| Internet : outil de « formation À distance » par les groupes terroristes |
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1. "Formation à distance" par les groupes terroristes, ce que les écrits en disent 1.1 Définition du terrorisme Il n’y a pas de consensus concernant la définition du terrorisme. Toutefois, bien qu’il y ait plusieurs définitions, certains éléments se recoupent. Voici la définition donnée par le United States Department of State (USDS): “Terrorism means premeditated, politically motivated violence perpetrated against noncombatant (in addition to civilians, military personnel who at the time of the incident are unarmed and/or not on duty) targets by subnational groups or clandestine agents, usually intended to influence an audience.” (USDS, 2001-2003) Les codes criminels et pénaux de différents pays offrent également différentes définitions (Code criminel du Canada, Code pénal français). Plusieurs auteurs ont également tenté de définir le terrorisme. Selon Claridge (1996), le terrorisme constitue une menace ou une utilisation de la violence systématique afin de s’opposer ou d’établir l’autorité avec l’intention de communiquer un message politique à un groupe plus grand que le groupe de victimes, cela s’opère en dehors d’un contexte militaire. La définition de Schmid and Jongman (1988) est la suivante:
1.2 Utilisation d’Internet par des terroristes Lorsque terrorisme et Internet sont combinés, le terme qui ressort le plus souvent est cyberterrorisme. Le cyberterrorisme constitue une attaque préméditée et politiquement motivée contre l’information, des systèmes informatiques, des logiciels et des données, qui résultent en une violence contre des cibles non combattantes (Pollitt, 2000). Toutefois, trop souvent, on oublie que l’Internet peut être utilisé comme outil par les terroristes (Weimann, 2004). Selon Freiburger et Crane (2008), les études passées ont échoué à définir de façon systématique l’utilisation d’Internet par les terroristes. Ils mentionnent toutefois que l’Internet constitue un outil qui peut être utilisé par les terroristes pour recruter, entrainer et faire de la propagande. Pour sa part, Weiman (2004) mentionne que l’Internet est un média non censuré qui diffuse des histoires, des photos, des menaces et des messages. Un groupe terroriste peut se servir d’Internet pour amplifier un message, exagérer son importance et la menace qu’il pose. Comme l’Internet peut être utilisé par tout le monde, cela procure un sentiment d’anonymat et devient donc intéressant pour les terroristes (Gagnon, 2007).
1.3 Contexte légal entourant la diffusion sur Internet Des débats du point de vu légal sont suscités concernant la question de l’anonymat sur Internet. Différents groupes ne partagent pas le même avis concernant les lois entourant l’anonymat. D’une part, les autorités légales (police et procureurs) peuvent faire du lobbying afin que les lois interdisent l’anonymat dans Internet. Par exemple, un groupe de procureurs de différents pays de l’Union Européenne a fait la recommandation à l’Union Européenne que l’anonymat sur Internet soit interdit. Ils avaient comme principal argument qu’il fallait mettre un stop aux agitations raciales. D'un autre côté, du lobbying peut être fait pour la protection de l’anonymat sur Internet de la part de groupe pour les droits civils (ex : Americain Civil Liberties Union (ACLU)) (American Civil Liberties Union, 2002). Pour l’instant, l’identification d’un utilisateur est possible grâce à l’adresse IP qui lui est attribuée par le fournisseur d’Internet et qui permet son identification de manière unique (Ghernaouti-Hélie, 2002). Connaissant le sentiment d’anonymat que procure Internet et sachant que plusieurs seront tentés de l’utiliser afin de transmettre des connaissances spécifiques et des idéologies entourant le terrorisme, il devient intéressant de se pencher sur les conséquences d’une telle utilisation.
1.4 Conséquences de l’utilisation d’Internet sur les organisations terroristes Les organisations terroristes ont connu des changements sur le plan organisationnel à cause des NTIC (Gagnon, 2007). Tout d’abord, les terroristes possèdent maintenant de nouveaux outils de communication qui leur permettent de comploter avec davantage de discrétion, car les rencontres en personne et le téléphone ne sont plus indispensables. L’échange d’informations est possible grâce à des sites web et des forums de discussions. Ils disposent d’encore plus d’anonymat s’il y a utilisation de cryptages, cryptologie ou stéganographie (Gagnon, 2007). Ces méthodes permettent un contrôle d’accès sélectif aux données. Elles rendent les données intelligibles pour les personnes qui ne sont pas autorisées à y avoir accès (Ghernaouti-Hélie, 2002). Ensuite, les NTIC peuvent avoir un impact sur le recrutement. Une idéologie peut être diffusée sur un site Internet et ainsi rejoindre une audience mondiale et cela peut être fait à peu de frais (Gagnon, 2007; Weimann, 2006). Finalement, la structure des organisations terroristes peut être influencée par les NTIC. Les organisations terroristes seraient de plus en plus complexes quant à leur structure. Elles seraient de moins en moins de types « militaires ». Certaines cellules terroristes pourraient émerger sans trop qu’on puisse expliquer cette émergence et l’Internet pourrait constituer un endroit intéressant pour ces terroristes afin de recueillir des idées (Gagnon, 2007).
1.5 Cadre théorique L’utilisation de l’Internet comme outil de "formation à distance" par les groupes terroristes peut s’expliquer par plusieurs perspectives théoriques. Dans cet article, une attention particulière sera portée à la théorie des activités routinières et à la théorie de l’association différentielle.
La théorie des activités routinières peut aider à comprendre le choix d’Internet comme moyen de diffuser des connaissances spécifiques.
Selon Cusson (2002), une personne peut être découragée de commettre une infraction si elle se sent surveillée. À l’inverse, une personne qui se sent moins observée sera plus encline à commettre un crime.
Comme il n’existe pas de véritable « police » d’Internet, le rôle de surveillant revient donc à tous les utilisateurs du réseau des réseaux (Sohier, 2002). Bien évidemment, ce n’est pas tous les utilisateurs qui prennent ce rôle au sérieux. Il existe donc une absence de surveillance sur Internet. Bien qu’il ne soit pas nécessairement question de crime dans le cas de l’utilisation d’Internet comme outil de "formation à distance" par les groupes terroristes, ceux-ci peuvent se sentir à l’abri des regards, ce qui accentue leur sentiment d’anonymat et les encourage davantage à utiliser l’Internet comme outil afin que des crimes soient commis par la suite. Malgré le fait que l’anonymat sur Internet comporte certains avantages comme la liberté d’expression, ce qui est profitable pour ceux qui cherchent à exprimer des idées qui seraient plus ou moins bien reçues dans les médias traditionnels, il existe plusieurs désavantages, surtout pour ceux qui luttent contre le crime, plus particulièrement contre le terrorisme. Les apprentissages que peuvent faire les terroristes sur Internet peuvent également être étudiés du point de vu de la théorie des associations différentielle de Sutherland (1966). Dans la théorie de Sutherland (1966), une identité délinquante serait adoptée par le délinquant quand celui-ci apprend de nouvelles définitions quant aux faits sociaux qui l’entourent. Le délinquant peut également faire l’apprentissage de techniques, toutefois ce n’est pas aussi important pour Sutherland (1966). Sutherland et Cressey (1966) exposent neuf principes afin de fournir une explication « génétique » (au sens de processus) à la théorie de l’association différentielle. Parmi celles-ci, se retrouvent certains principes qui s’appliquent plus particulièrement à l’apprentissage de connaissances spécifiques qui pourraient être faites par Internet par des terroristes. Tout d’abord, le comportement criminel n’est pas inné. Il serait appris au contact d’autres personnes par une communication verbale ou par l’exemple. L’apprentissage se ferait surtout à l’intérieur d’un groupe restreint. Les médias seraient une influence moindre, car ils sont plus distants, toutefois il est important de mentionner que cela serait peut-être différent aujourd’hui puisque les médias prennent une place beaucoup plus importante. Ensuite, les apprentissages se composent de techniques et méthodes, de buts, de raisonnements et d’attitudes. Pour le délinquant, le fait de saisir une opportunité ou de choisir une cible serait le résultat de l’interprétation favorable ou non des règles. Fait important, selon cet auteur, l’identité de délinquant est adoptée lorsque ce dernier adopte une attitude et un mode de vie particulier qui réfère à ceux du délinquant. Différents facteurs peuvent influencer le principe d’ « association différentielle ». Tout d’abord, la fréquence à laquelle un individu est exposé au modèle criminel joue un rôle. En effet, plus il est exposé au crime, plus le risque associé à la commission de délit s’accroît. Deuxièmement, la durée des contacts avec les modèles criminels sont aussi à considérer. Des contacts d’une plus longue durée augmentent le risque d’un individu à adopter des comportements criminels. Ensuite, le facteur de l’antériorité peut également avoir une influence. Des comportements criminels ou conformistes qui auraient été développés dans l’enfance peuvent resurgir à l’âge adulte. Finalement, l’intensité du modèle (criminel ou non) peut également influencer le comportement criminel d’un individu.
2. Problématique Comme il a été mentionné précédemment, les NTIC ont modifié la façon de diffuser l’information. Le vaste réseau que constitue l’Internet permet de stocker un nombre incalculable d’informations accessible à un large public. 3. Méthodologie Dans le but de mieux comprendre comment les terroristes utilisent l’Internet comme outil de "formation à distance", les techniques et les outils pouvant possiblement être employés pour diffuser des informations spécifiques par les terroristes seront examinés. De plus, les problématiques inhérentes à la diffusion de ce type d’information seront également examinées.
Pour ce faire, une recension des écrits sur le sujet a été effectuée. |
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Afin de mieux comprendre les problématiques inhérentes à la diffusion de connaissances spécifiques par des terroristes, il est important de bien comprendre le fonctionnement d’Internet. 4.1 Le World Wide Web Le World Wide Web (WWW) et la messagerie électronique sont les applications les plus importantes de l’Internet (Ghernaouti-Hélie, 2002). Le navigateur (Internet Explorer, Firefox, Netscape Navigator, etc.) est un logiciel client qui permet d’avoir accès distance à des serveurs web (Ghernaouti-Hélie, 2002). Grâce au navigateur, il est possible de faire de la recherche, de consulter et transmettre des informations ou exécuter des programmes. L’Internet peut être vu comme étant une vaste bibliothèque digitale (Weimann, 2006). Ce vaste réseau contient plus d’un milliard de pages d’information et la plupart sont accessibles gratuitement (Weimann, 2006). Les documents accessibles sont des hyperdocuments et son constitués de liens qui peuvent être activés afin d’accéder à une autre partie d’un document (Ghernaouti-Hélie, 2002). Il est possible d’avoir accès virtuellement aux archives de journaux afin de recueillir des informations, ce qui pourrait se faire physiquement, mais cela devient plus anonyme en ligne et permet des économies de temps et d’argent (Weimann, 2006). Il peut arriver que l’accès à Internet soit limité dans certains pays, c’est le cas dans certains pays arabes par exemple (Lieberman, 2008).
4.2 Moteurs de recherche
4.3 L'origine Weimann (2004) décrit l’utilisation d’Internet comme « outil de formation » à distance par les terroristes comme étant un phénomène dynamique. En effet, certains sites Internet peuvent émerger subitement tandis que d’autres peuvent disparaitre. Parfois, c’est le format des sites Internet qui change. Les changements d’adresses Internet sont souvent fréquents, mais le contenu des sites reste souvent le même. Les possibilités qu’offre le cyberespace sont très intéressantes pour les terroristes qui veulent diffuser de l’information spécifique. Le certain anonymat qui est possible d’avoir en utilisant Internet fait de cet outil un choix judicieux pour ces derniers. Il existe bel et bien des opportunités pour les terroristes d’utiliser l’Internet comme outil de "formation à distance". |
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2002-2011, ERTA |