La justice restauratrice et le terrorisme  
  III. LES THEORIES CRIMINOLOGIQUES  
 
 
 
 

1. La justice restauratrice en tant que réaction au terrorisme

Afin de situer la justice restauratrice dans les réactions face au terrorisme, nous allons reprendre les idées de l'auteur G. Martins (2003) dans son texte « Responding to Terror : The Options ». Une remarque préalable à soulever est qu'il n'y a pas de théorie exacte concernant les réponses au terrorisme. En effet, si une technique fonctionne pour un cas, cette méthodologie peut être inefficace pour un autre cas.

Souvent, dans la réaction au terrorisme, nous pensons avoir deux choix prédéterminés: les réponses de type dures et de type plus douces ("hard-line vs soft-line"). Dans la méthode dure, aucun compromis n'est désiré, ni aucune négociations. Dans la méthode douce, on va mélanger compromis, diplomatie et réforme sociale. Sans aucun doute, dans le domaine de la justice restauratrice, nous nous situons du côté plus "doux" de la réaction.

Selon G. Martin (2003), les options de réactions en tant que contre terrorisme sont les suivantes:

  1. L'utilisation de la force: le but étant la punition symbolique des terroristes et de leurs infrastructures en utilisant la coercition, les campagnes de suppression et les manifestations punitives;
  2. Les options répressives utilisent les opérations à couvert, la collection de données, l'amélioration de la sécurité et les sanctions économiques;
  3. Les options conciliantes utilisent la diplomatie avec un certain degré de négociation avec les terroristes, la réforme sociale et les concessions;
  4. Les réponses légales utilisent le renforcement de la loi, les lois contre-terroristes essayant d'atteindre les comportements des terroristes et les lois internationales reposant sur la coopération.

Puisque nous considérons la justice restauratrice comme une réponse plus douce, nous allons exposer uniquement l'option conciliante. Dans celle-ci, on privilégie la communication à la violence, qu'elle soit en face-à-face ou à travers des "ouvertures diplomatiques". Celles-ci seraient uniques et s'adapteraient au cas par cas, comme nous pouvons le voir dans le cas de l'Arabie Saoudite. La diplomatie se réfère, elle aussi, à différentes méthodes:

  • La première méthode utilisée par la diplomatie est la mise en place d'un processus de paix qui ouvre la communication. Ces processus apparaissent dans des environnements situationnels complexes qui impliquent de longs et ardus procédés, comme nous l'avons illustré avec l'Irlande du Nord.
  • La négociation est la deuxième méthode dans la sous-catégorie de la diplomatie. Nous avons souvent entendu le principe "Ne jamais négocier avec les terroristes". Il ne faut pas prendre en compte leurs demandes quand ils utilisent la violence car cela les encourage à utiliser cette technique de persuasion. Certains cas connus dans l'histoire ont pourtant montré que la négociation pouvait amener à l'apaisement du conflit, certes immédiat, mais au moins, il offre un plus grand laps de temps pour la réflexion.

La deuxième sous-catégorie est la réforme sociale. Cette solution tente d'enrayer les causes du terrorisme qui se trouvent dans la société. En effet, ce sont les conflits d'idéologies, de religions ou encore d'ethnies qui peuvent causer le terrorisme. Le changement dans ces couches profondes du conflit serait, à long terme, d'une grande efficacité. La réforme sociale peut se trouver au niveau de la reconnaissance de statut, de changements économiques ou encore au niveau de la reconnaissance des victimes par l'état, etc.

La troisième et dernière sous catégorie des options conciliantes est la concession. La manière dont on peut percevoir la concession est la même que la façon de voir la négociation. On ne peut pas donner aux terroristes ce qu'ils veulent sous peine qu'ils emploient les mêmes méthodes à l'avenir. Les concessions peuvent être de différents ordres: le payement de rançons, la libération de prisonniers, amnistie politique pour les dissidents, etc.

En prenant le cas de la justice restauratrice en tant que réponse au terrorisme, nous considérons que cette justice peut être considérée en grande partie comme une option conciliante. Le but de ce type de réponse est de résoudre les problèmes sous-jacents au terrorisme, d'arrêter les crises, empêcher les crises futures en puisant des ressources au niveau social. C'est une méthode qui n'utilise ni la force, ni les techniques répressives. Les buts de la justice réparatrice étant de répondre au crime d'une façon alternative prônant la réparation, la réhabilitation et la participation de chacun dans le processus, nous pensons que cette méthodologie est non-violente tout comme l'option conciliante. De plus, dans la justice restauratrice, on utilise la négociation et la diplomatie entre les parties que ce soit entre victime(s), auteur(s) ou état(s). Une autre convergence est la considération des racines du problème au sein même de la société dans lequel s'inscrit celui-ci. Nous avons vu que ce concept faisait partie des sous-entendus de la justice restauratrice ainsi que de cette approche. Nous pouvons terminer en disant que la justice restauratrice est généralement utilisée conjointement avec la justice rétributive et que dans cette réponse au terrorisme, la réforme sociale est également souvent accompagnée d'autres techniques dites plus "dures". Au vu de tous ces points communs, nous pouvons conclure que la justice restauratrice, en tant que réponse au terrorisme, s'inscrit en grande partie dans l'option plus douce de conciliation telle que décrite par G. Martins (2003).

 
 
 
 
 

2. Les théories criminologiques

Différentes théories ont été établies ou encore adaptées à la problématique du terrorisme et du contre terrorisme. Les paradigmes de criminologie regardent soit l'étiologie du crime, soit notre réaction face à celui-ci. Nous allons passer en revue quelques-unes des théories qui auraient pu nous intéresser dans le cadre de ce travail, que ce soit concernant les cas exposés ou encore la méthodologie de la justice restauratrice.

Dans le cadre du conflit de l'Irlande du Nord, nous pourrions considérer la théorie criminologique de Walter Miller, théoricien du conflit classique. Cette théorie essaie d'expliquer les phénomènes sociaux à travers le conflit, celui-ci étant à la base du social. C'est une théorie de l'étiologie du crime essayant d'expliquer les phénomènes par différentes relations causales, considérant le niveau "macro" et donc l'explication des phénomènes. Notre société actuelle serait le résultat de nombreux conflits et non pas d'un consensus. Pour W. Miller, il y a plusieurs différences entre des groupes sociaux: ils n'ont pas la même capacité d'influer sur les lois et ils sont différents de par leurs cultures. Chaque groupe social a donc des différences interculturelles de par leurs différentes règles de vie, etc. Un seul groupe influence les lois: dans ce cas, ce groupe était, à la base, celui des protestants. Le groupe "dominé", dans ce cas les catholiques, s'oppose alors au groupe "dominant". Le conflit, les "troubles", a été, et est, toujours à la base de la société qui existe maintenant en Irlande du Nord, en république d'Irlande et en Grande Bretagne. En effet, les différents accords, les différentes libérations qui ont eu lieu, la société existante, les différentes préoccupations de la population ne seraient pas présents si il n'y avait pas eu cette grande période de conflit. On peut considérer que celui-ci est, donc, en partie, à la base de la société de ces pays telle qu'on la connait aujourd'hui. Il y a surement d'autres théories explicatives qui peuvent être appliquées mais c'est celle-ci qui nous paraissait la plus importante à soulever dans ce cas.

Au niveau de l'Arabie Saoudite, nous pouvons également citer plusieurs théories explicatives. Celle qui nous semble importante à soulever est la théorie de Durkheim, qui est une théorie également étiologique considérant le niveau "macro" de la problématique. Pour Durkheim, "le crime est une conséquence inévitable de l'imperfection de tout processus de socialisation"(Stephane Leman-Langlois, Hiver 2009). Rappelons-nous que pour l'Arabie Saoudite, le terroriste est une idéologie et sa lutte est un "combat d'idéologies". Le terroriste a été trompé par l'extrémisme qui se base sur une mauvaise interprétation de l'Islam. La socialisation de cet individu n'était peut être pas complète, il était vulnérable et a été "aspiré" par les extrémistes. Le terrorisme survient bien, en partie, à cause d'un "mauvais processus de socialisation". Ce qui nous rapproche quelque peu à cette théorie de Durkheim. De plus, l'apprentissage des "mauvaises valeurs" extrémistes se fait en groupe, au contact des pairs. L'individu, au contact de ces pairs, adopte des valeurs "déviantes" et donc favorables à la commission d'actes, dans ce cas, extrémistes ou terroristes. Ces mécanismes d'apprentissage par les pairs de définitions favorables au crime sont décrits par E.Sutherland dans sa théorie d'"associations différentielles".

Au niveau du concept de la justice restauratrice, comme nous l'avons déjà vu, elle peut être considérée comme une option conciliante dans la réaction au crime. Nous avons également soulevé une difficulté quant à cette manière d'agir, elle est souvent perçue comme étant trop douce. Dans les sociétés actuelles, la réaction face au crime est rétributive, généralement bercée de méthodologies plus "dures". Partant de ce constat, nous pourrions nous poser la question de savoir si notre façon de voir le terrorisme et de combattre celui-ci ne dépendrait pas de "la réalité qui nous entoure", notre façon de voir les choses. Dans le cadre de la justice restauratrice, nous pensons que cette technique est perçue comme trop douce car l'acte de terrorisme est vu comme particulièrement grave et donc, personne ne se voit participer dans un processus de réconciliation ou de réparation: à acte grave, réaction dure. Nous pouvons voir que cette théorie s'applique au cas de l'Arabie Saoudite, ce pays voyant le terroriste d'une autre façon, réagit avec lui d'une autre manière. Cette problématique de voir le terrorisme selon une vision plus large qui enrôle toute notre perception s'appelle la "théorie du discours" et a été établie par Foucault. Cette théorie amène l'idée d'une bonne gouvernance et amène également le fait de la responsabilité de l'état dans le crime puisque c'est dans son enceinte que celui-ci apparaît. Ce présupposé fait également partie des sous-entendus de la justice restauratrice. Nous pouvons donc dire que la justice restauratrice s'inscrit en partie dans la théorie du discours de par son idéologie et ses valeurs sous-jacentes.

 
 
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