RFID & "War on Terror"
 
 

I. RADIO FREQUENCY IDENTIFICATION (RFID)

A. Définition et concepts généraux

Technologie à l’origine de possibilités d’identification et de traçabilité jamais égalées auparavant, la RFID repose sur le principe du stockage et de l’émission à distance de données par le biais des ondes radio. S’effectuant par la greffe ou l’ajout d’une puce électronique porteuse d’information sur tout objet, animal ou individu, elle offre alors l’opportunité de suivre, d’identifier, et de localiser l’élément préalablement marqué (DHS 2005a; De Kaenel 2006 ; EPIC 2007a ; Benin 2004 : 6).

L’architecture de cette méthode d’identification automatique se compose de trois éléments essentiels: une puce en silicium constituée d’une mémoire et d’une antenne – on parle habituellement de transpondeur ou plus communément de tag; un scanner ou lecteur capable de lire à distance les informations contenues dans la puce ; et enfin une base de données à laquelle l’information obtenue sera référée pour stockage, analyse et/ou interprétation. Ces trois composants d’un système RFID permettront ainsi à tout objet « taggé » d’être identifié et lu par un lecteur mobile ou stationnaire (ID), en utilisant les ondes radio (RF).


Du fait de ses capacités particulièrement avantageuses en termes de coûts, de facilité d’implantation et d’imperceptibilité, la RFID se positionne aujourd’hui comme le leader des différentes AIT – « Automatic Identification Technologies » –, précédant les codes barres, reconnaissance optique de caractère, bandes magnétiques, et autres technologies de reconnaissance de la voix (DHS 2006d : 2).
On distingue communément trois types de puces ou tag différents. Définis par la manière dont ceux-ci communiquent ainsi que la façon dont la communication est initiée, on discernera :

1.Les tags passives

Dépourvues de toute source d’énergie (batterie), elles ne peuvent émettre de signaux par elles-mêmes et sont appelées à être strictement « interrogées » par le scanner approprié. De petite taille et opérant à basse fréquence, ce type de puces est typiquement utilisé dans les cartes d’accès à certaines zones ou à certains services, et dans les opérations de gestion (identification et suivi) des produits manufacturés. Certaines applications la verront également greffée sous la peau animale ou humaine.

2.Les tags semi-passives

Egalement dépourvues de la capacité à émettre sans être préalablement interrogées, ces tags disposent en revanche d’une batterie interne qui leur permet d’effectuer l’enregistrement de certaines données pour lesquelles elles sont programmées (par exemple certains paramètres environnementaux tels que la température la lumière, les vibrations, etc.).

3.Les tags actives

À la différence des deux précédentes catégories, ces puces sont pourvues de batteries leur permettant d’initier une communication de façon autonome. Elles sont les plus puissantes, pouvant parfois émettre jusqu’à une distance d’approximativement 750 pieds – soit environ 230 mètres (Gao 2005a : 11). Une application familière de cette troisième classe de tags réside dans leur utilisation aux péages automatiques des autoroutes. Intégrées aux voitures, elles permettent alors à celles-ci d’utiliser les voies rapides sans s’arrêter, signalant aux bornes concernées leur passage.

tag

Variable, le type de fréquences utilisées par les dispositifs RFID se voit déterminé par la finalité voulue, la longueur de la transmission ainsi que la rapidité étant fonction de la fréquence et de la taille de l’antenne utilisées. On distingue quatre grandes catégories de fréquences :

  1. Les basses fréquences (LF ou Low Frequency) de moins de 125 à 134 kilohertz (KHz), trouvant leur application dans les systèmes antivols, l’identification d’animaux, ou encore les clefs de voiture.

  2. Les hautes fréquences de 13,56 mégahertz (MHZ), typiquement utilisées dans l’identification et le suivi d’éléments spécifiques, tels que les bagages ou encore les badges ou cartes d’accès.

  3. Les ultra hautes fréquences (UHF) comprises entre 860 mégahertz et 2,5 gigahertz, utilisées dans le cas de la production ou des envois de masse (palettes, production d’objets en série), ou des péages automatiques existant aux Etats-unis.

  4. Les fréquences micro-ondes (Microwave Frequencies) s’étageant entre 2,45 et 5,8 gigahertz (GHz), appliquées aux tags destinées à la gestion des objets produits en série, ou à certains péages automatiques européens dont elle constitue le standard.Un autre critère distinctif des différents rôles et possibilités attribués aux puces RFID consiste en leurs capacités de lecture et d’écriture versus une capacité de lecture seule. Là où une puce « Read-only » conservera l’information initialement gravée jusqu’à sa destruction, les puces « Read/Write » ont la capacité de recevoir et d’ajouter ou de modifier leurs informations jusqu’à 10'000 fois consécutives (Benin 2004 : 5).

S’inscrivant dans le continuum de la technologie « code barre », les puces RFID ont notamment pour avantage de disposer d’un numéro d’identification unique 2 – l’Electronic Product Code ou EPC – qui succède au Universal Product Code (UPC) des codes barre en offrant à chaque objet d’être identifié de façon individuelle 3. Outre cette capacité à l’identification individuelle, la RFID est aujourd’hui préférée à son prédécesseur pour différentes raisons : 1. Elle autorise le stockage d’une plus grande quantité d’informations ; 2. Elle permet la lecture à distance sans nécessité de contact direct ou physique entre le lecteur et le tag ; 3. La lecture peut être simultanée, soit de plusieurs tags à la fois, accroissant de fait la puissance de traitement ; 4. Les capacités « Read/Write » des puces RFID en font un dispositif interactif capable d’enregistrer les données d’un processus en cours ; 5. Les tags RFID peuvent être « actif » et de ce fait réaliser ce pour quoi ils auront été programmé sans nécessité d’activation préalable ; 6. La communication entre une puce RFID et un lecteur peut être réalisée à travers différentes matières (neige, brouillard, glace, peinture, eau, métaux, plastique, etc.), sans brouillage ou perte de fréquence ; 7. Enfin, la flexibilité offerte par la conception des puces RFID leur permet d’être fabriquées dans un certain nombre de formes, tailles et matériaux, allant jusqu’à pouvoir les intégrer au cœur du produit lui–même, tel que le tissu d’une chemise ou encore une feuille de papier (Benin 2004 : 11).

Les fréquences opératoires des puces RFID (GAO 2005a: 11)

Technologie dite « Track and Trace », la RFID place toute son attractivité dans la capacité d’assurer une traçabilité remarquable des objets préalablement « taggés », à l’instar des produits manufacturé qui, de leur fabrication à leur mise sur le marché, seront suivis dans tous leurs déplacements à travers la chaîne de production. On notera en revanche que si la RFID permet l’identification des produits taggés, elle n’offre pas de capacité de localisation de ceux-ci per se, différant en cela des systèmes GPS. Si les avancées technologiques de l’heure n’autorisent pas la communication directe entre une puce et un satellite, un relais tel que le scanner chargé de la lecture des informations ou encore une borne relais pourront en revanche parfaitement pallier à cette limite momentanée.

Les grandes étapes de l’histoire de la RFID (AIM 2001 : 7)

Historiquement, les principes sous-tendant la technologie RFID ne sont pas nouveaux, leur origine et premières applications datant des années 40 4. Le développement du commerce joint aux progrès de la micro-informatique lui auront toutefois permis un développement considérable au cours de ces dernières années, offrant des perspectives d’application jusqu’alors inenvisageables, entraînant son très large déploiement et sa progressive standardisation5.

 
     
 

B. Applications générales

Les tenants de la RFID sont attirés par les capacités de précision et de facilité d’identification offertes par cette technologie, y voyant non moins qu’une possibilité de rationalisation accrue de leurs activités et des opportunités de sécurité, d’efficacité et de réduction des coûts accrûs d’autant.

Pour le secteur industriel, ses avantages sont privilégiés de diverses manières. Les domaines manufacturiers et du commerce de détail 6 y verront par exemple la possibilité d’une identification immédiate et détaillée de toute marchandise, les puces se voyant codées avec les informations relatives à la couleur, la taille, le style, le prix date d’achat, etc., des produits 7. Ce mode d’identification permettra notamment à une pharmacie de déterminer l’authenticité et les caractéristiques de certains de ses articles (provenance, contenu de la boîte ou du flacon, etc.), luttant ainsi contre la fraude et offrant de surcroît une capacité à la gestion des stocks aussi précise que rapide. Sur les autoroutes, les voitures dotées d’un tag RFID dans leur pare-brise auront le loisir de traverser les péages sans s’arrêter, gagnant ainsi du temps et limitant les risques de congestion du trafic. L’utilisation des puces RFID dans le cadre privé verra par exemple l’identification des animaux domestiques facilitée grâce à l’implantation d’un tag sous la peau de ceux–ci, permettant de les retrouver plus aisément en cas de vol ou de perte 8. Embarquées sur les clefs ou des cartes, les puces RFID permettent également l’ouverture automatique d’un véhicule ou l’accès à une zone sécurisée.

Outre ces différentes applications, la technologie RFID est vue comme prometteuse pour de nombreux autres secteurs ou applications, tel que le domaine de la santé. Des projets concernant la création de dispositifs RFID à l’attention des personnes âgées, des individus atteints de la maladie d’Alzheimer, ou encore des sportifs d’élite sont aujourd’hui à l’étude 9. Des applications de la RFID incluent aussi la mise en place de puces RFID dans certains lieux difficiles d’accès tels que les zones sismiques, facilitant par ce biais la collecte des données 10.

Illustration du grand engouement de l’ère « post 9/11 » pour la RFID, le cabinet de recherche et conseil en technologies Meta Group 11 estimait en 2004 que quelques 30% des biens manufacturés seraient dotés de puces RFID d’ici à 2008, pour atteindre 80% en 2013 (DoD 2005 : 40). Pour sa part, l’International Data Group (IDC) estimait les dépenses de l’industrie retail dans la RFID à la suite de la brèche ouverte par l’enterprise Wal Mart à un taux de croissance annuel de quelques 70%, passant de 91,5 millions de dollars en 2003 à 9,4 milliards pour l’exercice fiscal 2007 (DoD ibid.).

Malgré cet engouement pour les promesses de la RFID, son application à très large échelle sur les produits de grande consommation reste à ce jour encore limitée, car tributaire de différents facteurs tels qu’un coût encore relativement élevé pour certaines applications de masse, diverses limites techniques 12, sans mentionner la résistance du grand public face aux risques d’atteintes à la vie privée que l’évocation de la RFID ne manque pas de susciter 13. Enfin, notons que diverses standardisations (concernant par exemple l’utilisation des fréquences radio) sont encore attendues.

 
 

 

 
 

C. Applications gouvernementales

Loin de se cantonner à une utilisation purement industrielle, le recours à la RFID trouve également de nombreuses applications gouvernementales. Pour le cas des Etats-Unis, le Department of Defense (DoD), engagé dans une politique de rationalisation de ses processus de gestion et de réduction des coûts, aura par exemple demandé à ses fournisseurs - soit quelques 43'000 entreprises 14 (FTC 2005A : 10 ; Gilbert 2003, 2004) - de pourvoir leurs livraisons à partir d’octobre 2003 de tags RFID actives. La U.S. Food and Drug Administration (FDA) encourage pour sa part depuis 2004 l’industrie pharmaceutique à utiliser la RFID afin de protéger ses produits de la contrefaçon, la considérant comme la meilleure technologie de « mass serialization » (FDA 2004a).

Réagissant à cette frénésie collective pour les vertus de cette technologie, le Congrès mandata le Government Accounting Office (GAO) courant 2005 afin de réaliser un état de lieux de l’utilisation de la RFID par les différentes instances de l’administration fédérale – effort duquel résulteront deux rapports d’enquête 15. Le mandat qui fut alors confié au « bras d’enquête du Congrès » 16 consistait en quatre points :  1. Dresser un portrait de la technologie RFID : 2. Evaluer son utilisation au sein des différentes agences fédérales ; 3. Présenter les différents standards existant en matière de RFID ; 4. Relever les questions légales (cadres législatifs existant, implications légales des projets en cours, protection de la vie privée, etc.) que l’emploi de la RFID à un niveau gouvernemental soulève.

Le GAO mena son étude auprès des vingt-quatre agences relevant du Chief Financial Officers Council 17, les interrogeant au sujet de leurs projets impliquant la RFID. Treize d’entre elles déclarèrent avoir implanté ou projeter d’implanter cette technologie dans une ou plusieurs applications, les onze agences restantes ayant décliné pour l’heure tout intérêt en la matière (GAO 2005a : 12-13).

Certaines applications très spécifiques relevant des activités propres à chaque agence exceptées, les principales initiatives déclarées relevaient : 1 Du contrôle des accès physiques et logiques (cartes et badges d’accès, autorisation à des ressources informatiques, sécurisation des frontières du pays); 2. De la surveillance de matériel (envois, bagages dans le cadre du transport aérien civil, protection de documents, matériel radioactif, pièces à convictions, armes, et biens de valeur) (GAO 2005a: 12-13).

 
 

Notes:
1 On trouvera aussi l’appelation “Smart Tags”. Les termes communs de “puce” et de“tag” seront utilisés pour l’ensemble de ce travail.
2 Certaines puces ne sont toutefois pas codées avec un EPC. Dénommées Electronic Article Surveillance Systems ou EAS, elles sont habituellement utilisées pour lutter contre le vol à l’étalage grâce à leur capacité à communiquer par ondes radio.
3 Ces puces envoient un identifiant de 64 bits produisant 18 millions de milliards de valeurs différentes possibles (Werner, de Benoist, Lhomme 2005 : 42).
4 Les ancêtres de la technologie RFID actuelle sont attribués au savant russe Léon Theremin (né Lev Sergeyevich Termen) qui inventa en 1946 un système utilisant l’induction électromagnétique pour transmettre un signal audio, alors que les alliés utilisèrent pendant la seconde Guerre Mondiale un système britannique – le «transpondeur IFF» (pour Identification Friend or Foe) – leur permettant de reconnaître les avions alliés. Un autre précurseur de la RFID peut également être trouvé dans les travaux de Harry Stockman, publiés en 1948 sous le titre de "Communication by Means of Reflected Power". La première puce passive dotée d’une mémoire fut toutefois inventée en 1973 par Mario Cardullo (U.S. Patent 3,713,148), alors que les laboratoires du Los Alamos Scientific Laboratory testaient la même année les premiers tags passifs et actifs afin de répondre à une requête du Department of Energy, soucieux de pouvoir suivre et identifier le matériel nucléaire (GAO 2005a : 4). La première patente à avoir été déposée sous l’acronyme RFID date quant à elle de 1983, et est attribuée à Charles Walton (U.S. Patent 4,384,288).
5 Pour un détail des normes internationales de la RFID, on se reportera au schéma de GAO 2005a: 35.
6
A titre indicatif, le budget dédié à la RFID par l’activité de la vente retail en 2004 a été estimé à 19,5 millions de dollars, un montant censé selon les estimations dépasser le milliard de dollars à partir de l’exercice 2007 (Boone 2004).
7 L’entreprise Wal Mart annonçait par exemple dans un communiqué de presse du 30 avril 2004 qui fit date que les marchandises de ses 100 plus grands fournisseurs seraient désormais pourvues de cette technologie à partir de janvier 2005 (Wal Mart 2004). Dans le sillage de la décision de Wal Mart, de très nombreuses entreprises aux Etats-Unis et à travers le monde sont actuellement en voie d’implanter cette technologie ou d’étudier son projet d’implantation au sein de leur activité. Alors que le groupe britannique Mark & Spencer a annoncé qu’il commencerait le taggage de ses produits à l’automne 2003, des marques telles que Gillette, Procter & Gamble, Benetton, Michelin ou encore ExxonMobil sont parmi les entreprises ayant également annoncé ou implanté des projets similaires. Dans un autre registe, la Banque Centrale Européenne a également fait part d’un projet visant à doter tous les billets Euro d’un tag RFID, permettant ainsi de suivre la totalité des transactions effectuées par chaque billet (EPIC 2007a).
8 A titre d’illustration, une ordonnance fédérale de la Confédération Helvétique exige depuis fin 2006 que les propriétaires de chiens fassent tagger leur animal de compagnie de façon intra–cutanée, lesquels seront référencés dans la base de données ANIS (Office Vétérinaire de Suisse, Ordonnance sur la Protection des animaux  – OPAn – Modification du 12 avril 2006).
9 Pour le cas des Etats-Unis, l’implantation des premières puces RFID au sein du corps humain fut approuvée par une ordonnance de la FDA en octobre 2004.

10 Pour les différents usages offerts par la RFID, on consultera www.rfident.org/ou encore http://en.wikipedia.org/wiki/RFID.
11 Racheté depuis par le Gartner Group.
12 La perte de précision de lecture causée par les interférences que provoquent des matériaux tels que l’eau et le métal par exemple.
13 Pour un détail des réactions du grand public face à la RFID, voir (FTC 2005a: 12–13) ainsi que les résumés des diverses études conduites par le cabinet d’Audit BIGresearch LLC.
14 Sur un total de 60’000 fournisseurs (DoD 2005: 64; 66). On notera toutefois qu’à la difference des autres sources consultées, le rapport du DoD indique le chiffre de 35’000 de ses fournisseurs dans son plan d’implantation de la RFID (DoD 2005: 64).
15 Soit les rapports GAO-05-551 du 27 mai 2005 et GAO-05-849T du 22 juin 2005. Voir bibliographie.
16 Communément appelé « bras d’enquête du Congrès » – voire « chien de garde du Congrès » (the congressionnal watchdog) –, le GAO est chargé d’enquêter sur demande de celui-ci sur la façon dont sont dépensés les deniers de l’Etat dans les différents programmes, agences et dépenses du gouvernement. Une fois ses enquêtes réalisées, les rapports sont remis au Congrès ainsi qu’à la direction générale des départements ou agences gouvernementales sur lesquels l’enquête a porté (State Department, Department of Defense, DHS, etc.). Un plan d’action accompagne le rapport des observations effectuées afin de permettre d’accroître l’efficacité du gouvernement.
17 Instauré par le Chief Financial Officer (CFO) Act of 1990 (131 U.S.C. § 901; Public Law 101-576), le Chief Financial Officer Council regroupe les 24 agences gouvernementales les plus importantes dans un objectif de collaboration et de rationalisation des dépenses des différents services du gouvernement fédéral américain : « the Council was established under the provisions of the CFO Act of 1990 to "advise and coordinate the activities of the agencies of its members on such matters as consolidation and modernization of financial systems, improved quality of financial information, financial data and information standards, internal controls, legislation affecting financial operations and organizations, and any other financial management matter."» (CFOC).


 
     
     
   
 
2002-2011, ERTA