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B. Al-Zarkaoui en Irak ou la stratégie de la barbarie humaine
Les circonstances de l'intervention américaine en Irak : la théorie du complot
Au début de l’année 2003, pour poursuivre sa lutte contre le terrorisme, programme dans lequel le gouvernement Bush s’était engagé à la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone, les Etats-Unis envisagent de mener une guerre préventive en Irak en avançant la théorie du complot et de la conspiration c’est-à-dire d’une certaine manière, mettre le blâme ou la responsabilité des actes sur des forces internationales. Les raisons avancées pour légitimer cette intervention sont l’élimination des armes de destructions massives que serait censé détenir l’Irak, la libération du peuple irakien de son dictateur en instaurant une réelle démocratie à la place du gouvernement Baasiste de Saddam Hussein en place depuis le 16 juillet 1979, et bien sûr et principalement, éradiquer les groupes soutenant le terrorisme.
En effet, lors de son discours devant le conseil de sécurité des Nations unies, en date du 5 février 2003, le secrétaire d’État Colin Powell, outre l’accusation sans preuve formelle que le régime irakien n’aurait pas respecté ses obligations en matière de désarmement, il soutient avec conviction que cet État entretient des relations avec l’organisation Al-Qaida et fait de la présence d'Al-Zarkaoui en Irak une certitude nécessitant une intervention rapide dans l’optique d’abattre le terrorisme : « Je veux plus particulièrement attirer votre attention sur le lien entre l’Irak et le réseau terroriste d'Al-Qaida. L’Irak aujourd’hui abrite un réseau de terroristes dangereux mené par Abu Musab Al-Zarqawi, un associé et un collaborateur d'Oussama Ben Laden ». Alors même que les renseignements obtenus quant à la présence d'Al-Zarkaoui sur le sol irakien se sont avérés par la suite fondés mais pas aux périodes mentionnés par Colin Powell, à savoir qu’il était en Irak depuis 2002, ceci ne pouvait néanmoins pas justifier une intervention militaire contre le régime irakien. La mise hors d’état de nuire de ce terroriste aurait simplement nécessité une action offensive qui aurait visée expressément son groupe ainsi que ses réseaux de soutien et non pas le régime de Saddam Hussein. Ainsi, fort habilement Colin Powell à davantage insister sur l’existence de liens solides entre l'Irak et l’organisation de Ben Laden. De cette manière, l’action militaire contre le pouvoir du parti Baas était légitimé car de telles relations pouvaient laisser envisager l’hypothèse d’un terrorisme d’État dans la mesure où les États-Unis considéraient que Saddam Hussein apportait un soutien aux différents groupes terroristes présents sur son territoire, en comparaison avec le régime des Talibans en Afghanistan qui avait hébergé sur son sol les membres d’Al-Qaida, conduisant à l’offensive américaine « enduring freedom » à l’automne 2001. Selon le secrétaire d’État américain, il y avait un lien entre le fait que l’Irak tentait de dissimuler des armes de destructions massives et les terroristes. Ainsi, pour valoriser son argumentaire, Colin Powell insiste que depuis toujours Saddam Hussein a entretenu des relations avec des groupes terroristes : « Bagdad a formé le Front de libération de la Palestine pour le maniement d’explosifs et d’armes de petit calibre. Saddam Hussein a également utilisé le Front de libération de la Palestine pour acheminer de l’argent aux familles des kamikazes palestiniens afin de prolonger l’Intifada ».
Néanmoins, tout comme les États-Unis se sont trompés quant à la présence d’armes de destructions massives en Irak puisque le rapport de Hans Blix, président de la commission qui devait vérifier si ce pays détenait de telles armes, ait conclu en l’absence de preuve de la poursuite de tels programmes, les relations qu’entretenaient le régime du Raïs et Al-Qaida furent également erronées. En effet, il a été clairement établi par la suite, par diverses investigations, dont certaines ont été menées par l’agence américaine de renseignement de sécurité qui intervient en dehors du territoire des États-unis, à savoir la CIA, qu’aucune alliance de quelques natures que se soit, ait été conclue avec Al-Qaida. Un rapport rendu public de la commission du renseignement du Sénat américain, en date du 8 septembre 2006 et s’appuyant sur des éléments fournis par la CIA, établit formellement l’absence de soutien de l’Irak envers les terroristes d’Al-Qaida et plus particulièrement avec Abou Moussab Al-Zarkaoui. Dès lors, la thèse d’un terrorisme d’État qui avait été une raison principale de l’offensive américaine en Irak ne tenait plus la route. Saddam Hussein n’a pas accueilli à bras ouverts les membres de réseaux terroristes affiliés à Al-Qaida. Bien au contraire, il semble que la présence de djihadistes salafistes sur son territoire était une sérieuse menace pour son régime laïc, qui pouvait être considéré comme « infidèle ». De la sorte, il était fort à parier que des hommes, comme Al-Zarkaoui voudraient soumettre l’Irak à la charia, précepte fondamental de l’idéologie salafiste.
C’est donc par de nombres manipulations de l’opinion publique et sans l’accord de l’ONU, que le gouvernement américain va justifier son intervention militaire en Irak. En effet, le 23 mars 2003, l’offensive de la coalition américaine, sous le nom de « operation iraqi freedom » débute avec des bombardements et le déploiement des premiers soldats. Ainsi comme le souligne en 2006, le vice-président de la commission sénatoriale, John Rockefeller, la politique de Bush « a exploité le profond sentiment d’insécurité des Américains » à la suite du 11 septembre 2001 ce qui a amené une grande partie de la population à voir que « l’Irak avait un rôle dans les attentats ». |
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Al-Zarkaoui, un unificateur pour le djihad contre « les américains » en Irak
Al-Zarkaoui, un cadre opérationnel très important dans l’organisation d’Oussama Ben Laden, qui avait pris le contrôle du camp d’Hérat, dans l’Ouest de l’Afghanistan à la fin de l’année 2000, se serait vu confier une mission fondamentale pour la survie des terroristes d’Al-Qaida après les attentats du 11 septembre 2001. En effet, il devait assurer la présence de son groupe au Kurdistan irakien. Il agissait directement sous la directive d’Oussama Ben Laden, ce qui confirme, sans aucune équivoque, qu’il bénéficie également d’une pleine confiance du leader saoudien. L’objectif de s’étendre dans cette région est de permettre le redéploiement des membres de l’organisation dans cette partie du territoire à la suite des représailles certaines des États-Unis, en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Ainsi, de nombreux mois avant l’attaque sur le sol américain, Oussama Ben Laden savait bien qu’il devait se protéger car la riposte américaine serait dévastatrice. Il ne faisait aucun doute que les membres de l’organisation Al-Qaida seront attaqués en Afghanistan d’où la nécessité de trouver une « nouvelle terre d’accueil ». C’est donc dans un tel contexte que des « fidèles » du groupe d’Al-Zarkaoui vont commencer à s’implanter sur le sol irakien pour étendre leur périmètre d’action. Le leader jordanien prendra la direction d’un camp d’entraînement dans la ville de Sargat, située près de la frontière avec l’Iran. Tout comme le camp de Hérat, les recrues seront plus spécifiquement former aux maniements des armes chimiques et bactériologiques.
Dès le mois d’août 2001, à la suite d’une rencontre avec des islamistes irakiens proches du mollah Krekar, figure emblématique sur la scène terroriste au Kurdistan irakien de la fin des années 1990 jusqu’au la fin de l’année 2002, le groupe d’Al-Zarkaoui décide d’établir leur base au Kurdistan de manière permanente ainsi que d’y ouvrir d’autres camps d’entraînement. Néanmoins, l’offensive américaine va un peu bousculer ses projets, puisque touché par une frappe aérienne alors qu’il se trouvait à Kandahar en Afghanistan, il va être contraint de fuir en Iran pour recevoir des soins. Ensuite, selon les services de renseignement jordaniens, il séjournera en Syrie du mois de mai à septembre 2002. C’est donc à partir de la fin de l’été 2002, qu’Al-Zarkaoui réapparaît sur le territoire irakien, qui était devenu une zone stratégique pour le repli des membres d’Al-Qaida. Ainsi, il va très vite établir des relations avec des organisations terroristes présentes principalement au Kurdistan irakien imposant progressivement son autorité sur les résistants islamiques présents dans cette région, pour pouvoir jouera par la suite, un rôle d’unificateur chez les différentes factions terroristes pour lutter contre l’envahisseur américain durant et après l’offensive « operation iraqi freedom » en répandant la terreur par la barbarie.
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Jama'at al-Tawhid wal Djihad |
Les groupes terroristes présents au Kurdistan irakien avant l’arrivée
d’Al-Zarkaoui vont avoir un rôle crucial dans son incroyable
ascension en Irak. En effet, issus de la mouvance djihadiste salafiste,
ils sont directement orientés dans la même ligne de pensée
que le chef jordanien ce qui va permettre leur rapprochement puis leur
unification sous l’égide d’un seul homme, fort de
son pouvoir de rassembler. Ainsi, au mois de mai 2004, soit un an après
la victoire des forces de la coalition contre le régime irakien,
Abou Moussab Al-Zarkaoui aura réussi à former, sous l’appellation
de « Jama’at
al-Tawhid wal Djihad », sa propre « coalition » constituer
des différents groupes voués au djihad. Il fera donc de
l’Irak, après le renversement du régime de Saddam
Hussein, sa base opérationnelle et sa nouvelle terre de djihad
défensif contre « l’ennemi lointain ».
Il contrôlait alors principalement six mouvements djihadistes
présents en Irak, à savoir, « Ansar al-Islam », « Ansar
al-Sunna », « al-Jamaa al-Salafiya », « Jaysh
Mohammed », « Jund al-Sham » et « Takfir
Wal Hijra ». Mais alors quelle importance ont eu ces différents
groupes dans l’ascension d'Al-Zarkaoui, et de quelle manière
a-t-il réussi à établir un tel regroupement autour
de lui ?
Le
groupe qui va jouer le rôle le plus important dans l’implantation
des hommes d’Al-Zarkaoui en Irak c’est incontestablement « Ansar
al-Islam », qui résulte lui-même principalement
de la fusion de deux organisations présentes au Kurdistan irakien :
la première, « l’Union islamique du Kurdistan », créée
par le mollah Krekar, ancien membre du mouvement islamique
du Kurdistan irakien (MIK); la seconde, Jund al-Islam, fondée en
2001 par Abou Abdullah Al-Shafii et qui était considérée comme
la meilleure force armée du Kurdistan irakien. C’est devant
le désir de rapprochement du Mollah Krekar qu’en décembre
2001, « Ansar al-Islam » va émerger et
sera placée sous la direction de
ce dernier (voir vidéo).
Ce groupe qui revendique de nombreuses actions contre le parti politique
en place dans cette région, l’Union patriotique du Kurdistan,
a assuré un grand soutien à Al-Zarkaoui et à ses
hommes. En effet, dès la fin de l’été 2002,
date du retour du jordanien sur le territoire irakien, le mollah Krekar
va mettre à sa disposition un de ces camps d’entraînement.
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Camp de Khurmal |
Il
bénéficie donc d’une nouvelle base opérationnelle
située dans la ville de Khurmal où il continuera à former
des individus au maniement d’armes de diverses natures afin
de poursuivre le djihad mondial. Mais progressivement l’ensemble
des camps d’entraînement vont être placés
entre les mains des hommes d’Al-Zarkaoui dont principalement
ces deux associés et fidèles amis qui ont continué à le
suivre depuis la création de sa première organisation
terroriste jusqu’en Irak en passant par l’Afghanistan :
Abdel Hadi Daghlas et Khaled Mustafa Khalifah Al-Aruri. Ansar al-Islam
qui comptait au début de l’année 2003 pas moins
de 600 combattants sera dans les faits contrôlés par
Al-Zarkaoui. Il bénéficiera donc des ressources financières
du groupe provenant d’Al-Qaida, de différentes organisations
caritatives, ainsi que de son important arsenal militaire. Fort de
son charisme et de la réputation qu’il s’était
déjà faite, il a réussi à se
rapprocher énormément d’Ansar al-Islam qui en
février 2003, a destitué son
chef, le mollah Krekar, remplacé par Abou Abdallah Al-Shafii.
Au début de l’offensive américaine, les bastions
et camps d’entraînement d’Ansar al-Islam vont être
directement visés par des frappes aériennes de la coalition
et devant la perte d’un nombre non négligeable de ses
combattants, l’organisation va appeler « tous
les volontaires à rejoindre les rangs d’Ansar al-Islam
pour combattre les Américains ». Ainsi très rapidement,
Ansar al-Islam va se reconstituer en Irak et des relations de plus
en plus étroites vont lier le groupe d’Al-Zarkaoui en
Irak et celui dirigé par Al-Shafii. De nombreuses personnes
arrêtées par les Américains permettaient de faire
la liaison entre les deux réseaux terroristes. En effet, J-C
Brisard cite l’exemple de Husan Al-Yemeni, « un agent
de Zarkaoui » arrêté par l’armée
américaine, « alors qu’il représente
Ansar al-Islam pour la ville de Fallouja ». Al-Zarkaoui
s’engage donc corps et âme dans la résistance
islamique contre l’envahisseur états-unien, et fera
de l’Irak son terrain d'action.
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Otages Népalais |
Outre Ansar al Islam et les hommes d'Al-Zarkaoui, l’Irak connaît d’autres mouvements djihadistes, dont certains existaient déjà avant l'invasion américaine tandis que d’autres se sont constitués spécialement pour l’occasion pour lutter contre l’ennemi américain. C’est le cas «d’Ansar al-Sunna » qui sera créé en septembre 2003 par Abou Abdullah Hassan Ben Mahmoud. Ce groupe terroriste, tout comme la future organisation d’Al-Zarkaoui, en Irak, « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », se réclame ouvertement du réseau d’Oussama Ben Laden et vise à porter le djihad. Outre de nombreuses attaques terroristes, contre les différentes forces de la coalition, par le biais principalement d’attentats-suicides ou encore l’assassinat d’agents des services de renseignement espagnols présents en territoire irakien, à la fin du mois de novembre 2003, l'organisation « Ansar al-Sunna » va être mise sous la rampe des projecteurs par la macabre exécution de douze otages népalais qui travaillaient en Irak comme cuisiniers ou chauffeurs pour des sociétés américaines. Ces civils étaient considérés comme des collaborateurs avec l’ennemi américain. Cette exécution sera filmée et la diffusion sur le site internet « d’Ansar al-Sunna » montrera la cruauté de ces mises à mort : les images dévoilent comment le premier népalais a été égorgé tandis que les onze autres ont été tués par une balle. Ce massacre fut le plus important perpétré en une seule fois depuis le début de la guerre en Irak.
Parmi les autres groupes présents sur le territoire irakien qui vont mener la guerre sainte il y a entre autres « al-Jamaa al-Salafiya » et « Jaysh Mohammed ». Les groupements qui s’affirment sur la scène irakienne dans la résistance nourrissent tous l’envie d’être reconnus comme étant celui qui aura réussi à vaincre l’ennemi américain. Al-Zarkaoui, veut également imposer son nom dans la résistance en Irak, mais il a rapidement compris d’une part, que devant la multiplication de ces nombreux groupuscules islamiques d’idéologie salafiste en Irak, il était nécessaire de les unifier, les fédérer afin de ne pas disloquer les forces en présence, mais bien au contraire de les unir pour être plus puissant. D’autre part, il s’est vite rendu compte de l’importance des médias pour inspirer la terreur, la barbarie afin d’aboutir au retrait de l’armée de la coalition. C’est un peu en se conformant à la formule populaire, selon laquelle « l’union fait la force » qu’Al-Zarkaoui va réussir, avec succès, à rassembler autour de lui, quelques mouvements djihadistes important en Irak. Très vite il s’impose comme le leader incontestable de l’opposition face aux forces de la coalition sous le commandement américain. Ainsi pour se proclamer comme le chef guerrier avéré, il décide de montrer son pouvoir en frappant un grand coup : le 11 mai 2004, il exécute un civil américain, Nicholas Berg, dans la barbarie la plus extrême. Ceci fonctionnera à merveille, puisque deux jours plus tard, le mouvement « al-Jamaa al-Salafiya » annonce dans un communiqué sa fusion avec le groupe d’Al-Zarkaoui, « Jama’at al-Tawhid wal Djihad ». D’autres organisations terroristes vont rapidement se rallier à l’homme le plus important de la résistance comme Ansar al-Islam, Jaysh Mohammed, Jund al-Sham ou encore Ansar al-Sunna qui, pour sa part, continuera à agir sous son nom mais qui sera d’une certaine façon contrôlée par Al-Zarkaoui, lors d’actions conjointes. Ainsi, sous l’égide de « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », qui littéralement signifie en français « Unité et Djihad », il a fondé sa propre coalition qui incarnera par ses modus operandi, la terreur la plus extrême poussée à son paroxysme. Composé d’environ 1500 combattants irakiens ou d’autres pays arabes, cette organisation est organisée en « cercles concentriques autonomes » (Brisard, 2004), dans l’optique de rendre difficile pour les services de renseignement, l’infiltration et la localisation du premier cercle c’est-à-dire celui d'Al-Zarkaoui. Il est fort à parier, qu’il s’est inspiré du modèle hiérarchique de l’organisation d’Al-Qaida durant la période pré-11 septembre 2001, puisque cette dernière était composée de trois cercles : au sommet, il y a Oussama Ben Laden et son bras droit Ayman Al-Zawahiri ; le deuxième niveau était composé des lieutenants opérationnels ; puis au bas de l’échelle, il y avait de nombreux membres qui formaient différentes cellules terroristes.
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Al-Suri |
Selon des sources extraites de l’ouvrage de J-C Brisard, le cercle très réduit d'Al-Zarkaoui serait composé à ces débuts principalement d’un leader religieux, en la personne de Abou Anas Al-Shami qui sera tué au mois de septembre 2004 ; de ses deux fidèles amis du temps de « Bayt al-Imam », Khaled Mustafa Khalifah Al-Aruri et Abdel Haadi Ahmad Daghlas, d’Abou Moussab Al-Suri (son bras droit en Irak) et de personnes spécialisées dans des domaines particuliers, comme par exemple, Abou Mohammed Al-Lubnani, spécialiste en explosifs ou Abou Ali Al-Iraqi, ancien militaire irakien spécialisé dans les missiles. La zone d’activité que privilégiera « Jama’at al-Tawhid wal Dijhad », est plus communément appelé « le triangle sunnite » qui s’étend au Nord de Tikrit, s’étirant à l’Est de Bagdad, et au Sud-ouest de Ramadi. Il sera découpé en neuf commandements opérationnels afin d’assurer une meilleure représentativité sur le territoire. Les principales activités opérationnelles du groupe débuteront, le 9 avril 2004, soit quatre jours après l’offensive américaine sur la ville de Falloujah, par l’enlèvement d’un premier otage, exécuté un mois plus tard ce qui marquera, comme précisé plus haut, l’union de différents groupes autour d’Al-Zarkaoui. Ainsi, après avoir revendiqué, plusieurs enlèvements, décapitations et attentats, à la fin de l’année 2004, son groupe est rebaptisé « Organisation Al-Qaida pour le djihad en Mésopotamie », ce qui montre son ralliement officiel avec l’organisation d’Oussama Ben Laden, suite à la réitération de son serment d’allégeance au chef saoudien en octobre 2004. Al-Zarkaoui devient alors réellement « l’émir suprême » du djihad en Irak, qui imposera, d’une part, le respect de ses différents lieutenants et membres opérationnels, lui obéissant sans discussion ; d’autre part, il reflètera la terreur chez les occidents par ses actes de barbarie.
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Le triangle Sunnite |
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Les cibles et la stratégie de la barbarie
Bien qu’Abou Moussab Al-Zarkaoui se soit petit à petit fait un nom de terroriste connu de nombreux services de renseignement, notamment jordaniens puis des américains depuis l’attentat de Laurence Foley en 2002, pour tous ceux qui ne le connaissaient pas encore, c’est vraiment ses activités en Irak, principalement à partir du début de l’année 2004, qui vont le mettre sous la rampe des projecteurs : plus personne ne pouvait passer à côté de l’image de « monstre » associée à sa personne, qu'il s’est lui-même construite.
La doctrine défendue par son groupe terroriste, « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », puis par son successeur, « Organisation Al-Qaida pour le Djihad en Mésopotamie », est de mener le djihad salafiste mondial contre « l’ennemi américain ». Pour poursuivre ce but, le chef Al-Zarkaoui a choisi de recourir aux méthodes les plus cruelles et barbares afin de faire fuir l’envahisseur de l’Irak, à savoir l’enlèvement et la décapitation d’otages. Concernant les cibles de son hostilité, il convient de préciser qu’il ne frappe pas au hasard. Bien au contraire il a mis en place une stratégie bien réfléchie dans l’optique de sortir vainqueur et de porter son combat jusqu’à son terme. En effet, il s’agit pour lui de viser « la menace américaine » entendue de manière large, en ciblant ses actions sur des civils occidentaux et toute personne qui collaborerait avec les États-Unis . Ainsi, sont directement concernés les ressortissants américains ainsi que ceux des États membres de la coalition ayant déployé une partie de leurs forces armées pour cette guerre en Irak, qui prend désormais la forme d’une lutte contre le terrorisme international. De même, Al-Zarkaoui ne va pas se cantonner aux otages « occidentaux ». En effet, fidèle à sa ligne traditionnelle de pensée guidée par l’idéologie salafiste, il s’y prendra aussi à des ressortissants arabes tels que des irakiens, les Kurdes de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK), ainsi qu’aux musulmans chiites qui sont tous considérés comme corrompus à la solde des américains. D’une manière générale c’est donc aux « non croyants », aux « kâfîrs » que son organisation terroriste va s’en prendre pour poursuivre ses objectifs de politique du chaos : assassinats et décapitations des collaborateurs, tentatives de renversement du gouvernement intérimaire mis en place à partir du 28 juin 2004, afin d’établir un réel État islamique de confession sunnite. Concernant le dernier point, il convient de préciser que malgré les menaces terroristes de son groupe, les Chiites ainsi que les Kurdes d’Irak se sont rendus aux urnes pour les élections du 30 janvier 2005, gagnées par un kurde, Jalal Talabani, dont le parti, l’UPK, avait été visé, à maintes reprises, au début des années 2000 par Ansar al-Islam. Une telle victoire affichait clairement que la « guérilla » menée par « l’organisation Al-Qaida pour le djihad en Mésopotamie », n’allait pas faiblir.
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Décapitation Nick Berg |
La stratégie qu'Abou Moussab Al-Zarkaoui va choisir, comme précisé plus haut, pour imposer le chaos en Irak, c’est celle principalement des enlèvements et la décapitation des otages. Tout commence, en effet, par le rapt d’un civil américain, Nicholas Berg, le 9 avril 2004. Ce jeune homme, âgé de 26 ans, était pour affaire en Irak. En effet, il y aurait séjourné durant les mois de décembre 2003 et de janvier 2004 où il inspectait les installations de télécommunications. Il y retournera en mars 2004, pour y développer une filiale de tours de radiotélécommunications avec son associé irakien, Aziz Kadoory Aziz. Un mois après cet enlèvement, le 11 mai 2004, il est exécuté par le groupe « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », et plus particulièrement par son chef, Al-Zarkaoui, comme le confirmera la CIA de façon certaine. Par cet acte de barbarie extrême, qu’il est difficile d’imaginer chez un être humain, le leader de la résistance en Irak frappe un grand coup, réussissant à attirer les regards du monde entier, indigné devant la cruauté d’un tel geste. Cette exécution aurait sans aucun doute eu moins d’impact, si Al-Zarkaoui n’avait pas eu recourt à une stratégie particulière qui rend l’acte encore plus inhumain, à savoir, filmer et diffuser via internet la décapitation afin de faire passer son message à l’ennemi et véhiculer la terreur dans son sens le plus abouti, le plus sombre possible. Il s’est très vite rendu compte que les médias pouvaient jouer un rôle important pour véhiculer, à un maximum de gens, son idéologie, ses objectifs et inspirer l’effroi aussi bien de la part des civils et gouvernements occidentaux que des régimes « corrompus ». Il se peut aisément qu’il se soit aperçu de la force que les images pouvaient véhiculer lorsqu’il tenait un commerce de vidéos à son retour d’Afghanistan en 1993. L’objectif ici est vraiment de choquer l’opinion publique par la vision d’images insoutenables, qui insistent par des gros plans sur les moindres détails de ce réel « découpage » de tête pendant de longues minutes interminables. On peut largement réaliser la souffrance que Nicholas Berg, tout comme les futurs victimes de cette « bête humaine », ont pu ressentir, bien que ceci semble irréel. Quel type d’homme peut-il recourir à une telle stratégie de l’horreur dépassant les crimes les plus sadiques qui puissent exister ?
Dans les minutes précédant la mise à mort, de Nick Berg, Al-Zarkaoui, entouré de quatre de ces hommes opérationnels, dressés derrière la victime américaine, mains et pieds liés, et vêtue de l’uniforme orange des prisonniers de Guantanamo, va lire un texte dans lequel il exprime sa haine féroce envers les « américains » et appellera par la même occasion les musulmans à venir combattre à ses côtés : « Il est venu le temps de faire le djihad et de brandir l’épée que nous a envoyée le prophète(…). Vous verrez vos frères combattants suspendre la tête de cet infidèle sous l’un des ponts de Bagdad, afin que nul n’oublie la manière dont nous traitons les infidèles. Qu’il soit les témoins de l’horreur des musulmans ». Néanmoins, devant la très forte probabilité que l’exécution ait été menée par « l’émir suprême » en Irak, puisque la vidéo aurait était diffusée sur le site internet d’Ansar al-Islam sous le titre « Cheik Abou Moussab Zarkaoui abat un fidèle américain », certains individus doutent fortement quant à son implication directe dans l’exécution de ce civil américain. En effet, plusieurs articles publiés sur internet envisagent la possibilité, selon laquelle la décapitation aurait été perpétrée par des américains. Pour appuyer, leur argumentation, ils avancent tout d’abord, que le commando avaient des « poses peu naturelles pour des arabes » mais plutôt des poses pseudo militaires. De même, l’homme qui parle au début de la vidéo et qui accompli la tâche macabre ne pouvait pas être Al-Zarkaoui car d’une part, il n’avait pas d’accent jordanien et surtout n’était pas amputé à l’une de ses jambes. D’autre part, il portait une alliance à sa main gauche, signe qui est prohibé par l’Islam. Néanmoins, il semble qu’il ne faut porter que très peu de crédit à ces thèses invoquant une mise en scène des américains pour légitimer l’intervention militaire en Irak. En effet, il n’a jamais été officiellement confirmé qu’Al-Zarkaoui aurait perdu un membre inférieur, lors de l’offensive américaine en Afghanistan en 2001, puisque les seuls renseignements connus c’est qu’il aurait été touché à une jambe; on ignore le degré des blessures. De même, le fait qu’il portait un anneau lors de l’exécution, ne serait-il pas un message, passé à l’Occident, selon lequel ce serait d’une certaine façon les Américains qui ont tué Nicholas Berg du fait de leurs attaques militaires en sol irakien ? Enfin, si Al-Zarkaoui ou son groupe n’avait pas cruellement exécuté ce civil, ne pouvait-on pas imaginer qu’il aurait démenti son implication ?
En tout état de cause, les mois qui vont suivre après cette première exécution, démontrent incontestablement que le groupe « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », a fait des décapitations d’otages une de ses principales stratégies opératoires de communication. En effet, en l’espace de six mois ce n’est pas moins de dix exécutions qui seront revendiquées par le groupe d'Al-Zarkaoui en Irak. Un mois après l’acte de barbarie sur la personne de Nick Berg, le corps sans tête d’un ressortissant sud-coréen âge de 33 ans, Kim Sun-Il, sera retrouvé entre Bagdad et Falloujah. Il était considéré comme un collaborateur avec l’ennemi américain car il travaillait pour la société sud-coréene, « gana general trading », qui livrait des équipements militaires à l’armée américaine. Après avoir diffusé une vidéo de cet otage en vie sur la chaîne arabe « Al-Jazeera », son exécution fut également filmée.
La menace du groupe dirigé par Al-Zarkaoui est donc très importante, puisqu’il n’hésite pas assez fréquemment à diffuser les atroces vidéos de ses innocentes victimes dont le seul « mal » est d’être Américain, Juif ou travaillant pour des sociétés occidentales en terre arabe. Ainsi, avec une régularité, les exécutions d’otages vont se poursuivre, toujours selon le même modus operandi : il s’agit de civils occidentaux ou qui collaborent avec les États-Unis, qui sont enlevés par un commando alors qu’ils se trouvaient dans le triangle sunnite, puis après quelques jours de détention, selon une même mise en scène, la victime généralement vêtue de la tunique orange des prisonniers de Guantanamo, assise et ligotée devant les terroristes, eux-même debout devant un drapeau de « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », sera décapitée devant une caméra, après que ces derniers ont fait part de leur revendication et aient appelé au djihad. Dans les mois suivant, suivirent les macabres décapitations de deux chauffeurs bulgares, Ivaylo Kapov et Gorgo Lazov, le 8 juillet 2004, dont les corps furent trouvés près du fleuve « le Tigre » ; de deux turcs, Murat Yuce et Durmus Kumderely au mois d’août ; des américains Eugène Armstrong et Jack Hensley, des ingénieurs enlevés au plein cœur de Bagdad en septembre 2004 ; du britannique Kenneth Bigley ; ainsi que le japonais Shoshei Koda, âgé de 24 ans dont la dépouille fut retrouvée près de la ville de Tikrit et dont l’enlèvement avait été revendiqué par la nouvelle « Organisation Al-Qaida pour le djihad en Mésopotamie ». Généralement avant les exécutions, une vidéo des otages en vie était envoyée aux médias, afin de passer leurs revendications, à savoir principalement le départ des forces armées américaines d’Irak ou des pays de la coalition, dont les otages étaient des ressortissants tel était par exemple le cas de Shoshei Koda. Parfois, les réclamations étaient plus précises. En effet, le discours lu avant l’exécution d’Eugène Armstrong, affirme que l’objectif ici est d’obtenir la libération des femmes musulmanes détenues en Irak : « Soeurs, réjouissez-vous. Les soldats de Dieu viennent pour briser vos chaînes et restaurer votre pureté en vous rendant à vos mères et pères ». Le commando menace également dans cette allocution de décapiter dans les prochaines 24 heures, l’autre américain et le britannique également détenus, si la coalition ne s’exécute pas. Mais à aucun moment ces Etats n’ont voulu se laisser intimider par le groupe terroriste, préférant sacrifier leurs ressortissants, réelles victimes de la politique des États-Unis.
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Assassinat d'Izadine Saleem |
Parallèlement, à ces décapitations, et aux quelques enlèvements pour obtenir une rançon dans le but de se financer, le groupe d’Al-Zarkaoui qui s’était entouré de spécialistes en explosifs va commettre de nombreuses attaques-suicides qui viseront d’une part des cibles individuelles, par exemple, « Jama’at al-Tawhid wal Djihad », va revendiqué l’assassinat, à la voiture piégée, d’Izzadine Saleem, le président du conseil du gouvernement intérimaire en Irak, le 18 mai 2004, ou encore la tentative d’assassinat, quatre jours plus tard contre le vice-ministre de l’intérieur en Irak, Jabbar Youssef. D’autre part, des attaques seront dirigées envers les forces de la coalition et des groupes précis de la population dans l’optique de causer le plus de victimes possibles parmi les corrompus à la solde des américains : chiites, kurdes, membres de la police irakienne et de l’armée, ainsi que de la coalition. Les exemples sont innombrables. Parmi, les actes les plus meurtriers durant « l’ère Al-Zarkaoui en Irak », on peut citer, l’attaque du 26 juin 2004 contre la police irakienne et des bâtiments officiels, menée conjointement à Bagdad, Falloujah, Mossoul et Ramadi qui tua une centaine de personnes ; l’assassinat de 49 recrues irakiennes de la garde nationale, le 23 octobre 2004, alors qu’elles quittaient un camp d’entraînement près de Kirkouk ; une attaque à la voiture piégée, le 28 février 2005 devant une clinique à Hillah ; une attaque suicide à Moussayyib, le 16 juillet 2005, tuant 98 personnes ; ou encore le 5 janvier 2006, un kamikaze qui en se faisant « sauter », tue 80 individus.
Ces différentes actions du groupe Al-Zarkaoui, s’inscrivent réellement dans la « doctrine de combat » (Moniquet, 2004) d’Al-Qaida telle qu’elle avait été affirmée par Al-Qurashi, un proche du chef saoudien, au début de l’année 2002. Il défend que nous sommes entrés dans « des guerres de quatrième génération » dont les cibles ne sont plus que militaires mais s’étendent à la société dans son entier : il s’agit désormais de faire le plus de morts possibles parmi les civils davantage que de s’attaquer aux forces armées de la coalition. L’objectif premier d’une telle « guerre » est tout d’abord de briser le moral de la population devant les pertes humaines de victimes innocentes qui se trouvaient au mauvais moment au mauvais endroit ou qui étaient simplement considérées comme des « kâfîrs ». De la sorte, le soutien populaire permettrait d’exercer une pression sur les gouvernements pour qu’ils retirent leurs troupes du territoire envahi. Ensuite, la deuxième conséquence sera de créer une situation financière instable tandis que la troisième sera de « créer un fossé de méfiance entre les populations occidentales et le monde musulman » (Moniquet, 2004), qui sera une source de recrutement pour le mouvement djihad. La politique du pire ou chaos exercée par Al-Zarkaoui correspond exactement à ce type de nouvelle guerre qualifiée « d’asymétrique ».
Ainsi, en l’espace de trois ans, dans sa lutte contre « l’ennemi américain » et porté par l’esprit du djihad, Abou Moussab Al-Zarkaoui, c’est fait un nom de terroriste les plus monstrueux, facilement comparable à une « bête humaine » que rien ne pouvait arrêter dans son combat sinon sa propre mort. Il est donc rapidement devenu l’ennemi numéro un des États-Unis, prêts à tout pour mettre un terme à sa cruelle carrière terroriste. Sa tête fut donc mise à prix pour le stopper le plus rapidement possible. Au fil des mois, « sa valeur marchande » passa de 10 millions à 25 millions de dollars, égalant ainsi, Oussama Ben Laden. Le 7 juin 2006, lors d’un raid aérien américain à Bakouba
en Irak, Al-Zarkaoui
sera tué : c’est une « victoire dans la guerre internationale contre le terrorisme » (G.W Bush). Néanmoins, devant l’annonce de sa mort, il ne faisait aucun doute que les actions de « l’organisation Al-Qaida pour le djihad en Mésopotamie » n’allaient pas cesser. Bien au contraire, dans un communiqué, suivant sa mort, le groupe jure de mener des opérations de « grandes envergures », pour continuer le combat de son « émir suprême ».
En effet, sous la direction de lors nouveau chef, l’irakien Abou Ayyoub Al-Masri, les
attentats-suicides vont se poursuivre ; seules les décapitations,
et bien heureusement, cesseront.
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La poursuite du djihad salafiste en Irak : « passation » de pouvoir entre Al-Zarkaoui et Al-Masri |

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