Le terrorisme séparatiste tchétchéne
comprendre le phénoméne
 
 

Partie 1 – L'histoire du conflit

Historique du séparatisme

Les origines
Les Tchétchènes représentent à l'évidence l'un des plus anciens peuples du Caucase. Des civilisations ayant existé sur l'isthme caucasien remontent à l'époque de l'Égypte ancienne. Il ne reste aucune chronique écrite tchétchène à l'instar des chroniques de Nestor chez les Russes. Seules des légendes populaires permettent de retrouver les traces des Tchétchènes ou des tribus vaïnakhes, auxquels appartient l'ethnie tchétchène. Selon lesdits légendes, les Tchétchènes sont originaires du Cham en Syrie. Dans l'Antiquité, ils se seraient installés à Natchkhi Van (aujourd'hui Nakhitchevan en Azerbaïdjan) et de la, par l'Abkhasie, ils se seraient rendus jusqu'en Kabardie. D'autres sources présupposent des origines irakiennes.

Période prérusse (av. 1816)
La première révolte tchétchène a lieu en 1785, initiée par un jeune paysan originaire du village Aldy, connu sous le nom de cheikh Mansour, qui a utilisé la base religieuse pour rassembler les peuples montagnards. La première bataille se passe le 12 juillet 1785 et se conclut par la défaite du détachement russe composé de 3000 soldats. Plus tard, en 1787, Catherine II envoie 8000 soldats et 35 canons afin de contrer la rébellion, de peur que cette dernière soit une entrave dans le contexte de la guerre avec la Turquie, nouvellement déclarée. Mansour doit se replier et son refuge ainsi que le village le plus proche sont brûlés par des soldats russes. En été 1790 une nouvelle révolte est initiée à Kizliar mais l'appel à tous reste sans trop d'enthousiasme de la part des montagnards. En juin 1791, le général russe Goudovitch occupe Anapa et capture Mansour, dans le contexte de la guerre russo-turque. Ce dernier est condamné à vie et meurt le 13 avril 1794, dans la forteresse Schlüsselbourg.

 
     
 

La grande guerre caucasienne (1816-64)

La première période de la guerre caucasienne commence avec la nomination du général Ermolov aux postes de gouverneur et commandant en chef de l'armée du Caucase en 1816. Selon lui, le Caucase devait devenir à part entière une partie de l'Empire russe. Il construit des lignes fortifiées afin de bloquer les Tchétchènes dans les montagnes et fonde, le 22 juin 1819, la forteresse Groznaïa (en russe: « redoutable »), qui deviendra plus tard la capitale tchétchène Grozny. Ermolov utilise également les villages cosaques en tant que barrages pour contenir les montagnards et applique, de manière générale, sa célèbre citation: « La gentillesse n'est que signe de faiblesse dans les yeux des Asiatiques... et je reste inexorablement sévère. » De nombreux affrontements entre les troupes russes et les Tchétchènes ont lieu et une révolte est organisée en 1825 sous la direction de deux Tchétchènes (Avko et Beybulat Taïmazov) et d'un Daghestanais (Mulla Muhhamad). Ermolov quitte le Caucase en 1827 sans atteindre définitivement son objectif, mais cette période a durablement marqué l'histoire tchétchène comme une époque de violence.

 
     
 

La période tsariste (1864-1917)
Après le départ de Ermolov, des affrontements spontanés continuent, mais aucune résistance massive n'est organisée. Le tsar concède aux Tchétchènes l'instauration des tribunaux traditionnels, reposant sur des normes traditionnelles et locales. Néanmoins, l'administration russe continue d'imposer aux montagnards plusieurs restrictions tels que l'interdiction de quitter le village d'origine sans une autorisation formelle et une interdiction de séjourner dans une ville et d'y acheter une maison. Ainsi, jusqu'à la Révolution en 1917, Grozny fut peuplé presque exclusivement de Russes, exception faite pour quelques familles Tchétchènes russifiées ayant établi des liens commerciaux dans le cadre du commerce du pétrole.

L'après- Révolution (de la république montagnarde à la déportation des peuples) (1917-1945)
La Révolution a eu un impact chaotique sur l'ensemble du territoire caucasien: de nombreuses émeutes, soulèvements, régimes éphémères se sont suivis à une grande vitesse jusqu'à aboutir à une bataille généralisée entre les bolcheviques, les montagnards et les Blancs. Les relations entre les nombreux camps et groupes d'intérêt étaient complexes et passagères. En 1918, les dirigeants nord-caucasiens, Tchermoev et Kotsev créent le « gouvernement montagnard » et proclament l'indépendance du Caucase du Nord. Cependant Lénine instaure, en avril 1918, le Commissariat de la région du Sud et nomme Ordjonkidzé comme commissaire. En juin 1918, l'Armée Rouge Tchétchène est créée. En suivent des combats entre l'Armée Rouge et les cosaques, qui s'est concluent par la victoire définitive des Russes.

Après la défaite des cosaques, ces derniers sont déportés et leurs terres sont distribuées aux montagnards. La 16 janvier 1923, l'instauration de la région autonome tchétchène et sa séparation de la RSSA montagnarde sont proclamées. En 1927, Grozny, l'arrondissement cosaque de la Sounja et la région autonome tchétchène sont réunis dans l'autonomie tchétchène, dont Grozny devint la capitale. En suit la réunion administrative de la Tchétchénie et de l'Ingouchie. En 1936, est codifiée la transformation de la région autonome tchétchéno-ingouche en une république autonome, selon la nouvelle Constitution de l'URSS.

Néanmoins, la paix ne dure pas longtemps – le 8 janvier 1942, à Ordjonikidzé (Vladikavkaz), est tenu un congrès constitutif, lors duquel une organisation de résistance clandestine du nom de OPKB est créée. L'OPKB rassemble 24 970 résistants, dont un comité exécutif (33 personnes) et le bureau (9 personnes). La révolte, commencée le 10 janvier 1942, embrase le territoire tchétchène au complet et les combats et exécutions violentes des fonctionnaires soviétiques paralysent la vie économique de la république. Les résistants proposent également leur aide aux allemands, à condition de la création d'une Tchétchénie indépendante, mais les allemands refusent la proposition pour des raisons économiques. Au printemps 1942, l'aviation soviétique bombarde des villages tchétchènes pour écraser la révolte. Mais même après la déportation de la majorité des Tchétchènes et des Ingouches (environ 478 000 personnes) au Kazakhstan et en Kirghizie (pour la collaboration avec le Wehrmacht) et l'arrestation du secrétaire général de l'OPKB, Israïlov, plusieurs rebelles continuent la résistance jusqu'aux années 60.

 
     
 

L'exil au Kazakhstan et le retour (1944-1991)

Durant la déportation, de nombreux tchétchènes meurent à cause des conditions difficiles de la transportation et à cause des exécutions « logistiques » de plusieurs civils. Néanmoins, une fois dans leur terre d'exil, plusieurs tchétchènes réussissent à s'organiser en groupe et à accumuler des capitaux et de l'immobilier. Le 16 juillet 1956, Moscou lève les restrictions juridiques à l'égard des Tchétchènes et Ingouches déportés et des membres de leurs familles, afin d'améliorer les relations diplomatiques avec Bonn. Les familles tchétchènes commencent à revenir dès l'automne 1956 et le 9 janvier 1957, la République autonome tchétchéno-ingouche est reconstituée par le Soviet suprême. À leurs retour, les Tchétchènes constatent un agrandissement de leur territoire d'un tiers (le territoire anciennement cosaque). Également, le terme « montagnard » perd son sens avec l'interdiction de se réinstaller dans les montagnes. Plusieurs Tchétchènes s'établissent alors dans des grandes villes, entrent dans les universités russes (car ils ont appris la langue russe en pendant les années d'exil) et s'introduisent dans l'industrie et le commerce locaux.

 

La première guerre

Le coup d'État de 1991
La tentative de coup d'État à Moscou le 19, 10 et 21 août se solidifie par l'affaiblissement de Gorbatchev, la victoire de Eltsine et, en Tchétchénie, par la chute du président pro-soviétique du Parlement tchétchène, Zavgaiev. Le général Djornal Dudaev, ancien pilote de l'Armée soviétique, prend le pouvoir suite à un coup d'État organisé par le Comité exécutif du Congrès national tchétchène, le 5 septembre 1991. Doudaev, nouvellement président de la République Tchétchène (depuis son élection le 27 octobre par le nouveau Parlement), déclare l'indépendance le 27 novembre 1991. Le 7 novembre, Eltsine proclame l'état d'urgence sur le territoire de la République, mais son ordonnance reste inefficace à cause des tensions internes de la politique russe. L'Ingouchie annonce sa séparation de la Tchétchénie le 4 juin 1992, préférant ne pas se joindre aux rebelles.

1992-1994
La Russie opte pour un blocus presque total de la République tchétchène, la coupant de plusieurs ressources de la Fédération. Néanmoins, le nouveau « gouvernement » fonde ses propres infrastructures militaires et civiles. Parallèlement, les nationalistes tchétchènes forcent le départ de 250 000 non-tchétchènes résidant dans la République, en utilisant à l'occasion des méthodes violentes tels que des agressions, des assassinats et des enlèvements, sans parler des techniques de la violence psychologique. À l'interne de la République, plusieurs bouleversements politiques ont lieu, opposant constitutionnellement Dudaïev à son Vice-Président, Mamodaïev et provoquant une cinquantaine de morts dans divers désordres civils. Le 15 octobre 1994, les opposants de Doudaïev occupent une partie de Grozny, mais sont repoussés. Ils récidivent, sans succès, le 25 novembre. Après une série de batailles dans des rues de la ville, la victoire de l'opposition est annoncée à la télévision, mais Doudaïev réplique avec une contre-offensive violente. Le Président Eltsine envoie alors un ultimatum à toutes les parties, leur donnant 48 heures pour arrêter les désordres.

L'intervention militaire: 1994-1996
Eltsine essaie d'abord de régler le conflit avec une ordonnance à tous de rendre les armes en leur possession avant le 15 décembre 1994. Le 7 décembre 1994, le Conseil de sécurité de la Russie décide d'utiliser la force pour la résolution du conflit tchétchène. Le 11 décembre, les troupes russes rentrent en territoire de la Tchétchénie. Après un échec des négociations entre Moscou et Grozny le 12-13 décembre à Vladikavkaz, les actions militaires commencent, opposant entre 15 et 25 000 soldats et officiers Russes et environ 7000 combattants tchétchènes. Le 15 décembre 1995, les troupes fédérales commencent l'attaque de Grozny et le 19 janvier 1995 la prise du Palais présidentiel a lieu. Doudaïev, réfugié dans les montagnes, lance une guérilla, en arrivant à contrôler quelques territoires du sud de la République. Suite à la prise d'otages à l'hôpital de Boudennovsk en juin 1995, les troupes russes arrêtent l'offensive et un accord militaire, comprenant le retrait partiel des forces russes, le désarmement progressif des combattants tchétchènes et la livraison de Bassaiev à l'armée russe, est signé en juillet 1995. Le 17 décembre, l'ancien président prorusse Zavgaiev est réélu chef du Parlement (dissout par Doudaiev) à 95% des voix (il était le seul en liste, car Doudaiev ne pouvait participer à cause de la guérilla et parce que ses supportaires (de Doudaïev) ont boycotté les élections). Après les élections, les opérations militaires russes recommencent, suivies par une autre prise d'otages civils près de Kizliar, par le neveu de Doudaiev, Salman Radouev.

En mars 1996, la résistance prend le contrôle d'une partie de Grozny et Eltsine promet publiquement de terminer la guerre avant les élections. Le 10 avril, les troupes russes prennent le quartier général des rebelles situé à Védéno et Doudaiev décède le 21 avril, lors d'un raid aérien. Le vice-président Yandarbiev lui succède.

L'après-1996
En mai 1996, un accord sur le retrait des troupes et sur un futur référendum sur la séparation est négocié à Moscou, entre Eltsine et Yandarbiev. Lors des élections russes, le 3 juillet 1996, Eltsine est réélu Président de la Russie et le président du Conseil de sécurité (soutenant les indépendantistes, contrairement à Eltsine) annonce les préparatifs du référendum en Tchétchénie. Le 29 décembre 1996, les derniers soldats russes quittent la Tchétchénie. Aux élections présidentielles tchétchènes du 27 janvier 1997, 16 candidats, tous indépendantistes, incluant le preneur d'otages Bassaiev, se présentent et Maskhadov, le le plus modéré d'entre-eux, remporte les élections.

 
     
 

La deuxième guerre

Historique des évènements 1999 -2000
Après la mort de Doudaiev, l'ensemble des forces de la résistance s'est fragmenté en plusieurs dizaines de groupes autonomes contrôlant chacun son territoire, rendant les négociations avec Moscou de plus en plus difficiles par leur structure. Une vague d'attentats terroristes à Moscou a eu lieu, ainsi qu'une suite de prises d'otages en territoire tchétchène se concluant, dans certains cas, par la décapitation des otages. En même temps, en Tchétchénie continuent des enlèvements et des violences envers des citoyens Russes non-tchétchènes.

En juin 1999, un groupe de quelques centaines de combattants tchétchènes sous le commandement d'un jordanien du nom de Khattab, effectue une incursion armée dans plusieurs lieux du Daghestan voisin et récidive le 17 juin de la même année. Les wahhabites daghestanais épaulés par des combattants tchétchènes proclament l'introduction de la charia dans quatre villages (Etcheda, Gakko, Guigalt, Avgali) et proclament que ces villages sont désormais un territoire islamique le 3 août 1999. Lorsque l'armée fédérale réplique, les islamistes tchétchènes s'emparent des villages Rakhata et Ansalta, de l'autre bord de la frontière. Les Daghestanais organisent une résistance à l'incursion tchétchène et des combats à Daghestan continuent jusqu'au mois de septembre. Une série d'attentats particulièrement meurtriers se produisent à Moscou le 31 août 1999, le 9 septembre 1999, le 13 septembre 1999; à Volgodonsk le 16 septembre 1999 et à Bouïnaksk (Daghestan) le 4 septembre 1999. Le Premier Ministre russe Vladimir Poutine déclare une guerre au « terrorisme tchétchène » et se dit prêt « d'arracher cette abomination par les racines ». L'armée fédérale repousse finalement Bassaiev et Khattab vers la Tchétchénie et l'aviation bombarde l'aéroport de Grozny ainsi que 15 villages tchétchènes le 23 septembre 1999. Le 24 septembre, Poutine prononce sa célèbre phrase: « Nous irons, si besoin est, les buter dans les chiottes ». L'armée russe entre en Tchétchénie le 30 septembre 1999 et approchent Grozny le 29 octobre. L'attaque de Grozny commence le 13 novembre, suite à la prise consécutive d'une série de villes moins importantes. En même temps, les rebelles entreprennent des contre-offensives à Chali et Argoun, sans succès. La bataille de Grozny se termine par l'évacuation des rebelles vers des champs de mines où plusieurs d'entre-eux périssent ou se font mutiler, le 6-7 février 2000. Cependant, les survivants et leurs supportaires initient une attaque à Komsomolskoïe le 5-10 mars 2000, pour ensuite passer à des embuscades de guérilla le 29 mars et le 23 avril 2000, en faisant au total 58 victimes. Poutine nomme le mufti Ahmad-Hadji Kadyrov administrateur de la Tchétchénie le 12 juin 2000.


2000 – 2009
Après la mort de Sadoullaïev, Doukou Oumarov devient le chef du mouvement séparatiste. En dépit de la mort de plusieurs chefs indépendantistes, les affrontements entre les forces de l'ordre, troupes russes ou milices locales, et la rébellion restent fréquents. Selon une source proche de l'État-major régional des Forces fédérales, il y aurait encore entre 1 000 et 1 500 combattants séparatistes en activité. Cependant, le 16 avril 2009 le régime d'opération antiterroriste en vigueur en Tchétchénie depuis 1999 a été levé.

Le 15 juillet 2006, Nikolaï Patrouchev, chef du FSB, propose une amnistie aux indépendantistes prêts à rendre les armes. Un peu moins de 200 personnes auraient répondu à l'appel. Malgré le fait que la majorité des indépendantistes se sont rendus en profitant de l'amnistie accordée la Russie, plusieurs rebelles se sont réfugiés dans les montagnes d'où ils continuent encore des opérations de guerilla visant les forces russes . Aslan Mashadov se fait abattre le 8 mars 2005 par un commando des forces spéciales russes. Le même sort attend Bassaïev, victime d'un camion piégé, la nuit du 9 juillet 2006. Le 16 avril 2009, la Russie annonce la fin de la guerre anti-terroriste en Tchétchénie.

 
     
   
 
2002-2011, ERTA