| Guantanamo, arme de contre-terrorisme? | ||
| 2. L'efficacité relative de Guantanamo comme de contre-terrorisme. | ||
Guantanamo, prison de terroristes. Le centre de Guantanamo est en premier lieu un centre de détention, prévu pour accueillir les terroristes et notamment ceux du réseau d’Al-Qaïda. Sa première fonction est de retirer du champ de bataille des personnes dangereuses afin d’éviter qu’elles ne commettent de nouveaux attentats. Ainsi la situation particulière du camp permet d’écarter la menace géographiquement, et de l’éliminer légalement par une détention sans limite. Cette logique de l’enfermement répond à une théorie simple de lutte contre le terrorisme : l’élimination de la menace. Gus Martin développe les différents types de réponses que les états peuvent apporter au terrorisme. L’usage de la force militaire ou paramilitaire est l’une d’elle. Elle consiste en l’attaque et la désagrégation des moyens opérationnels terroristes. Il en distingue trois types : les opérations secrètes punitives, la suppression des activistes et la mise en place d’actions punitives et préemptives. L’élimination de la menace est un de ces moyens, elle est définie par l’auteur comme « la mise en incapacité par l’isolement, la capture ou le meurtre » des principaux membres et dirigeants des groupes terroristes. C’est un mode réponse réactif, a-posteriori : enfermer et punir. En effet les Etats-Unis ont décidé de répondre au terrorisme, comme ils le font pour le traitement des autres crimes, par un système punitif. Ce type de système de justice s’oppose à la réhabilitation des détenus. L'objectif de la peine sera la dissuasion du délinquant par la sanction et l'application d'une vengeance justement due. Les conditions de détentions à Guantanamo et le système de récompenses et de sanctions mis en place par Miller témoignent de ce modèle. Les règles de détention sont clairement énoncées et si elles ne sont pas respectées il y a sanction. Ce choix de lutte contre le terrorisme permet également la propagande de l’action américaine. Elle permet aux Etats-Unis de montrer à sa population que les coupables notamment du 11 septembre ont été arrêtés mais elle permet également de faire passer aux groupes terroristes un message clair sur la réponse qu’ils comptent apporter à ce type d’actes. Les Etats-Unis espèrent jouer sur la dissuasion pour éviter la récidive des détenus de Guantanamo et l’intimidation des autres groupes terroristes. |
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Guantanamo, usine de renseignement. |
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2.2 Les differentes techniques utilisées Un système globale de lutte contre le terrorisme. Guantanamo n’est en fait qu’une matrice d’un système global de lutte contre le terrorisme. George W. Bush a précisé que les Etats-Unis menaient une guerre globale contre la terreur. Jean Jacques Patry l’interprète comme la mise en œuvre de « tous les moyens américains de puissance pour vaincre les organisations globale en s’attaquant à leur sanctuaires, en les privant de tout soutient financier, d’aide et d’asile, en réduisant les conditions qui encouragent les candidats à l’activisme (régime autoritaire, manque d’éducation ….) En défendant le territoire, les citoyens et les intérêts américains. » Le camp militaire de Guantanamo est intégré à ce système. Le schéma met en évidence les différents liens existant entre Guantanamo et les autres méthodes de contre-terrorisme utilisées par les américains. Il ne prétend pas être exhaustif mais tente de démontrer que Guantanamo n’est pas une ile isolée, la politique et les stratégies du camp dépendent de tout un ensemble d’actions menées de front dans la lutte contre le terrorisme.
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Les méthodes de renseignement Les méthodes d’interrogatoires mises en place à Guantanamo sont inspirées des méthodes utilisées pour faire parler les prisonniers de guerre. Pour pouvoir user des ces méthodes en toute liberté, le mémo de Bybee du 1er août 2002 propose de limiter la définition de la torture à l’exigence d’une souffrance ou douleur physique et mentale intense et ayant des conséquences durables. Celle‐ci doit constituer une douleur équivalente en intensité à celle de blessures telles que la perte d’un organe, l’arrêt d’une fonction physique ou la mort. Ce mémo a été le premier jalon d’un processus légal conduisant à l’approbation en décembre 2002 de techniques d’interrogation de catégories I, II (cagoules, nudité, rasage forcé, utilisation des phobies telle que la peur des chiens) et III (convaincre de l’imminence de la mort ou des conséquences douloureuses pour l’individu et/ou sa famille, exposition au froid et à l’eau). Les quatre mémos pris entre aout 2002 et mai 2005 décrivent les différentes méthodes qui peuvent être utilisées pour les interrogatoires de prisonniers étrangers détenus par les Etats-Unis, leurs conséquences sur les détenus et les combinaisons possibles entre ces techniques. Elles sont classées en trois catégories : I Les méthodes pour amener le détenus à un état basique de dépendance : privation de sommeil, l’humiliation par la nudité, des manipulations d’ordre alimentaire. Les conditions de détention font également partie de ce panel de techniques développées pour le recueil d’information. Au-delà de la question morale, la question se pose de savoir si ces méthodes sont efficaces dans le recueil de renseignement. Ces techniques d’interrogatoire ont deux objectifs principaux. Le but direct est d’obtenir des renseignements. CarmiGilon, ex-chef du Shin Beth israélien considère ces techniques comme totalement inefficaces:
De plus, cette pratique n’est pas réellement adaptée à la menace qu’elle doit combattre. En effet les réseaux terroristes anticipent l’usage de la torture et ont mis en place des stratégies de résistance. Chaque opposant ne détient qu’un minimum d’informations qui s’avéreront vite obsolètes dès qu’il aura été arrêté. C’est d’autant plus le cas avec le réseau d’Al-Qaïda qui ne répond pas au schéma classique de hiérarchie pyramidale mais bien à une division horizontale de cellules indépendantes les une des autres. Les techniques d’infiltration et d’espionnage sont bien plus efficaces en ce domaine. En outre Raphaëlle Branche a dévoilée sur base des archives française, l’existence d’un système de classification de la qualité des divers renseignements obtenus pendant la guerre d’Algérie. Il apparaît que les renseignements obtenus sous la torture étaient classés parmi les renseignements ayant une fiabilité parmi les plus faibles. Le but secondaire de la torture est briser ou porter atteinte à la volonté et à la cohérence du groupe auquel appartient le prisonnier. Les méthodes d’interrogatoires utilisées à Guantanamo vise la déculturation (Sironi, 1999, 2001) des détenus. On attaque la part collective de l’individu, celle qui le rattache à un groupe désigné comme cible par l’agresseur. Si le processus a atteint son objectif, l’individu devient un sujet isolé, qui est ensuite intentionnellement relâché pour créer une peur collective et un climat de terreur dans le groupe que l’on veut atteindre. Cette théorie parait elle aussi difficilement conciliable avec la physionomie de la cellule d’Al-Qaïda. En effet le réseau a souvent recours comme ce fut le cas le 11 septembre 2001 à des kamikazes pour perpétrer leurs attentats. De plus le réseau dispose de nombreux camps d’entrainement, notamment en Afghanistan et en Arabie saoudite qui forment ses membres à l’éventualité de la torture et de la mort pour leur cause. La peur de ces issues n’existe pas vraiment dans un système où ceux qui les subissent deviennent des martyres que l’on glorifie. |
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Les suites grâce à Guantanamo : l’exemple de l’opération Gibraltar. La guerre globale déclenchée par les Etats-Unis contre le terrorisme n’a pas été sans effet. Elle a permis l’affaiblissement du réseau Al-Qaïda, la saisie de fonds importants lui appartenant, la destruction de camps d’entrainement en Afghanistan (même si ils sont reconstruits ailleurs) et la désorganisation générale de la cellule. En outre des renseignements obtenus exclusivement à Guantanamo auprès des 17 détenus marocains de la base ont permis concrètement le court-circuitage de l’opération Gibraltar au Maroc. Les services américains avaient obtenus, au mois de mars 2002, un renseignement précis concernant les membres du réseau au Maroc. Un responsable d'Al-Qaïda, serait installé au Maroc avec pour mission de préparer des attentats suicides à l'étranger. Les renseignements et le portrait robot d’un des lieutenants présumés de Ben Laden ont permis aux services marocains d’arrêter le 11 mai 2002, à l’aéroport de Mohammed V à Casablanca, un groupe de 6 passagers de différentes nationalités porteurs de passeports saoudiens qui devaient prendre le vol Casablanca-New York. La cellule qui a été ainsi neutralisée préparait des actes terroristes dans le pays et contre des navires occidentaux dans le détroit de Gibraltar. La Direction de la surveillance du territoire marocain fait état de la préparation d’une opération suicide à partir de Sebta et Melilla au Maroc. L’opération aurait permis de lancer des Zodiacs pilotés par des kamikazes contre des navires de l'Otan ou des bâtiments militaires américains de passage dans le détroit dans le but de les détruire avec des explosifs. La cellule aurait des relations étroites avec le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC), notamment implanté en Algérie dont la mission essentielle est de recruter des combattants essentiellement en Algérie mais également au Maroc. |
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2002-2010, ERTA |