Les AutodÉfenses Unies de Colombie (AUC):
Origines, trajectoires, facteurs explicatifs
et caractÉristiques de la violence

Gabriela Manrique
2008
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Introduction

Une perspective théorique sur le terrorisme, développée depuis les années 50, conçoit ce phénomène comme étant une forme de guerre tendant à remplacer les guerres conventionnelles. En partant de cette perspective, il existe une tendance des études académiques qui comprend le conflit armé en Colombie comme étant un type de guerre terroriste, dans le sens que les guérillas et les groupes paramilitaires chercheraient à contrôler les populations au moyen d’actions terroristes. Ce travail compare les trajectoires, les caractéristiques et les actions de plusieurs groupes paramilitaires Colombiens qui appartenaient aux Autodéfenses unies de Colombie (AUC), afin de comprendre les caractéristiques des actions violentes menées par ces groupes et ainsi analyser si ce sont des groupes terroristes. Les AUC étaient une organisation créée en 1997 par le paramilitaire Carlos Castaño, qui a tenté d’unifier politiquement les différents groupes qui agissaient dans les régions. Suite à l’inclusion des AUC dans les listes d’organisations terroristes de plusieurs pays, un processus de paix avec le Gouvernement Colombien va avoir lieu, donnant lieu à la démobilisation de 37 blocs paramilitaires et de 31 687 personnes entre 2003 et 2006.

Les AUC sont dans les listes d’organisations terroristes du Canada, des Etats-Unis, de l’Union Européenne ainsi que celle des Nations Unies. D’après Martin et Benoit (2007), qualifier certains acteurs de terroristes est un moyen utilisé par les Gouvernements pour que les actions des ennemis soient  interprétées de manière négative et conçues comme illégitimes. Par ce moyen, les Gouvernements peuvent justifier leurs mesures anti-terroristes. Également, David Claridge (1996) soutient que qualifier l’ennemi de terroriste est la stratégie ultime pour condamner la tactique politique de l'adversaire. En ce sens, il faudrait différencier les utilisations politiques du terme terrorisme, des caractéristiques de cette forme de violence. La première partie du travail décrit quelles étaient les conceptions des militaires sur la subversion et les mesures anti-subversives instituées par les militaires entre 1968 et 1989, afin de comprendre les antécédents des groupes paramilitaires formés depuis le début les années 80 en Colombie. Pour cela, nous nous basons sur les manuels de contra guérilla et sur des publications de la revue des Forces militaires, cités dans la confession auprès du système de justice du paramilitaire Colombien Salvatore Mancuso. Également, nous faisons une recension de travaux portant sur ce sujet. La deuxième partie du travail fait une comparaison des origines, trajectoires et caractéristiques de plusieurs groupes qui appartenaient aux AUC, en se basant sur les études réalisés par Juan Carlos Garzon et l’institution de recherche Fundacion Seguridad y Democracia. La troisième partie fait une analyse sur l'évolution des groupes paramilitaires décrits dans la deuxième partie. Également, l'analyse d'une recension des actions armées des groupes paramilitaires dans 9 départements de la Colombie en 1996, 1997 et 1998, dénoncées par Amnistie Internationale est présentée. En partant de l'étude des actions menées par les groupes paramilitaires Colombiens, la quatrième partie analyse si ceux-ci sont des organisations terroristes.

 

Contenu

I. Militaires et groupes paramilitaires (1968-1989)

II. Origines et comparaison des groupes paramilitaires Colombiens (1981-2004)

III. Analyse des caractéristiques des groupes paramilitaires et leurs actions

IV. Les groupes paramilitaires Colombiens sont ils terroristes?

 

 

Conclusion

L’interprétation du terrorisme comme une forme de guerre, typique de l’ère nucléaire, est une approche qui permet de comprendre que la diffusion de la peur dans les populations est un élément important pour assurer leur contrôle par les groupes paramilitaires intégrant les Autodéfenses Unies de Colombie et que les actions contre quelques personnes cataloguées d’ennemies influencent les comportements de l’ensemble des « ennemis ». Cependant, si on ne limite pas le terrorisme à son élément de « terreur » et si l’on part de la définition de Claridge (1996), selon qui, le terrorisme est un moyen de communication d’un message politique dont l’objectif n’est pas d’agresser la victime mais d’influencer le comportement d’un groupe qui dépasse celui de la victime, étant donné que plus de 14 400 civils ont été tués entre 1996 et 2006 par les groupes paramilitaires, l’on peut interpréter que les homicides étaient moins des moyens pour influencer les comportements des adversaires que des objectifs en soi. L’élimination systématique de plus de 3000 membres du parti Union Patriotique, ainsi que la récurrence à la commission de massacres dans certaines régions, laissant des centaines de victimes, nous amènent à conceptualiser les actions violentes des paramilitaires Colombiens contre la « subversion » comme des crimes de masse, plutôt qu’en tant qu’actions terroristes. Le phénomène paramilitaire qui a lieu en Colombie depuis les années 80 , entraînant la mort et la violation des droits de milliers de personnes appartenant aux partis de gauche, syndicats et d’autres mouvements sociaux et de personnes soupçonnées de collaborer avec les guérillas, est précédé d’une période de plus de 20 ans d’institutionnalisation, par les militaires, d’une conception de la subversion qui ne fait pas de différence entre la guérilla et la population civile, en concevant la population participant aux mouvements sociaux comme subversive. Cela a justifié la guerre psychologique encouragée par les militaires contre la population civile « subversive ». D’autre part, les caractéristiques de la violence paramilitaire durant cette période se comprennent dans le contexte de la pénétration du trafic de drogues dans l’économie du pays, parallèlement à la lutte armée par les guérillas, amenant à une confluence entre des propriétaires qui se trouvent menacés par les guérillas, des narcotrafiquants et des réseaux du crime organisé.    

Références 

Blanco, J. (2003). Trayectoria paramilitar en Colombia : Factores explicativos, discurso politico y desmovilización. Mémoire non publié, Universidad de los Andes, Bogota, Colombia.

Claridge, D. (1996). State terrorism? Applying definitional model. Terrorism and political violence, 8 (3), 47-63

Duncan, G. (2005). Historia de una subordinación : ¿Cómo los guerreros sometieron a los narcotraficantes ? Bogotá, Universidad de los Andes-GESED.

Jones, A. (2004). Parainstitutional violence in Latin America. Latin American politics and society, 46 (4), 127-149.

Lair, E. (1999). El terror : Recurso estrategico de los actores armados. Analisis Politico, 30. Bogota, IEPRI

Martin, V. & Benoit, M. O. (2007) La définition du terrorisme : Un état des lieux. In C. P. David & B. Gagnon Repenser le terrorisme, concepts, acteurs et réponses, (25-49)Québec : Presses de l’Université Laval. 

Orozco, I. (2005) Reflexiones impertinentes: Sobre la memoria y el olvido, sobre el castigo y la clemencia. In A. Rettberg (Comp) Entre el perdón y el paredón : preguntas y dilemas de la justicia transicional, (168 -209).  Bogotá : Ediciones Uniandes.

Programa de las Naciones Unidas para el Desarrollo, PNUD (2003). El conflicto : Callejon con salida. Informe Nacional de Desarrollo Humano. Bogota : El Malpensante.

Ruiz, M. M (2004). Causas explicativas del fenomeno del paramilitarismo en Colombia. Mémoire non publié, Universidad de los Andes, Bogota, Colombia.

 Sémelin, J. (2000) Qu’est ce qu’un crime de masse? Le cas de l’Ex-Yougoslavie. Critique Internationale, 6.                   

Schmid, A. & Jongman, A. (1988) Political terrorism : A new guide to actors, authors, concepts, data bases, theories and literature. New York : Transaction.

 

 
   
 
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