III. Analyse des caractéristiques des groupes paramilitaires et leurs actions |
1. Comparaison des différents groupes
Gustavo Duncan (2005) soutient qu’après la mort de Pablo Escobar, la recomposition du réseau des entrepreneurs de la drogue, puis leur dépendance majeure aux groupes paramilitaires qui garantissaient la sécurité des cultures, ont fait en sorte que ces derniers ont eu une participation plus importante dans le trafic de drogues, jusqu’au point où ils ont fini par contrôler le marché, en substituant les narcotrafiquants. D’après l’auteur, dans la mesure où le trafic de drogue est une industrie illégale, l’État n’assurant pas leurs droits de propriété, ils ont besoin d’armées qui défendent leurs droits de propriété, en plus d’influencer les institutions de l’État. Dans un premier temps, à l’époque de Pablo Escobar, les groupes paramilitaires protégeraient les droits de propriété des narcotrafiquants dans les régions. Suite à la recomposition du réseau, les groupes paramilitaires, ayant les armes, auraient réussi à contrôler le marché. Les paramilitaires ont alors été vu comme des narcotraficants. Cependant, d’après la comparaison des différents blocs, ce que l’on peut constater c’est qu’il existe des armées de narcotrafiquants qui visent à contrôler le marché en se disputant le contrôle des cultures de coca aux guérillas et aux autres groupes paramilitaires, bien que pour d’autres blocs la cocaïne est plutôt une source de financement qu’une finalité en soi. En ce sens, on pourrait différencier entre les armées des narcotrafiquants et les groupes paramilitaires. Cependant, il reste à expliquer pour quoi les armées de narcotrafiquants ont combattu la subversion et tué des milliers de victimes. 2. Actions armées Afin de mieux comprendre les caractéristiques des actions des groupes paramilitaires Colombiens, nous avons fait une révision des dénonciations publiées sur le site Web d’Amnistie internationale en 1996, 1997 et 1998 dans les 9 départements où se sont produit le plus grand nombre de massacres. Dans un total de 88 actions registrées (une action pouvant comprendre plusieurs victimes), dans 83% des cas les victimes d'homicide avaient été présélectionnées. En fait, il était récurent que les paramilitaires arrivent dans un village ayant une liste en main, puis cherchent les victimes pour les tuer. Lorsque plusieurs personnes étaient tuées en même temps (massacres), les personnes avaient été préalablement cherchées se basant sur les listes. En ce qui a trait à l’identité des victimes, on retrouve des politiciens, des activistes et des militants de la gauche, des syndicalistes, des défenseurs des droits humains, des paysans et des civils soupçonnés d’appartenir ou de collaborer avec les guérillas. En ce sens, nous concordons avec Ivan Orozco (2005), selon qui, le fait de définir la violence paramilitaire comme un crime contre la société ou contre l’humanité ne permet pas de comprendre que la violence a été exercée contre une partie bien spécifique de la population, la gauche (mouvements sociaux, partis politiques, syndicats) et les bases sociales des guérillas. Il faut souligner que le PNUD (2003) soutient que la population civile victimisée était soupçonnée de collaborer avec les guérillas, mais qu’en réalité ces victimes n’appuyaient pas la guérilla.
4. Politiciens et paramilitaires Un autre aspect a trait au soutien aux paramilitaires par les politiciens et par la population en général. Un article de Fundacion Seguridad y Democracia (2006) intitulé « la magnitude de la vérité paramilitaire», se basant sur l’information d’activités paramilitaires dans 712 municipalités du pays, suggère qu’entre 1996 et 2004, au moins 480 maires, 1200 députés des localités et 1200 propriétaires, auraient eu des liens avec les paramilitaires. Dans la mesure que le phénomène paramilitaire a été massif, dans le sens qu’ils agissaient en tant qu’États au niveau local dans une partie importante du territoire, leur consolidation aurait eu comme requis l’implication indirecte de plusieurs groupes sociaux : Des politiciens, militaires, policiers, entrepreneurs, propriétaires des terres, fonctionnaires publiques, paysans et habitants des communautés. Le contrôle des populations a passé par une influence importante sur les institutions de l’État et dans la vie politique des régions, surtout en ce qui a trait à leur influence sur les élections. Le contrôle des politiciens leur permettait d’exercer une influence sur les institutions de l’État. |
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2002-2011, ERTA |