Montée de l'islamisme et
irruption d'un terrorisme djihadiste en Europe

 
     
 
Timothée Castel
2007
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
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Introduction

L’actualité internationale des deux dernières décennies a provoqué, par à-coups, par chocs, une mise en lumière d’influences et de tendances, au sein de la société européenne occidentale auparavant négligées. Les relations entre communautés musulmanes - récemment implantées - et communautés nationales n’ont jamais été faciles. Elles ont souvent obligé à la recherche d’un compromis de part et d’autre. Seulement, deux nouveaux faits majeurs viennent bouleverser aujourd’hui ces relations.

D’abord, l’émergence progressive d’un revivalisme religieux en Europe au sein de la population musulmane interroge, au fil de son développement, la nature laïque des sociétés du Vieux Continent. Un paradoxe s’y exprime en effet. Si d’un côté, la laïcité connaît de plus en plus de partisans aux dépens en général du christianisme. De l’autre côté, un groupe social connaît une croissance de sa ferveur religieuse et de son désir de vivre en accord avec sa religion. Une évolution suffisamment contradictoire pour créer des frictions.
Seulement, un second phénomène récent dramatise au plus haut point cette transition. Il s’agit de l’apparition d’un nouveau type de terrorisme en Europe. Un terrorisme perpétrée par une minorité au nom de la défense de l’islam (sic), et s’inscrivant dans un contexte mondial complexe.

Par terrorisme, on entendra « une séquence d’actes de violence, dûment planifiée et fortement médiatisée, prenant délibérément pour cible des objectifs non-militaires afin de créer un climat de peur et d’insécurité, d’impressioner une population et d’influencer des décideurs, dans le but de modifier des processus décisionnels et satisfaire des objectifs (politiques, etc.) préalablement établis » (Jean-Marc Balencie, Les milles et un visages du terrorisme contemporain, in Questions Internationales, Documentation française, Num.8, 2004, p.6).

Ce travail se penche dès lors sur le climat européen actuel en la matière. Il essaie d’en dénouer les origines, tout comme d’en dévoiler les défis à venir.

Ce travail se compose ainsi en cinq parties. Nous avons choisi, pour les trois premières sections de ce dossier, d’évoluer décennie par décennie à partir des années 1980. L’évolution de cette problématique nous ayant persuadé qu’un tel traitement était envisageable et même souhaitable pour mieux comprendre de quoi il en retourne. La première revient ainsi sur le contexte général des années 80. Où des événements vont accélérer l’émergence de ce courant revivaliste religieux au sein de l’ensemble de la communauté musulmane mondiale. Ensuite, avec la décennie 90, on étudiera l’implantation de ce courant auprès des communautés musulmanes immigrées d’Europe. Puis, il sera question des années 2000. Une période cruciale puisqu’elle verra l’irruption d’un terrorisme djihadiste sur le territoire même de l’Europe.

Nous aborderons alors enfin deux problématiques adjacentes. D’une part, l’évolution récente du recrutement auprès de cette minorité musulmane qui choisit la voie terroriste pour exprimer ses divers griefs. D’autre part, et comme dernière partie, nous revenons sur les risques que le climat actuel fait peser sur la cohésion de l’ensemble des sociétés européennes occidentales.
 
     
 

Contenu

1. Les années 80 : L’Europe, la guerre d’Afghanistan, la révolution iranienne et la montée d’un courant revivaliste religieux dans les pays arabo-musulmans

2. Les années 90 : L’islamisme s’implante en Europe
2.1. France : La guerre d’Algérie, le gang de Roubaix et la polémique autour du voile islamique : Premières tensions communautaires
2.2. Angleterre : apparition d’un Londonistan
2.3. L’Europe devient une terre d’accueil

3. Les années 2000 : La pression monte soudainement en Europe à la suite du 11/09
3.1. L’Europe impliquée
3.2. L’Europe touchée
3.2.1. L’Espagne - Mars 2004
3.2.2. Les Pays-Bas - Novembre 2004
3.2.3. Le Royaume-Uni - Juillet 2005
3.2.3.A. 7 juillet 2005
3.2.3.B. 21 juillet 2005

4. Le recrutement : un phénomène en pleine évolution

5. La menace pour la cohésion sociale européenne

 
     
 

Conclusion

Ce n’est pas la première fois que l’Europe subit sur son territoire un terrorisme en provenance du monde arabo-musulman. Il suffit de se tourner vers l’histoire des dernières décennies pour s’en apercevoir. Cependant les caractéristiques de ce phénomène ont changé. Le terrorisme palestinien des années 70-80 fut une sorte de terrorisme-information laïc. Le terrorisme iranien (80) était étatique. Alors que le terrorisme d’aujourd’hui est religieux, non-étatique et apocalyptique. Pourtant c’est bien dans cette époque récente que l’on peut trouver une grande partie des causes qui expliquent le phénomène islamiste et djihadiste d’aujourd’hui.

Le climat idéologique au sein des pays arabo-musulmans change alors en effet. La Révolution islamique iranienne (1979) est un bouleversement majeur qui accélère une montée encore poussive d’un revivalisme religieux ambiant. Et tant la compétition idéologique, enclenchée entre l’Arabie Saoudite et la nouvelle République islamique d’Iran, que le conflit afghan (1979) donnent l’élan à ce courant islamiste.
L’Occident participe d’ailleurs aussi dans les coulisses à ce mouvement. Pour les pays occidentaux, il s’agit en effet alors de défendre sur tous les fronts une stratégie de containment anti-soviétique. Une politique qui s’interrompt cependant brusquement au lendemain de la retraite soviétique et de la chute du Bloc soviétique.

Mais l’élan de ce renouveau islamique est donné. Et on assiste ainsi à son expansion sous diverses formes : modéré au sein de la majorité ; fondamentaliste et prônant l’usage de la force pour une minorité. Cette dernière dont le noyau s’est justement cristallisé durant l’épisode afghan.
Un climat qui n’épargne pas l’Europe, témointe géographiquement voisine de ces changements. D’ailleurs, l’expansion des thèses islamistes les plus radicales s’opère sur ce continent à la faveur de la venue de militants islamistes et d’anciens combattants afghans fuyant des répressions politiques dans un nombre croissant de pays arabo-musulmans, tandis que les communautés d’immigrés qu’ils y trouvent sont également touchées par l’expansion de ce revivalisme islamiste diffus, au regard de l’affaire Rushdie ou de la polémique sur le voile islamique qui touche la France dès 1989.

Par ailleurs, la scène internationale a tendance à offrir une actualité qui facilite une lecture négative du rôle politique de l’Occident au sein de régions à minorités ou majorités musulmanes (Balkans, Irak, Algérie, Palestine, Arabie Saoudite, etc.). Enclenchant dès lors un débat interne au sein de la frange islamiste minoritaire dure sur comment poursuivre le jihad. Or, avec le temps un glissement doctrinaire va s’opérer. Tandis que les cibles privilégiées sont dans un premier temps des Etats arabes jugés impies, l’opinion se cristallise au sein de ce groupe sur le fait que c’est bien l’Occident - au premier plan desquels on trouve les Etats-Unis - qui empêche la concrétisation de leurs vues islamistes, et qu’il faut désormais le viser. L’Europe est aussi critiquée, mais reste au second plan derrière les Etats-Unis touchés dès 1993. En effet, elle offre un refuge relativement sûr, mais également un public musulman large pouvant s’avérer utile dans le soutien des activités jihadistes internationales. C’est d’ailleurs à cette époque que se constitue des noyaux islamistes radicaux à travers l’Europe, plus ou moins visibles. Le Londonistan étant l’exemple-type de cette évolution.

Ainsi il est important de remonter dans le passé pour mieux comprendre ce à quoi l'Europe est confrontée aujourd'hui. Cependant, l’actualité de l’Europe n’en est plus là aujourd’hui. Elle est en effet devenue bien lourde et a opéré un bond en avant. L’attentat de Madrid (11 mars 2004), l’assassinat de Théo Van Gogh (2 novembre 2004), les attaques terroristes de Londres (7 et 21 juillet 2005) ont bouleversé les opinions publiques européennes. Remettant largement en question les sentiments européens à l’égard des communautés musulmanes vivant sur le territoire. Avec en sus, une prise de conscience que le danger est progressivement devenu endogène, dans le sens où les dernières attaques ont directement impliqué des individus étant nés et ayant vécu sur le continent. Dès lors, le discours sur l’immigration et le terrorisme ont déjà connu certains rapprochements dangereux. Et les lois sur l’immigration auparavant généreuses se sont durcies, créant l’impression de la constitution d’une forteresse Europe. Tout comme se sont renforcées les législations en matière de luttre contre le terrorisme. Dans un climat où la perspective d’un choc des civilisations reste un épouvantail malheureusement toujours d’actualité, certains politiques européens fort inquiets d’une telle évolution essaient tout de même de calmer le climat ambiant, comme le démontre la démarche du Premier Ministre espagnol J.L.Zapatero d’une Alliance des civilisations.

En effet, si le risque de la reproduction d’attentats d’obédiance islamique contre des personnalités publiques ou de manière indiscriminée n’est pas à négliger, il semble bel et bien qu’actuellement le défi majeur des sociétés européennes soit de calmer les tensions, amalgames et incompréhensions réciproques existant entre les communautés nationales musulmanes et non-musulmanes. Dans ce sens, la communauté musulmane doit bien accepter d’être - à cause des circonstances - d’avantage l’objet d’observation des services de renseignement que d’autres communautés.

Ainsi, si cette action sécuritaire des services de sécurité est évidemment essentielle dans un dossier aussi complexe et mouvant que celui du terrorisme islamique, il semble cependant clair qu’il y a un risque majeur de laisser s’acroître les tensions sociales existantes entre communautés. Dans cette perspective, il en va évidemment de l’intérêt de toutes les communautés, tout comme des gouvernants, de se protéger d’une telle éventualité de discorde qui ne peut profiter qu’aux extrêmes. D’autant que l’on assiste déjà ces dernières années à un glissement progressif de l’électorat européen vers la droite.

En fait, il semble que cela soit bien dans le champ de la cohésion sociale que le combat le plus important se réalise déjà actuellement en Europe entre, d’un côté, le terrorisme islamiste, et d’un autre côté, les sociétés européennes démocratiques, dont les modèles sociaux traversent déjà actuellement des eaux particulièrement agitées.


 
 
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