| 2. Faits et Contexte |
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2.1 Contexte historique
Dès 1804, l’Empire turc est secoué de révoltes durant lesquelles la Serbie, aidée de son allié russe, deviendra indépendante et complètement libérée de la présence turque en 1867 (Garde, 1992). C’est à cette époque que naît l’idée Yougoslave, dans laquelle tous les Slaves du sud devraient être réunis en un seul et même pays (Garde, 1992). Certains y voient la possibilité de créer la Yougoslavie (yougo = sud et slavie = slaves) et, pour d’autres, il s’agit de créer une Grande Serbie ce qui sera la source de conflits postérieurs qui ne seront pas traités dans le présent travail. La Serbie souhaite donc s’étendre jusqu’au territoire de la Bosnie qui leur reviendrait de droit, son territoire étant constitué majoritairement d’une population serbe (Mousset, 1930; Batakovic, 2005). Toutefois, l’empire Austro-Hongrois souhaite aussi cette union, mais, sous sa tutelle. C’est ainsi, que l’Empire turc reculera du territoire de la Bosnie et de l’Herzégovine qui sera tout de suite occupé par l’Autriche en 1878 et annexé officiellement en 1908 (Batakovic, 2005). « La réaction en Serbie fut à la fois unanime et violente.» (Batakovic, 2005). Les Serbes se retrouvaient entourés de « l’ennemi » et les Slaves du sud n’auraient plus la chance de s’unir avec la Serbie (Mackenzie, 1989). La Serbie aurait souhaité une réponse militaire à cet « affront » de l’Autriche et des associations patriotiques verront le jour dont la Narodna Odbrana (Défense Nationale) dont nous reparlerons un peu plus loin. Du côté de la Bosnie, la réaction est similaire, la population souhaitait être affiliée à la Serbie et non au Double Empire (Garde, 1992 ; Batakovic, 2005). Enfin, la politique de l’Autriche à l’égard de la Bosnie sera conservatrice (Savary, 2004), et maintiendra en place une politique de servage à l’égard des Serbes. L’Autriche aurait considéré les Serbes orthodoxes comme des « sous-hommes » (Savary, 2004). « La Bosnie, travaillée par la misère et le désespoir est alors en état de révolte latent. » (Mousset, 1930)
2.2 L’attentat
Il s’agit ainsi d’une date sacrée pour le peuple serbe et, l’archiduc, conscient de cette agitation, aurait refusé de changer le programme de sa visite ni même de prendre des mesures de sécurité plus élevées (Mousset, 1930 ;Takács). C’est ainsi que vers dix heures et demie du matin, le cortège princier apparaît dans la rue principale de Sarajevo. À mi-chemin, une bombe est lancée contre la voiture, elle ricoche sur la carrosserie et éclate sur le sol blessant le lieutenant colonel ainsi que quelques personnes assistant au passage du cortège.
2.3 Le procès Les inculpés sont alors presque tous mineurs, la majorité est atteinte à l’âge de vingt ans. Princip et Cabrinovic ont dix-neuf ans, Grabe, dix-huit ans. Ils seront reconnus coupables de haute trahison, leur jeune âge ne permettant pas la condamnation à mort, ils écoperont de vingt ans de prison et mourront ainsi incarcérés pendant la guerre (Mousset, 1930, Savary, 2004). Toutefois, le procès s’étend au-delà de la reconnaissance de la culpabilité. Le procureur doit chercher qui est à la source du complot. Même si Princip clame tout au long du procès qu’« En voulant insinuer que quelqu’un d’autre a été l’instigateur de l’attentat, on s’écarte de la vérité. L’idée de l’attentat a germé en nous-mêmes, et c’est nous qui l’avons mis à exécution. » (Sténo du procès), la police et la diplomatie autrichienne auront mis l’attentat de Sarajevo au compte d’un groupe, la Narodna Obrana. Le procès ira d’ailleurs en ce sens, mais les recherches postérieures montrent une autre avenue (Mousset, 1930; Nouaille, 1971). Selon certains, l’Autriche avait avantage à faire un tel lien entre l’attentat et la Narodna Odbrana (Mousset, 1930; Nouaille, 1971; Savary, 2004; Batakovic, 2005). Toutefois, à l’époque ceux qui auraient été à la source de l’attentat seraient d’une autre organisation distincte : la Main Noire. 2.4 La Narodna Odbrana et la Main
Noire
Cette organisation secrète sera mieux connue sous le nom de la Main Noire. Celui qui prendra le contrôle du groupe est le colonel Dragutin Dimitrijevic, dit Apis. Celui-ci dira d’ailleurs plus tard : « In our view, Narodna Odbrana did not do as much our what we considered necessary to do. » (Mackenzie, 1989).Dès ces débuts, la Main Noire aurait été constituée d’officiers, de diplomates, d’avocats, de journalistes, d’universitaires. L’organisation aurait été formée d’une élite (Remak, 1959). Contrairement à la Narodna Odbrana qui condamne formellement l’action terroriste individuelle, La Main Noire la prône. Certains diront d’ailleurs que ces groupes n’entretenaient pas une bonne relation (Mousset, 1930 ; Savary, 2004). Mais la relation entre ces organisations demeure ambiguë pour une raison. Apis, cherchera à devenir maître de la Narodna Odbrana puisqu’elle jouit d’une autorité morale dans le pays et détient d’ailleurs beaucoup de ressources (Mousset, 1930 ; Remak, 1959). Apis tentera ainsi de noyauter l’organisation avec l’un de ses hommes, Tankosic, qui, nous le verrons plus loin, aurait participé à la préparation de l’attentat (Nouaille, 1971). La Main Noire ne comptait pas seulement des
membres serbes, mais aussi des Croates et des musulmans, l’organisation
entretenait aussi des relations en dehors de la Serbie. En Bosnie, l’homme
de main du colonel Apis est Vladimir Ciganovic. Cet homme dirigeait le
groupe révolutionnaire Jeunes Bosniaques auprès
duquel Princip aurait développé son « romantisme révolutionnaire
» (Mousset, 1930; Savary, 2004). C’est Ciganovic qui écrira
la brochure La mort d’un héros dédié
à Bogdan erajic. erajic est l’auteur qui se sera
suicidé suite à un attentat manqué contre le gouverneur
de Bosnie en 1910, celui-ci étant vu comme une menace pour la population
et pour l’union des Slaves du Sud (Batakovic, 2005). erajic
aurait été un exemple pour Princip et ses amis (Savary,
2004). Ainsi, comme erajic, ils auront en leur possession une dose
de cyanure pour s’enlever la vie après l’attentat.
Le cyanure n’aura toutefois pas eu d’effet. |
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2002-2011, ERTA |