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Durant les années 70 et 80, l’Europe est déjà touchée par un terrorisme en provenance du monde arabo-musulman, Il s’agit alors d’attentats terroristes menés par des groupes de feddayins palestiniens cherchant à faire changer l’opinion publique européenne jugée trop favorable à Israël. Ces actions sont le fait de groupes d’extrême gauche - comme le Front Populaire de Libération de la Palestine (F.P.L.P.) ou encore l’organisation Septembre Noir (connue pour l’enlèvement d’athlètes israéliens qu’elle réalisa lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972) - alors plutôt laïcs et proches de l’idéologie marxiste, comme d’autres groupes européens avec lesquels une collaboration aura parfois lieu. On pense ainsi au lien qui unît, par exemple, lors de certaines opérations le FPLP avec la Fraction Armée Rouge allemande (Rote Armee Fraktion - R.A.F.), plus connue sous le nom de bande Baader-Meinhof.
C’est également l’époque où Carlos, surnommé le chacal, sème la terreur, à travers l’Europe, justement pour le compte du F.P.L.P.. Un homme qui après avoir, entre autres, enlevé des représentants de l’OPEP lors d’une de leur réunion à leur siège de Vienne, ou avoir assassiné deux officiers de la DST en 1975, deviendra la bête noire de l’époque des services européens.
Mais la fin des années 70 et le début des années 80 est synonyme de grands changements idéologiques dans tout le monde arabo-musulman. Le climat politique change progressivement. L’idéologie panarabiste, pro-socialiste, portée par Nasser jusqu’à sa mort en 1970, est sur le déclin. Les défaites arabes face à Israël en 1967 et 1972 ont marqué les esprits, tout comme la paix conclue entre l’Egypte et Israël en 1978 par Anouar el-Sadate. De même, sur le plan interne, les espoirs créés par la vague d’indépendances des années 60 ne sont pas encore assouvis. Dans ce climat, la Révolution islamique iranienne de 78-79 va marquer un nouveau cap possible. D’abord, dans ce climat de guerre froide, il est tout de même possible de renverser un gouvernement pro-occidental, comme celui du Shah, farouche allié des Etats-Unis. Ensuite, il peut être remplacé par un Etat islamique. Ce changement frappe tous les esprits. Cependant les régimes sunnites environnants craignent rapidement que l’Iran, de ce fait, n’étende sa sphère d’influence. L’Arabie Saoudite wahhabite, alliée des Etats-Unis, qui luttait auparavant contre l’idéologie nassériste pro-socialiste - mais qui avait réussi à accroître sa popularité à travers son rôle durant le premier choc pétrolier de 73 - va désormais se trouver au premier plan face à ce nouvel adversaire. Bien que l’aura idéologique du pouvoir saoudien ait déjà quelque peu pâli à la suite du siège de la Grande Mosquée en novembre 1979. Dans ce climat, l’offensive soviétique de décembre 1979 en Afghanistan entre rapidement dans un vaste calcul stratégique, où l’islamisme se retrouve dans les meilleures conditions pour se développer.
L’Arabie Saoudite, les Etats-Unis et d’autres pays y soutiennent en effet l’action « djihadiste » - dans ce cas, une action de défense d’un territoire islamique - de ceux qu’on appellera les « mujahideens ». Soit, généralement des islamistes étrangers partageant le souhait de combattre aux côtés des Afghans contre l’occupation soviétique. Une armée de miliciens qui a de nombreux avantages. En effet, pour l’Arabie Saoudite, il s’agit surtout de reprendre le leadership religieux face à l’Iran. Les Etats-Unis, quant à eux, y voient une armée irrégulière qui lui permet d’assurer sa politique de containment soviétique à moindre frais. Et aux yeux des autres pays arabes sunnites du bassin méditerranéen - plutôt laïques - ils peuvent ainsi voir partir au combat des individus, proches de la mouvance islamiste, qui commencent à contester sérieusement les bienfaits de leur régime. Voir à vouloir le renverser, comme l’assassinat d’Anouar el-Sadate, en 1980, par des membres des Frères Musulmans, le démontrera.
La première structure d’accueil de ces djihadistes afghans est créée en 1984 à l’initiative d’un cheikh d’origine palestinienne, Abdallah Azzam. Un individu considéré par la suite comme le père fondateur des mujahideens arabes. Et dans cet accueil des djihadistes, le Pakistan sert de principal zone de concentration et de formation de ces combattants, avant leur départ en direction de l’Afghanistan.
Dans ce climat fort complexe, l’Europe reste en grande partie hors jeu. Elle est bien touchée à l’occasion par un terrorisme étatique en provenance d’Iran ou de Libye, mais il s’agit d’échos des combats d’influence en cours ailleurs. Ainsi, à ses yeux, l’islamisme ne constitue pas une menace. Et si des individus, vivant en Europe, souhaitent partir se battre en Afghanistan, libre à eux.
La retraite soviétique d’Afghanistan (1989) et la chute du régime communiste de Najibullah (1992) sont ressenties comme d’incroyables victoires de l’Islam contre l’athéisme d’inspiration soviétique, et il renforce dès lors la confiance dans la justesse du combat chez les islamistes les plus convaincus. Les combattants « arabes » commencent cependant à rentrer dans leur pays respectif. Les uns pour y reprendre une vie normale, les autres pour entreprendre le djihad dans leur pays même. Un groupe réduit, partagé entre salafistes et wahhabites, reste cependant en Afghanistan et commence à réfléchir aux moyens d’étendre le djihad contre d’autres « ennemis de l’Islam ». Ainsi qu’au choix stratégique à opérer entre djihad défensif et djihad offensif. Les régimes arabes, jugés impies, étant aussi visés dans cette réflexion. Ce noyau constituera ce qu’on appellera ensuite Al Qaida (La Base). Un groupe qui garde à sa disposition des camps d’entraînement en Afghanistan. Mais qui installe son quartier général au Soudan. Un pays qui vient de connaître une révolution islamique (juin 1989) favorable à ces combattants musulmans étrangers d’un nouveau type. Et ensuite, un lieu qui permet le départ de nouvelles attaques en direction de tout le Nord-Est de l’Afrique (Egypte, Yémen, Somalie, etc).
L’attention internationale se détourne cependant très rapidement du sort de l’Afghanistan et de ses belligérants après l’invasion soviétique. Et les soutiens financiers en direction des mujahideens s’épuisent l’un après l’autre. En effet, dès 1991, ce sont plutôt les situations en Yougoslavie et en Algérie, tout comme l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, qui préoccupent désormais tous les esprits. Et le décès de l’ayatollah Khomeiny en juin 1989 joue également dans cette baisse d’importance de l’Afghanistan. |
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