Ted Kaczynski, l'Unabomber |
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Le Manifeste |
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Intitulé « Industrial Society and its Future », le manifeste écrit par Kaczynski a été publié en 1995 par quelques journaux, à la demande des agents du FBI. En effet, Kaczynski l’avait envoyé en précisant dans une lettre l’accompagnant que si son texte était publié, il arrêterait ses actes terroristes mais que s’il ne l’était pas, il était prêt à envoyer une bombe plus puissante que toutes les autres. Le Times a publié le Manifeste (sentencing memorendum). Dans celui-ci Kaczynski expose ses idées concernant la technologie et les autres avancées de l’homme au cours des derniers siècles. Le texte se retrouve sur plusieurs sites Internet, notamment sur Wikipedia. Il a également été traduit en français par Jean-Marie Apostolidès aux Éditions du Rocher en 1996 (Apostolidès, 1996). Ted Kaczynski y écrit que la révolution industrielle a été un désastre, qu’elle a déstabilisé la société, a rendu la vie peu satisfaisante. Il mentionne également que tous ces développements ont amené des souffrances psychologiques et physiques, dont la dépression, qui selon lui était beaucoup moins fréquente avant tous ces changements. Le système actuel ne vaut rien et c’est pourquoi Kaczynski affirme qu’il faut une révolution contre le système industriel, en renversant les bases économiques et technologiques de la société. Il est à noter que ce manifeste a été écrit sous le pseudonyme « FC », signifierait Freedom Club (ou Fuck Computers selon les interprétations (Apostolidès, 1996)) et représentait le pseudo-groupe auquel Kaczynski s’apparentait. L’utilisation du « nous » est présente tout au long du manifeste. Il commence son argumentation en parlant du « gauchisme ». Il dit que les gens « de gauche » sont aux prises avec un grave sentiment d’infériorité et qu’ils ont un manque d’amour propre, un sentiment d’impuissance, des tendances dépressives, sont défaitistes, se sentent coupables et ont une haine envers eux-mêmes. Ils interprèteraient comme étant mal tout ce qu’on leur dit. Aussi, il prétend qu’ils ne servent pas vraiment une cause : « race problems serve as an excuse for them to express their own hostility and frustrated need for power. » (paragraphe 21). Cette frustration viendrait de la société dans laquelle nous vivons. Il s’attarde ensuite à décrire divers phénomènes qu’il croit des conséquences de l’industrialisation. Le premier est la « sursocialisation ». L’être humain serait trop conditionné à agir comme la société le veut. Il dit que c’est cruel, car empêche les gens de penser par eux-mêmes et qu’ils sont trop conditionnés à faire le « bien » et qu’il est difficile de « mal » agir pour l’être humain. C’est pourquoi personne ne s’est réellement rebellé contre le système. Il est trop difficile d’agir contre les normes. La société industrielle a ensuite crée, toujours selon Ted Kaczynski, une perte de pouvoir et d’autonomie. L’être humain aurait naturellement besoin de ces deux choses et le fait d’en être privé amènerait des malaises, comme la dépression. Les humains doivent alors se créer des buts artificiels, car les vrais buts, « primaires » (un toit, se nourrir, boire…) n’ont plus besoin d’être satisfaits, ils le sont (trop) facilement, notamment par l’État. L’individu doit donc se trouver des activités de substitution telles la science, le sport, l’art, etc. Mais les buts de ces activités ne sont jamais totalement satisfaits, ce qui amène de la frustration ou d’autres sentiments négatifs. Il y a perte d’autonomie et de pouvoir et il donne l’exemple de la sécurité, qui fait partie des buts primaires : autrefois, les hommes devaient assurer eux-mêmes leur sécurité, maintenant c’est hors du contrôle de l’individu, l’État s’en occupe. De plus, la télévision et les autres médias sont selon lui des outils puissants de propagande, utiles pour manipuler les esprits des gens pour qu’ils fassent et pensent comme tout le monde. Cela contribue d’autant plus au processus de perte de pouvoir et d’autonomie. Il admet cependant que certaines personnes s’adaptent et se disent satisfaites de leur condition et que ce n’est pas tout le monde qui recherche le pouvoir. Mais il reste que d’après lui, la majorité des gens sont insatisfaits de leur sort. Kazcynski semble avoir réponse à tout et tente de couvrir toutes les exceptions possibles à ce qu’il soutient. Il identifie plusieurs sources des problèmes sociaux, notamment la densité excessive de population ainsi que tous les bruits émanant des machines. Ceci créerait de la tension et encore une fois, la société industrielle est responsable selon lui de bien des maux. Le manque de pouvoir a encore sa place ici car apparemment, nous manquons de pouvoir sur ce que nous subissons. Kaczynski parle ensuite des scientifiques. Ils seraient gouvernés par une curiosité qu’il qualifie d’absurde car ce qu’ils cherchent n’est que curiosité pour eux et pour personne d’autre. Il s’agit d’activités de substitution, avec lesquelles les scientifiques croient pouvoir atteindre des buts, en faisant des efforts pour les atteindre. Selon Kaczynski, ils ne veulent pas le bien de l’humanité. Ils représenteraient plutôt des dangers pour celle-ci et il donne l’exemple d’un scientifique qui « voulait le bien de l’humanité » mais qui a en fait inventé la bombe nucléaire. Un passage du manifeste est particulièrement intéressant par rapport aux crimes commis par Kaczynski. En effet, il discute de la liberté de presse qui ne serait pas aussi grande qu’on le laisse croire. N’importe qui ne peut publier dans la presse. Il prend son « groupe », FC, en exemple. Il écrit : « If we had never done anything violent and had submitted the present writings to a publisher, they probably would not have been accepted. » (par. 96) Plus loin, il va jusqu’à justifier le fait qu’il ait tué des gens : « In order to get our message before the public with some chance of making a lasting impression, we've had to kill people » (par. 96). La suite du manifeste consiste en des énoncés pour démontrer qu’une révolution est nécessaire. Il commence par dire qu’une simple réforme est insuffisante, que la société industrielle-technologique ne peut pas être réformée, qu’il faut absolument supprimer toute la technologie sans exception. Il dit aussi qu’on ne peut garder seulement les bons aspects de la technologie, car même ceux-ci sont selon lui nuisibles. Il dit, en exemple, que si on découvrait un remède au diabète, la sélection naturelle qui « éliminait naturellement » les diabétiques cesserait d’exister et on se retrouverait avec davantage de diabétiques. Il prône donc l’éradication de la technologie, car même ses bons côtés sont nuisibles. La révolution est donc préférable à une simple réforme. Il énonce ensuite les raisons pour lesquelles on devrait éliminer cette société. Premièrement il trouve qu’elle est restrictive à la liberté. Il donne pour exemple les adolescents qui restent enfermés dans leur chambre pour étudier alors qu’ils devraient s’amuser (un parallèle pourrait ici être fait avec sa propre adolescence, nous y reviendrons lors de l’analyse). Il dit aussi que de la propagande est effectuée par les médias pour amener les gens à penser ce qu’on veut qu’ils pensent, à vouloir ce qu’on veut qu’ils veulent. Il se lance ensuite dans une explication de la maladie mentale, qui va comme suit : « The concept of "mental health" in our society is defined largely by the extent to which an individual behaves in accord with the needs of the system and does so without showing signs of stress » (par. 119). Encore une fois, nous reviendrons sur ce point lors de l’analyse de l’état mental de Ted Kaczynski. Il affirme que nous sommes devenus dépendants de la technologie et que nous ne pourrions nous en passer s’il en subsistait des parcelles. Il faut donc lutter contre le système au complet. Il parle également des contrôles que la technologie peut exercer sur l’être humain, notamment ce qui modifie les composantes neurologiques, comme les drogues ou les « manipulations » du cerveau. La seule issue possible selon Kaczynski est de se débarrasser du système dans lequel on vit. Il lance quelques pistes pour montrer comment cela peut se faire. Il affirme d’emblée que la révolution est plus facile que la réforme, car il s’agit « simplement » de tout faire disparaître tandis que la réforme est impossible, car les technologies restantes amèneront toujours des problèmes. Il parle de révolution, armée ou non, avec usage de violence ou non. La révolution doit également se faire graduellement, dans le but d’éviter les protestations. Il faut d’après lui augmenter le plus possible les tensions sociales pour amener le système actuel à s’effondrer de lui-même. Lorsqu’il se sera effondré, il sera plus facile d’entamer une révolution. Il faudra alors développer une idéologie qui s’oppose à la technologie et la répandre. Il mentionne qu’il faudra détruire les usines et brûler les livres techniques. Il admet que ce ne sera pas une étape facile à traverser et que l’effondrement du système créera de la souffrance, mais pour nous « rassurer », nous assure que la survie du système actuel créerait beaucoup plus de souffrance humaine. Il extrapole par la suite sur le fait que les machines finiraient par prendre le contrôle sur l’homme et que l’homme s’y adapterait par un « long and painful process of natural selection » (par. 178). Il conclut cette section en disant : « It would be better to dump the whole stinking system and take the consequences » (par. 179). Ces conséquences seraient selon lui moins néfastes que ce qui arriverait si on gardait le système actuel. La partie suivante résume dans un premier temps ce qu’il faut faire : créer des instabilités sociales, développer et propager une idéologie et faire la révolution. S’ensuit une série de règles que les révolutionnaires devront suivre pour la réussite de cette mission. Il faut premièrement être contre quelque chose (la technologie) mais aussi pour quelque chose (par exemple la nature sauvage, qui n’aime pas la nature ?). La révolution peut être armée ou non, utiliser la violence ou non. Ensuite, il ne faut pas que ce soit une révolution politique. La révolution doit être internationale et mondiale. Il faudra mentionner que tout ce processus de révolution amènera une hausse considérable du pouvoir et des libertés individuelles et des petits groupes. Kaczynski précise que les révolutionnaires devront se consacrer entièrement et exclusivement à cette cause anti-technologie. L’élimination de la technologie devra être leur seul et unique but. Il est intéressant de noter qu’il recommande l’utilisation des technologies de communication pour propager les idées et les messages des révolutionnaires. Il précise toutefois qu’elles devront être utilisées dans la seule optique de s’attaquer au système technologique. Une dernière recommandation consiste à dire aux révolutionnaires d’avoir des enfants. En effet, ceci favoriserait la transmission des attitudes sociales révolutionnaires, que ce soit par les gènes ou par apprentissage. Les enfants des révolutionnaires seront donc révolutionnaires à leur tour, d’après lui. Il termine sont manifeste sur quelques notes. La première est qu’il existe deux sortes de technologies : celle à petite échelle et une autre qui est dépendante des grandes organisations. Si le système s’effondrait, ce serait la technologie dépendante des organisations qui disparaîtrait, pas celle à petite échelle car elle ne dépend pas du système. La deuxième note est qu’il serait dangereux de placer cette révolution entre les mains des gauchistes, car d’une part il dit qu’ils ont besoin de la technologie et d’autre part, ils ne sont jamais satisfaits et veulent le contrôle sur tout. Ce ne serait pas bénéfique à la révolution, à moins qu’ils se concentrent sur une seule chose : l’élimination de la technologie. Il prend soin à la fin de mentionner que dans un désir de rester bref, il a pu omettre de vérifier certaines choses. Certaines affirmations peuvent donc ne pas être exactes, il peut s’être trompé sur certains aspects. Pour conclure cette section, résumons brièvement les idées de Ted Kaczynski. Il veut une révolution contre le système industriel-technologique car celui-ci nuit au bien-être de l’être humain. Il désire se débarrasser de toute technologie. Il en veut aux scientifiques, aux médias, aux psychologues et autres qui peuvent manipuler l’esprit humain. Ce manifeste a été publié dans quelques journaux importants, sous les ordres du FBI. Il s’avère être un outil important dans l’analyse des actes de Ted Kaczynski sur lequel nous reviendrons pour répondre aux questions sur la nature terroriste de ses actes. |
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2002-2008, ERTA
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