lourd sur la perception publique du conflit en Tchétchénie. Un sondage effectué peu de temps après le 25 octobre 2002 a révélé que 16% de la population étaient en faveur des négociations, 30% pour des négociations accompagnés d'une intervention militaire et 25% pour un règlement par la force. La tragédie de Beslan a eu le même impact en 2004.
Pourquoi attaquent-ils les civils Tchétchènes?
Pour commencer, la xénophobie est un phénomène caractéristique de la population russe contemporaine. L'esprit collectif est fortement influencé par le racisme envers toute ethnie « non-blanche » et par plusieurs préjugés simplistes sur le mode de vie et les valeurs de ces ethnies. Des personnes au teint basané et aux cheveux noirs venant du Caucase et des républiques du Sud n'étaient pas très appréciées même avant le début de la guerre à cause, notamment, de certaines différences culturelles et religieuses. La guerre a facilité la construction de l'image-type de « l'ennemi à exterminer », en particulier suite aux explosions en 1999, lorsque plusieurs villes se sont retrouvées couvertes d'avis de recherche de suspects terroristes aux traits caractéristiques tchétchènes. La police et les médias invitaient alors les citoyens à signaler toute apparition de « personne suspecte » (personne au teint basané et aux cheveux noirs). Après la prise d'otages à Doubrovka, la situation s'est encore plus aggravée, la police a commencé à arrêter lesdites « personnes suspectes », des violences physiques, agressions et rackets contre les non-slaves venant du Sud ont eu lieu un peu partout dans le pays. Même des annonces classées contentaient des recherches d'employés ou de locataires « russes pur sang ».
Il est alors logique que des militaires, provenant d'un milieu discriminant fortement les tchétchènes, sont convaincus qu'ils partent combattre des bandits et des terroristes attaquant leur peuple. Les tchétchènes leur rendent bien leur haine et il n'est pas faux d'affirmer que beaucoup de civils tchétchènes supportent effectivement la guérilla, activement ou idéologiquement. Dans une atmosphère de l'incertitude par rapport aux véritables coupables, lors des vérifications, des militaires russes ne prennent pas de chances et arrêtent des personnes sous une multitude de prétextes – des marques à l'épaule (signe de port d'arme et du recul du fusil), des mains noires ou calleuses (traces de poudre), des cicatrices, la possession d'armes, la photo décollée sur le passeport etc. Les membres de l'armée Russe sont souvent des jeunes hommes ayant tout juste obtenu leur majorité, motivés par le nationalisme et le combat contre le mal et méfiants envers tout tchétchène, surtout suite au phénomène des enfants combattants et des femmes kamikaze. Les tchétchènes eux, désespérés par l'occupation et les violences perpétuelles, perçoivent les russes comme des oppresseurs violents et impitoyables qui essaient d'écraser et de décimer leur peuple. Dans ce contexte des abus ont lieu des deux côtés. 11 septembre 2001 Avant les célèbres attentats, les gouvernements occidentaux étaient plutôt critiques par rapport à la lutte antiterroriste russe, commencée en 1999. Par exemple, la Secrétaire de l'État Américaine, Madeleine Albright, après avoir effectué un voyage à Moscou en 2000, a déclaré, à propos de la Tchétchénie, qu'une force excessive y était utilisée et que les civils étaient étiquetés de façon indiscriminée, ce qui ne faisait qu'aggraver le problème. Ce discours a rapidement changé après le 11 septembre 2001, lorsque Poutine a été le premier dirigeant politique à téléphoner à Georges Bush pour lui assurer son support dans la lutte antiterroriste. Pour tenir sa promesse, il effectue des échanges des renseignements sur Al-Qaïda et les talibans avec Washington, ouvre les voies des airs russes aux américains dans leur guerre contre Afghanistan et facilite la construction des bases militaires américaines en Asie centrale. Le président Bush, en contrepartie, accepte le lien entre les séparatistes tchétchènes et « l'axe du mal », en offrant de la sorte son support à la Russie sur le plan international et en rendant toute opposition au conflit plus difficile.
Réactions extérieures
Pourquoi aussi peu d'intérêt envers la situation de la Tchétchénie de la part des organisations internationales? Pourquoi aussi peu d'insistance et de pression pour une médiation pacifique? Pour l'Europe, la Russie est un acteur de première importance disposant d'un droit de véto à l'ONU. La Russie apparaît comme un excellent partenaire face à l'unilatéralisme des États-Unis. Également, il existe un « partenariat stratégique » entre la Russie et l'Union européenne. Depuis l'octobre 2000, la Russie fournit 16% du pétrole et 40% du gaz naturel de l'Union Européenne et cet accord n'a jamais été gêné par la politique russe en Tchétchénie. Le gouvernement de Poutine est vu comme un partenaire fiable, stable et nécessaire. Cela a peu changé depuis les élections le 2 mars 2008 de Dimitri Medvedev au poste du président de la Fédération de Russie. Les évènements du 11 septembre 2001 donnent des arguments supplémentaires en faveur de la non-intervention de la communauté internationale. L'opération contreterroriste du Kremlin obtient une légitimation de plus et Poutine rejoint la « guerre internationale » en autorisant la présence des troupes américaines en Géorgie, en Ouzbékistan et en Kirghistan. |
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2002-2011, ERTA |