Le terrorisme sÉparatiste tchÉtchÉne
comprendre le phÉnomÉne
 
 
Ekaterina Ivanova
2009
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La Tchétchénie, l'une des 21 républiques Russes, est un territoire où l'un des conflits les plus violents des temps modernes a lieu depuis 1991. Au début de la première guerre, ce conflit a été largement, mais brièvement médiatisé. L'attention internationale s'est réellement tournée vers la Tchétchénie suite aux attentats du 11 septembre 2001, la république en question étant définie comme propice à aider l'organisation terroriste Al-Qaïda et ses sympathisants. Plus tard, les prises d'otages au théâtre Doubrovka à Moscou et de l'école num.1 à Beslan n'ont fait que supporter cette affirmation.

L'objectif de cet article est de dresser un portrait exhaustif du conflit armé en Tchétchénie et d'effectuer une analyse de ce dernier et des actions terroristes commises dans son contexte, afin de comprendre le phénomène. Qu'est-ce qui est à l'origine du conflit? Quelles sont les motivations des deux partis? Lesquelles des actions des séparatistes tchétchènes pourraient être considérées terroristes et pourquoi? Qu'est-ce qui est à l'origine de ces actions? Est-ce que le conflit a des chances de se terminer éventuellement?

La première partie de cet article contient une revue historique du conflit en Tchétchénie, qui pourrait nous aider à comprendre la suite des évènements qui a mené à la formation des groupes terroristes Tchétchènes. La deuxième partie de cet article traite des actes considérés terroristes commis par les séparatistes Tchétchènes: quels sont ces actes et peuvent-ils être définis en tant que terroristes? La troisième et la quatrième parties de cet article présentent les motivations des deux partis à persévérer dans le conflit et des réactions internationales à ce sujet. Finalement, la dernière partie parle des impacts du conflit sur les sociétés Russe et Tchétchène.

 
     
 

Partie 1 – L'histoire du conflit

Partie 2 – Les actes considérés « terroristes »

Partie 3 – pourquoi les Tchétchènes se battent-ils?

Partie 4 – Pourquoi les Russes continuent le conflit?

 
     
 
 
     
  Conclusion

Impacts sur la société tchétchène
La guerre a causé la destruction quasi totale de l'économie tchétchène et une déstructuration sociale croissante. Déjà le blocus économique Russe entre 1992 et 1994 a accéléré la détérioration de l'économie officielle et a causé le développement du marché noir et des divers contrebandes et trafics, incluant le marché très lucratif de la prise des otages. La suite de la guerre n'a fait que faire grimper l'économie illégale.

À cela se rajoute un traumatisme d'une société dans laquelle presque chaque famille a déjà perdu au moins un membre au combat. À cause du système de santé détérioré, plusieurs maladies autrefois soignées, sont redevenues chroniques ou mortelles, de nouvelles maladies apparaissent à cause du mode de vie des Tchétchènes (maladies de la peau, infections, troubles respiratoires), beaucoup de personnes sont aussi blessées par des bombes, mines et affrontements armés. La natalité reste stimulée par la crainte de la décimation de la nation, mais elle est accompagnée d'une mortalité fréquente et des maladies infantiles (un enfant sur huit naît en bonne santé). Avec le départ des cadres et de l'intelligentsia, les hommes politiques restants se sont trouvées être ceux avec peu d'expérience et d'éducation, par exemple le Ministre des Ressources Énergétiques de la Tchétchénie en 1998 était un ancien professeur d'éducation physique de son village. L'effondrement du système de l'éducation a causé une baisse de scolarité chez la jeune génération et a augmenté le taux de l'illettrisme et de l'analphabétisme.

En ce qui concerne la société tchétchène, la cohésion sociale continue d'être l'une des valeurs des plus importantes. Plusieurs traditions sont maintenues, tels des systèmes de clan et de famille, les mariages traditionnels, la simulation de l'enlèvement de la future mariée, etc. Par contre, le nombre de jeunes filles données en mariage avant 14 ans est à la hausse, à cause de la hantise du viol par les militaires (en Tchétchénie, une jeune femme violée jette le déshonneur sur sa famille et perd toutes ses chances d'être mariée). Cependant, en l'absence des hommes partis ou morts au combat, les femmes prennent de plus en plus de responsabilités dans cette société plutôt traditionaliste et assurent souvent à elles seules la survie économique et physique des aînés et des enfants. D'ailleurs, les femmes sont de plus en plus présentes dans les commandos et participent de plus en plus à des attentats suicides et des raids en général.

À l'issue de la première guerre, la population dans sa quasi-totalité était optimiste en ce qui concerne la reconstruction d'un pays indépendant. Les années qui ont suivi ont anéanti cet espoir nationaliste. Les pertes humaines, la chute du niveau de l'éducation, l'aggravation de la pauvreté, la montée de l'islamisme, les cycles de vengeance ont profondément traumatisé la population et ont marqué la nouvelle génération par le désespoir d'un destin d'un peuple opprimé.

 

Impacts sur la société Russe
Le conflit en Tchétchénie a servi d'élément de consolidation nationale. La chute de l'URSS a laissé tout un peuple dans l'incertitude et l'insécurité, par rapport à la politique, l'argent, la sécurité physique des individus. L'identité nationale communiste n'était plus et il fallait en trouver une nouvelle, dans un contexte de criminalité montante et de crise économique. Jusqu'en 1999, ces sentiments coexistaient de manière isolée, mais avec le début de la deuxième guerre et l'arrivée de Poutine au pouvoir, une réconciliation avec le pouvoir a eu lieu par le biais d'une confiance retrouvée en l'armée et par une renaissance du sentiment national à l'idée d'une Russie en tant que grande puissance sur la scène internationale. Poutine est alors apparu comme un dirigeant fort, énergique et capable de mobiliser la nation contre un ennemi unique, contrairement à son prédécesseur dont le règne a été marqué par le doute et l'incertitude générale suivant la déstructuration sociale causée par la chute de l'URSS.

Conclusion

La situation en Tchétchénie est celle d'un conflit délicat qui semble s'être conclu dans une impasse difficile. Du point de vue des tchétchènes, leur peuple est opprimé par un envahisseur plus fort qu'eux depuis plus de 400 ans. Leur identité nationale s'est construite autour d'une lutte pour une indépendance, qui représente la liberté. Si, au début des années 90 il n'y avait que cette indépendance qui motivait les tchétchènes à prendre les armes, aujourd'hui c'est aussi le désespoir et le sentiment du non-retour qui les poussent à continuer le combat. En effet, coincés dans leur statut d'opprimé, les Tchétchènes vivent dans un pays détruit par des attaques et des bombardements et sont soumis à un danger constants de violence et d'hostilité de la part des militaires Russes. À chaque année, il devient de plus en plus difficile de croire en l'avenir d'un pays dont l'économie et les structures sociales sont démolies par la guerre, dont la majorité des citoyens vivent sous le seuil de la pauvreté dans un contexte de violence quotidienne et dont le marché principal est le marché noir. Dans cette situation, il est tout à fait normal de constater la formation d'une guérilla de la part des citoyens ne voulant pas simplement attendre et subir, mais désirant agir. Les groupes de résistance sont néanmoins dispersées et chaotiques, entre autres à cause des assassinats constants de tous les « leaders » désignés (Doudaev en 1996, Khattab en 2002, Iandabiev en 2004, Mashadov en 2005, Bassaëv en 2006), entre autres à cause de la communication difficile, entre autres à cause des différents d'opinion et des différences religieuses. Les cellules agissent normalement de façon indépendante, ce qui rend les négociations plus difficiles et des actions militaires complexes, car même si une cellule est éliminée, quelque part une autre va apparaître ou prendre sa place. La motivation des tchétchènes d'agir contre leur situation, supportée par leurs croyances religieuses, et la structure décentralisée de la résistance, organisée en réseaux sporadiques, font de sorte que des attentats continuent dans le contexte de la guérilla expliqué plus tôt.

Quant à la Fédération de la Russie, il est hors de question pour elle d'accorder l'indépendance à la Tchétchénie, pour des raisons économiques, des inconvénients liés à la modification des frontières et à cause de son image internationale qu'elle désire préserver. Le gouvernement russe gagne de la popularité à l'interne, en se présentant comme un parti fort et nationaliste, capable d'écraser l'ennemi, mais il paraît bien aussi à l'international, en participant à la lutte contre le terrorisme mondial. De plus, la population reste en majorité, en faveur de l'intervention, car elle se sent attaquée par la Tchétchénie lors des attentats terroristes, par leur violence et par leur atteinte à la fierté nationaliste, en plus d'une xénophobie caractéristique envers les républiques du Sud déjà présente chez les russes avant le début de la guerre.

L'impasse est donc causée par une escalade de violence dans le cas de deux peuples qui, chacun, se sent attaqué et perçoit ses actions comme une défense légitime, dans un contexte politique asymétrique où la guerre en elle-même apparaît comme une bonne solution pour un parti et pas pour un autre. Les abus et les violences contre les civils, initiées par les deux parties, ne font que nourrir le ressentiment réciproque et contribuer à une escalade de violence et haine, pouvant aboutir à des tragédies telles que celle de Beslan.

Face à cela, la communauté internationale réagit peu, préférant garder de bons rapports avec la Russie et satisfaits par sa contribution à la guerre contre le terrorisme mondial et par des procédures de normalisation que le gouvernement a implanté en Tchétchénie depuis quelques années.

La fin du conflit est-elle possible? Il est vrai que depuis la mort de Mashadov et de Bassaïev, ainsi que d'autres « dirigeants étoiles » désignés, les attaques considérées terroristes deviennent de plus en plus sporadiques et de moins en moins organisées. Suite à l'implantation des mesures de normalisation en Tchétchénie, une relance de l'économie et une reconstruction des infrastructures apparaît possible, mais lointaine et difficile. Un référendum a eu lieu en mars 2003, ratifiant une nouvelle Constitution qui accorde à la Tchétchénie une large autonomie, mais en tant qu'une partie intégrante de la Fédération de Russie. 80% des votes ont été en faveur de cette nouvelle Constitution. Le 27 mars 2009, le président Russe Medvedev s'est dit favorable en à une levée des mesures antiterroristes en Tchétchénie. Le 16 avril 2009, la Russie a mis fin à la décennie d'opérations antiterroristes en Tchétchénie, en proclamant que désormais, il n'y aura pas plus d'accent mis sur la lutte contre le terrorisme, que dans les autres régions de la Russie. Depuis l'arrivée de Ramzan Kadyrov au pouvoir, la reconstruction de Grozny a recommencé et ce dernier a annoncé être heureux de la levée des mesures antiterroristes.

Cependant, la guérilla en Tchétchénie continue, opposant des cellules séparatistes et des militaires russes. La paix relative demeure fragile. Il faudra encore bien du temps pour construire une relation de respect mutuel moindrement solide entre le peuple tchétchène et la majorité russe.

 
     
 

Références bibliographiques

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  • Henry, M., Tchétchénie: la Réaction du Conseil de l'Europe Face à la Russie, L'Harmattan, 2004
  • Politkovskaïa, A., Tchétchénie, Le Déshonneur Russe, Gallimard, 2003
  • Sakwa, R., Chechnya: From Past To Future,Anthem Press, 2005
  • Trenin, V.T., Malashenko, A.V., Lieven, A., Russia's Restless Frontier: The Chechnya factor in Post-Soviet Russia, Carnegie Endowment For International Peace, Washington, D.C, 2004
  • Yakemtchouk, R., Le Conflit de Tchétchénie, L'Harmattan, 2006

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