Partie 2 – Les actes considérés « terroristes »
Accusations internationales
Les autorités russes, supportées par des spécialistes de renommée nationale tels que le juge Jean-Louis Bruguière, ayant collaboré à l'enquête des « fillières tchétchènes » en France, affirment avoir des preuves des connexions des indépendantistes tchétchènes, notamment de Khattab et de Bassaïev, avec des groupes extrémistes à l'extérieur de la Tchétchénie, tels que Al-Qaïda. La Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française sur la coopération internationale pour lutter contre le terrorisme souligne que « En termes de formation des terroristes : à l'abri du sanctuaire afghan, s'est développée une nébuleuse avec des relais dans le monde entier (Algérie, Tchétchénie, Balkans...). Vers ce sanctuaire ont convergé des centaines de djihadistes. » De sa part, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe recommande, pour faire de sorte que les droits de l'homme soient dorénavant respectés dans la République tchétchène, il faut « que les combattants tchétchènes mettent immédiatement un terme à leurs activités terroristes et renoncent à toute forme de crime. Toute forme de soutien aux combattants tchétchènes devrait cesser immédiatement. ». Plusieurs experts indiquent également des liens entre les activistes tchétchènes et des terroristes islamistes et supportent même la théorie affirmant que Khattab et Bassaïev auraient reçu des entraînements dans des camps en Afganistan.
Revue des principaux actes considérés terroristes en ordre chronologique
26 mai 1994 prise d'otages dans une école à Mineralnye Vody
29 juillet 1994 prise d'otages à Mineralnye Vody
27-29 juin 1995 prise d'otages à l'hôpital et à la clinique de maternité à Boudionnovsk (150 morts)
16 novembre 1996 explosion de bombe dans un immeuble à Kaspijsk (69 morts)
septembre 1999 série d'attentats dans des autobus et immeubles à Moscou (environ 250 morts)
4 septembre 1999 explosion d'une bombe dans un immeuble à Bujnaksk (62 morts)
16 septembre 1999 explosion d'une bombe dans un immeuble à Volgodonsk (18 morts)
19 mars 1999 explosion d'une bombe dans le marché central de Vladiokavkaz (64 morts)
23-26 octobre 2002 prise d'otages au théâtre Doubrovka durant la représentation de la comédie musicale Nord-Ost. Le commando russe a intervenu en utilisant notamment une technique d'attaque au gaz toxique et a totalement éliminé le commando terroriste. (128 otages morts et 41 morts terroristes)
5 décembre 2003 explosion d'une bombe dans le train à Kislovodsk (42 morts)
6 février 2004 attentat du métro de Moscou, attribué aux Tchétchènes (40 morts)
9 mai 2004 assassinat du président tchétchène Kadyrov par un attentat à la bombe, lors de la parade militaire en l'honneur de la victoire de la seconde guerre mondiale
21-22 juin 2004 vague d'attentats terroristes à Nazran (Ingouchie) (95 morts)
24 août 2004 détournements-suicide de deux avions au-dessus de Toula et de Rostov-na-Donu (90 morts)
24 août 2004 explosion d'une bombe dans la station de métro de Moscou Kachirskoye Chossé
31 août 2004 attentat-suicide aux explosifs à la station de métro de Moscou Rijskoye, (10 morts)

août 2004 attentats simultanés sur deux avions russes (89 morts)
1-3 septembre 2004 prise d'otages dans une école à Beslan en Ossétie (344 civils tués dont plusieurs enfants)
13 octobre 2005 opération contre des forces de l'ordre à Naltchik (137 morts)
De plus, plus de 3000 personnes ont été enlevées pour des raisons économiques ou politiques par des séparatistes tchétchènes en Tchétchénie depuis le début du millénaire. Sans parler des nombreuses violences causées à la population tchétchène d'origine russe entre 1991 et 1994, dans le but notamment de pousser cette communauté, détenant la majorité des postes de pouvoir et était majoritaire à Grozny, à quitter le territoire.
Il ne faut pas non plus oublier plusieurs actes terroristes perpétrés par des Tchétchènes contre d'autres tchétchènes. De très nombreuses attaques contre des membres de l'administration tchétchène, considérés comme prorusses ont eu lieu et ont été revendiqués. Par exemple, le 27 décembre 2002, un double attentat suicide a détruit le siège du gouvernement tchétchène prorusse à Grozny et a fait environ 60 morts.
L'organisation des cellules terroristes
En Tchétchénie
Il s'agit majoritairement des groupes des jeunes d'un village qui s'organisent, élisent un commandant et installent une base dans une forêt ou sur une montagne proche. Les petits groupes mènent des raids dans leur zone et des fois s'allient avec d'autres pour de grandes opérations. Leurs activités relèvent beaucoup plus de la guérilla que du terrorisme: des dynamitages des convois de blindés, des assauts sur des check points, des embarquements de prisonniers, quelques incursions à Grozny caractéristiques des repliements rapides. Les relations entre divers groupes sont parfois amicaux, parfois chaotiques, parfois occasionnelles – des différents règnent, par exemple, entre des wahhabites se proclamant moudjahidins et les autres groupes moins radicaux, qui forment la majorité. Par contre, les wahhabites jouissent d'une plus grande autonomie des autres groupes car ils bénéficient d'un support extérieur considérable. À l'approche du nouveau millénaire, des actes considérés « terroristes » se multiplient en Tchétchénie, en particulier des enlèvements et décapitations des non-tchétchènes, mais il s'agit plutôt de stratégies terroristes dans un contexte de guérilla plutôt que de terrorisme tout court.
En Russie
Les cellules dites terroristes tchétchènes arrivent fréquemment de la Tchétchénie, ou, plus souvent encore, des différents lieux offrant des refuges, comme l'Ingouchie, et ont souvent déjà un plan à exécuter, qui a été préparé avec leurs « collègues » restés en arrière. Le nombre reste variable entre 2 et plusieurs dizaines de personnes (comme cela a été le cas dans les prises d'otages de Beslan et de Nord Ost). La majorité sont des kamikazes et réalisent qu'ils vont mourir dans l'attentat. Néanmoins, leur détermination à mourir relève plus de l'idéologie que de la religion.
Une partie des pourparlers pour la libérations des otages de Doubrovka illustre bien leur situation:
P: Mais qui êtes-vous au juste?
B: Un bataillon de renseignement et de diversion.
P: Êtes-vous au complet ici?
B: Non. Ce n'est qu'une partie. Nous avons fait une sélection pour cette opération. Nous avons pris les meilleurs. Si nous mourons, les autres reprendront le flambeau.
P: Êtes-vous sous le commandement de Maskhadov?
B: Maskhadov est notre président légitime, mais en tant que combattants, nous sommes autonomes.
P: Vous savez bien que Maskhadov a des représentants à l'étranger, Ilias Akhmadov aux États-Unis et Akhmed Zakaïev en Europe? Voulez-vous entrer en contact avec eux? Je peux établir le lien. N'avez-vous pas une cause commune?
B: Pour quoi faire? Ils ne résolvent aucun problème. Leurs contacts ne débouchent sur rien, et pendant ce temps-là, nous crevons dans les forêts. Nous en avons marre d'eux. (…) Les gens ont demandé, pendant un an et demi, à devenir kamikazes et à participer à ce raid. (…) Nous sommes venus ici pour mourir.(...)Vous n'allez pas me croire, mais moralement, nous nous sentons mieux ici que pendant les trois ans de guerre. Enfin, nous sommes dans la vérité. Nous serons heureux de mourir. C'est un grand honneur pour nous de prendre part à l'histoire. Vous ne me croyez pas? Je vois bien que vous ne me croyez pas!
Il est certain qu'un attentat de cette ampleur aurait tout de même pu être commandé et financé par le président indépendantiste et que les membres du commando ne voulaient pas révéler cette information. Cependant, vu la déconstruction et l'aspect chaotique de la résistance tchétchène, la version proposée par le kamikaze est également très plausible.
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