La carrière terroriste d'Abou Moussab Al-Zarkaoui

 
     
 
Erwan Guillouic
2007
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
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Introduction

Abou Moussab Al-Zarkaoui

Contrairement aux allégations de l’ancien secrétaire d’État américain, Colin Powell, le 5 février 2003, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Abou Moussab Al-Zarkaoui n’est pas issu d’une famille palestinienne de Jordanie, mais appartient en réalité au clan Khalayled de la tribu bédouine des Bani Hassan (une des tribus les plus influentes du royaume jordanien). De son vrai nom, Ahmad Fadil Nazzal Al-Khalayleh, il est né le 20 octobre 1966, dans le quartier de Ma’ssoum,  à Zarka, ville située à la périphérie de la capitale jordanienne. Mais il sera essentiellement connu sous le nom d’Abou Moussab Al-Zarkaoui, signifiant littéralement « père de Moussab de Zarka » par référence à un combattant du prophète Mahommed, Moussab Ben Umayr, qui était « considéré comme le saint patron des kamikazes qui perdit ses deux mains lors de la bataille de Yathrib » (Brisard, 2004).  Il connaîtra à partir du début de l’âge adulte une ascension croissante dans les réseaux terroristes du Proche-Orient, étroitement liée à ces relations avec la nébuleuse Al-Qaida et les idéologues salafistes influents de l’époque contemporaine. Véritable terroriste du djihad salafiste mondial avant d’être tué, en 2006, lors d’un bombardement aérien de l’armée américaine sur la ville de Bakouba en Irak, Al-Zarkaoui s’obstinera à porter le djihad d’abord contre « l’ennemi proche » c’est-à-dire contre les « régimes infidèles » que sont la Jordanie et Israël, puis, suivant les fatwas de la fin des années 1990, contre « l’ennemi lointain », incarné en toute puissance par les États-Unis.
          Se tenant écarté des lieux de culte et préférant se distinguer par des comportements prohibés par le Coran (consommation de drogues et alcool
, tatouages sur le corps d’où son surnom de « l’homme vert »), il connaîtra une volte face à l’âge de 22 ans. C’est par le recours à de nombreuses identités que cet homme aux multiples visages et aux multiples noms d’emprunts tels que Ahmad Fadil Al-Kalailah, Abou Ahmad, Abou Muhannad, Abou Muhammad, Sakr Abou Suwayd,..., arrivera à échapper pendant de longues années aux services de renseignement et aux forces armées jordaniennes puis internationales  et continuera à inspirer la terreur qui prendra tout son sens après l’offensive américaine en Irak. La finalité principale de son combattant est d’imposer les préceptes salafistes auxquels il a lui même adhéré :  codes de conduite stricts (habillement, apparence physique,…), retour aux racines de l’islam, rejet de la modernité, proclamation du califat. Convaincu du bien fondé de la cause, il portera jusqu’auboutisme le djihad salafiste mondial, qui est un « mouvement religieux revivaliste dont l’objectif est de restaurer la gloire musulmane d’autrefois par la création d’un grand État islamiste s’étendant du Maroc aux Philippines, effaçant les frontières nationales actuelles ». Alors qu’il existait dans le passé d’autres stratégies pour imposer les préceptes salafistes de manière pacifiste comme par exemple, le réformisme religieux ou encore la Dawa qui est l’appel à l’islam dans le but de convertir les non musulmans et de ramener les musulmans à l’islam « véritable » (Sageman, 2005), Al-Zarkaoui, intoxiqué par les disciples de Sayyid Qutb, idéologue des « Frères musulmans », préconisa un djihad violent. L’exemple extrême sera la stratégie du chaos en Irak par la décapitation de plusieurs otages occidentaux dans le but de libérer une terre de l’islam de l’envahisseur.
          L’étude du cas d’Abou Moussab Al-Zarkaoui met clairement en lumière son parcours de terroriste régional localisé en Proche-Orient jusqu’à son combat pour porter le djihad salafiste mondial qui prendra sa forme la plus aboutie lorsqu’il s’imposera en véritable chef terroriste en Irak.  Mais qu’est ce qui a amené un homme comme Al-Zarkaoui à mener une « carrière » terroriste si importante et à sombrer dans la barbarie ?

 
     
 

Contenu

A. D'un terrorisme local au djihad salafiste mondial
B. Al-Zarkaoui en Irak ou la stratégie de la barbarie humaine
C. La radicalisation progressive, conséquence d'un apprentissage social

 
     
 

Conclusion

Concernant les djihadistes salafistes, et plus particulièrement Abou Moussab Al-Zarkaoui, la question qui se posait,  était d’une certaine façon de savoir si la religion était la cause de son engagement dans le djihad ou l’effet de son engagement dans le djihad ? La réponse que l’on peut désormais apporter c’est que la religion est davantage la cause de son ralliement car c’est à la suite de ces premiers enseignements religieux dans une mosquée d’idéologie salafiste et suite aux discours des prêcheurs encourageant le djihad, à l’époque en Afghanistan, qu’Al-Zarkaoui va s’engager dans cette voie dont la motivation s’est faite sur la base d’interprétations du Coran. Ensuite, l’acheminement vers une radicalisation des plus extrêmes nécessite une intoxication incontestable à l’idéologie salafiste telle qu’elle est véhiculée par les grands leaders contemporains de cette mouvance, à l’instar du rôle qu’a joué Al-Maqdisi pour Al-Zarkaoui. Il se serait ainsi vu offrir les justifications nécessaires et les attitudes à adopter pour abattre d’abord l’ennemi proche et ensuite l’ennemi lointain par la mise en pratique des apprentissages techniques pour commettre des actes terroristes, reçu dans le cadre de petits réseaux fermés qui ont développé leur propre sous-culture déviante. Ainsi, plus qu’une cause, la religion serait davantage l’assise permettant de justifier ces actes terroristes violant incontestable les lois. D’une certaine manière le terrorisme exploite la religion en tirant des motivations  au djihad directement dans les versets du Coran rendant ainsi les actes terroristes légitimes pour restaurer un grand État islamique. Néanmoins, on ne peut pas parler  de « lavage de cerveau » pour expliquer cet engagement dans le djihad salafiste mondial. En effet, comme le souligne Sageman, toutes les personnes qui expliquent leur adhésion à l’idéologie « ne décrivent aucune technique coercitive les ayant amenés à céder ». C’est ainsi, par un fort charisme, comme on peut le voir dans le documentaire, « The Cult of the suicide bomber » (Robert Baer, 2003), que les imams arrivent à diffuser leur discours haineux envers l’ennemi lointain, prônant ouvertement : « Mort à l'Amérique ».
          De plus, bien que la mort d’Abou Moussab Al-Zarkaoui ait été vue comme un soulagement par la communauté internationale, on peut fortement douter de l’impact positif sur les djihadistes salafistes. Bien au contraire, il est fort probable que cette élimination est venue les renforcer dans le bien fondé de leur cause à savoir la lutte contre l’ennemi lointain et les régimes corrompus, et leur a également donner une nouvelle justification de poursuivre le djihad violent : venger leur « émir suprême » en poursuivant son combat. La suite des événements en Irak viendra amplement le confirmer. En effet, un an après l’attaque aérienne qui frappa Al-Zarkaoui, les attaques-suicides sur le sol irakien n’ont pas démultiplié.
          Enfin, un point important mérite d’être soulevé. En effet, différents auteurs comme Sageman, s’intéressant au phénomène du terrorisme islamique, estime qu’il existe d’importants points communs entre les auteurs du djihad mondial et la violence collective perpétrée par des nazis. Le salafisme serait-il le nouveau fléau contemporain à l’instar du nazisme soixante ans plus tôt ? Un chroniqueur saoudien pour le quotidien « Al-Jazirah », Mohammed Ben Abd El-Latif Aal Sheikh, affirme que l’idéologie de ce mouvement est semblable à l’idéologie nazie, voire plus nocive ». En effet, lorsque l’on regarde les moyens d’actions utilisés par les acteurs du djihad, il y a de fortes analogies avec les stratégies que les nazis utilisaient. Tout comme le nazisme, la mouvance salafiste se base sur la haine et inspire la terreur par « l’élimination physique de l’autre ». Al-Maqdisi, un des leader incontesté de cette mouvance salafisme et maître à penser d'Al-Zarkaoui justifie cette violence extrême contre l’ennemi lointain, tout comme Adolf Hitler trouvait légitime de recourir à l’extermination des juifs. Ainsi, dans son article, le journaliste saoudien émet l’idée de traiter l’idéologie salafiste actuelle comme on l’a fait des decennies plus tôt avec le nazisme.

 

     
 

Références

  • American Psychiatric Association (2004), Mini DSM-IV-TR, Critères diagnostiques, Paris, Masson.
  • Akers Ronald L. (1997), Criminological Theories : introduction and evaluation, Los Angeles : Roxbury Publishing Company.
  • Brisard, Jean-Charles (2004), Zarkaoui, le nouveau visage d'Al-Qaida, Paris : Éditions Fayard.
  • Clark Wesley K. (2004), L'Irak, le terrorisme et l'empire américains, Paris : Éditions Seuil.
  • Moniquet Claude (2004), Le Djihad : Histoire secrète des hommes et des réseaux en Europe, Paris : Éditions Ramsay.
  • Gaylord Mark S. et John F. Galliher (1988), The Criminology of Edwin Sutherland, New Brunswick, Transaction.
  • Schmid Alex et Albert Jongman (1988), Political Terrorism : A New Guide to Actors, Authors, Concepts, Data Bases, Theories and Literature, New York, Transaction, « Theories », p.61-135.
  • Marret Jean-Luc (2002), Techniques du terrorisme : méthodes et pratiques du « métier terroriste », Paris : Presse Universitaire de France.
  • Moniquet Claude (2004), Le Djihad : Histoire secrète des hommes et des réseaux en Europe, Paris : Éditions Ramsay.
  • Sageman Marc (2005), Le vrai visage des terroristes : Psychologie et sociologie des acteurs du djihad, Paris : Éditions Denoël.
  • Thomas Dominique (2005), Les hommes d'Al-Qaida : Discours et stratégies, Paris, Éditions Michalon.
 
   
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