1. Origines
La deuxième période du phénomène paramilitaire dans l’histoire récente de la Colombie surgit au début des années 80. Cette période se caractérise par la formation d’armées par des civils. Selon Ruiz (2004), leur origine remonte à la formation de Muerte a Secuestradores (Mort aux kidnappeurs, MAS) en 1981, résultant d’une alliance de plus de 200 narcotrafiquants, visant à réprimer les enlèvements faits par la guérilla M19 dans les villes. Pablo Escobar définissait le communisme et la subversion comme des ennemis. En 1983, des grands propriétaires terriens du Magdalena Medio et des commerçants d’émeraudes font une alliance avec des narcotrafiquants ayant des cultures de coca à cette région, constituant ACDEGAM. Celui-ci était un projet politique, social, économique et militaire qui visait à combattre la subversion, face aux enlèvements et aux extorsions réalisées par la guérilla Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC). Le projet offrait des services de bénéfice public en échange d’information et de coopération de la part de la population dans la lutte anti-subversive. Au plan militaire, un groupe paramilitaire a été constitué, Autodefensas del Magdalena Medio, combattant les FARC et faisant des actions contre le Parti communiste, les syndicats et l’Union patriotique. Ce dernier était un parti politique créé lors des négociations des FARC avec l’administration de Belisario Betancour (1982-1986). Ce parti a été exterminé par les groupes paramilitaires. Une plainte a été déposée à la Commission interaméricaine des droits humains, dénonçant les assassinats de 1 163 personnes entre 1985 et 1993. Bien que le nombre de victimes n’ait pas été établi, la Fundacion Manuel Cepeda Vargas affirme que 5000 militants de l’UP ont été victimes d’homicide, de disparition forcée et de torture.
Pablo Escobar
Selon Ruiz, au début des années 90, une friction a lieu entre Pablo Escobar et ses alliés paramilitaires Carlos Castaño et son frère Vicente Castaño, à cause des assassinats infligés par Pablo Escobar à des narcotrafiquants pour le contrôle du marché de cocaïne. Cette dispute donne lieu à la formation du groupe Perseguidos por Pablo Escobar (Persécutés par Pablo Escobar, PEPES). Ce groupe regroupait des anciens « amis » de Pablo Escobar, dont Diego Murillo (alias « Adolfo Paz » ou « Don Berna »), et a joué un rôle important dans son éventuelle capture, faisant une alliance avec les autorités.
2. Diego Murillo : Bloque Cacique Nutibara et Bloque Calima
a. Bloque Cacique Nutibara
Suite à la mort de Pablo Escobar, les narcotrafiquants du Cartel de Medellin qui intégraient le groupe PEPES, en alliance avec d’autres trafiquants du cartel de Cali vont contrôler le marché de la drogue à Medellin. D’après Juan Carlos Garzon (2005 a) Murillo a commencé à jouer un rôle important dans le « contrôle » du marché de la drogue dans cette ville, en essayant de dominer les différentes bandes et gangs. Cela a entraîné des confrontations avec l’organisation criminelle La terraza, dont tous ses « chefs » vont être assassinés. Ensuite, des confrontations vont se donner avec le bloc paramilitaire Metro, donnant lieu à la naissance du groupe paramilitaire Bloque Cacique Nutibara (BCN), dont le principal commandant est Murillo. Au moyen de fortes confrontations, ce bloc va réussir à remplacer le contrôle des territoires dominés par le Bloque Metro à Medellin et de zones rurales entourant cette ville, au département d’Antioquia. Parallèlement, des confrontations ont alors eu lieu avec les FARC et l’Ejercito de Liberación Nacional (ELN).
Diego Murillo
Le BCN avait une structure complexe, composée d’organisations criminelles, de narcotrafiquants et de paramilitaires, ce qui rend difficile de différencier la violence criminelle de la violence politique. Garzon a interprété cela comme une interrelation où les paramilitaires vont se bénéficier du trafic de drogues et du crime organisé et ces derniers vont à leur tour tirer parti des paramilitaires, car cela leur permettrait d’acquérir du statut et de se bénéficier des négociations avec le Gouvernement. Il faut également noter que d’autres blocs paramilitaires agissaient dans d’autres territoires d’Antioquia, ce qui créait une délimitation des zones contrôlées par chaque groupe.
b. Bloque Calima
Également, Murillo est le commandant du Bloque Calima (BC) opérant au département du Valle. Selon la Fundacion seguridad y democracia (2005 a) l’origine de ce groupe remonte aux structures armées des narcotrafiquants, formées au début des années 90. La recomposition du réseau de la drogue entraîne des litiges pour la répartition des terres, qui seront réglés violement. Depuis 1995, en réaction aux extorsions des propriétaires des terres par les FARC, les propriétaires légaux vont se servir des structures armées des narcotrafiquants afin de se défendre de la guérilla, donnant naissance au Bloque Calima. De leur part, les narcotrafiquants visaient également à contrôler les territoires stratégiques pour l’exportation de la drogue. La dynamique de guerre se caractérise par des confrontations avec des groupes mafieux, ainsi que des opérations d’élimination des personnes socialement marginalisées. D’autre part, le BC va réaliser des confrontations avec les guérillas et des actions contre la population. Plusieurs massacres vont avoir lieu, 450 personnes seront tuées, 1500 déplacées par la force et 60 seront victimes de disparition forcée.
Une dynamique semblable va se présenter au département de Nariño avec les actions du groupe Bloque Libertadores del Sur, formant partie du Bloque Central Bolivar. D’après Garzon (2005, b) en 2000, Pablo Sevillano, condamné pour l’exportation de cocaïne, achète la « franchise » paramilitaire et la route du trafic de drogues de la côte pacifique. Ce groupe va confronter la guérilla pour le contrôle des cultures de coca et réaliser des actions armées contre la population marginale (des gens de la rue, des homosexuels, des prostituées).
2. Blocs originés d’ACDEGAM et des Autodéfenses du Magdalena Medio
a. Autodefensas de Meta y Vichada
D’autres groupes paramilitaires ont comme origine les Autodefensas del Magdalena Medio et l’ACDEGAM qui, comme expliqué antérieurement, se sont formés à partir d’une alliance entre les propriétaires de la terre, des commerçants d’émeraudes et le Cartel de Medellin au début des années 80. Ensuite, les commerçants d’émeraudes vont rompre leur alliance avec les narcotrafiquants. D’après Garzon (2005, c) de cette rupture résultent les Autodefensas de Meta y Vichada, qui vont accomplir la fonction de protéger la sécurité des entreprises du pétrole et du transport. Ce groupe aura une participation importante dans l’extermination du parti Union Patriotique. Depuis 1994, une répartition du territoire va avoir lieu avec les Autodefensas Unidas de Cordoba y Uraba (ACCU), qui vont se consolider dans les territoires ayant des cultures de coca. Depuis le début des années 2000 des disputes entre 3 autres blocs paramilitaires vont avoir lieu dans cette région pour le contrôle des cultures de coca.
b. Autodefensas de Cundinamarca
Également, d’après la Fundacion Seguridad y Democracia (2004, a) les Autodefensas de Cundinamarca ont comme origine les Autodefensas du Magdalena Medio. Ce groupe va se former pour défendre la sécurité des maisons et terres de vacances des narcotrafiquants, qui vont ensuite être vendues à des gens riches. Ce groupe a eu une activité importante à partir des enlèvements réalisés par les FARC aux propriétaires des maisons depuis la fin des années 90.
3. Carlos et Vicente Castaño : Blocs Suroeste antioqueño, Sinu, Sanidad, San Jorge et Heroes de Montes de Maria Maria
Carlos et Vicente Castaño
Des blocs opérant aux départements d'Antioquia, Sucre, Cordoba et Bolivar ont des orientations plus politiques dans la mesure où leurs actions seront plus orientées vers la lutte contre la subversion et moins vers le contrôle des cultures illicites. Selon la Fundacion seguridad y democracia (2005, b), le Bloque Suroeste Antioqueno, commandé par Vicente Cataño va confronter le Front 34 des FARC. Les Blocs Sinu, San Jorge et Sanidad, étant le noyau central des ACCU, agissaient à Cordoba (Fundacion seguridad y democracia, 2005, c). Ces groupes ont comme origine, les alliances du Cartel de Medellin avec les élites de cette région depuis 1987, en réaction aux extorsions et aux enlèvements de la part des guérillas. L’alliance avec les narcotrafiquants va se dissoudre, puis ce groupe va se consolider en tant que pouvoir dominant, en remplaçant l’État. Plusieurs massacres de la population civile vont être perpétrées à Cordoba, Uraba et au Nord-est d’Antioquia, laissant plus de 200 victimes. Ce groupe était soutenu par les grands propriétaires du bétail, des organisations civiles et une fraction importante des politiciens. En 1997 il va faire une offensive au Nudo de Paramillo, confrontant les FARC et réalisant des massacres, des homicides sélectifs et des déplacements forcés. Également, le Bloque Heroes de montes de Maria, agissant à Sucre et Bolivar, est une réaction aux menaces et aux extorsions par les FARC et l’ELN contre les propriétaires terriens (Garzon, 2005, d).
4. Bloque Catatumbo et Autodéfenses Unies de Colombie
a. Bloque Catatumbo
Le Bloque Catatumbo, divisé en deux blocs, dont le commandant principal est Salvatore Mancuso, agissait à Norte de Santander. D’après la Fundacion seguridad y democracia (2004, b) ce bloc va présenter des confrontations internes entre la partie plus orientée vers la lutte anti-subversive et celle qui visait le contrôle du trafic de drogues, résultant dans les homicides de plusieurs de ses commandants. En milieu urbain, ces blocs vont contrôler les quartiers populaires, principalement les réseaux criminels, comptant avec le soutien des chauffeurs de taxis, des petits commerçants et des agents de sécurité privée. Leur consolidation dans les zones rurales est fait au moyen de massacres de paysans cultivant du coca et travaillant pour les FARC. À partir de ces actions, une sorte de pacte de non agression se fait avec cette guérilla, résultant en la division du territoire cultivé. En 2004, les FARC vont donner fin à l’accord, en faisant un massacre de paysans qui travaillaient pour les paramilitaires.
Salvatore Mancuso
b. Autodéfenses Unies de Colombie
Carlos Castaño va constituer les Autodefensas Unidas de Cordoba y Uraba (ACCU) en 1994 et les Autodefensas Unidas de Colombia (AUC) en 1997. La création des AUC a été une tentative d’unifier politiquement les différents groupes paramilitaires qui agissaient de manière indépendante dans plusieurs régions de la Colombie. En unifiant les différents blocs, Castaño tentait de former un mouvement politique orienté vers la lutte anti-subversive, indépendant de l’influence des narcotrafiquants. Les AUC se sont constitués comme une fédération, ayant une direction centrale mais la prise de décisions se faisait au niveau régional (Blanco, 2003). Comme expliqué antérieurement, des confrontations entre des blocs des AUC pour le contrôle des territoires auront lieu entre différents blocs faisant partie des AUC. Carlos Castaño renonce en 2002 à la direction des AUC, jugeant que la pénétration du trafic de drogues dans les groupes paramilitaires avait corrompu les objectifs initiaux de lutte contre la subversion des groupes paramilitaires (Blanco, 2003). Suite à l’inclusion des AUC dans la liste d’organisations terroristes des Etats-Unis et aux demandes en extradition de plusieurs commandants, Castaño encourage les négociations de paix avec le Gouvernement. Il est assassiné en 2004 par son frère Vicente, qui sera lui-même assassiné. |