Islamisme en Europe  
     
 

3. Les années 2000 : La pression monte soudainement en Europe à la suite du 11/09

 
 
3.1. L’Europe impliquée
 
 

L’Europe devient soudainement impliquée, malgré elle, dans un nouveau front de la lutte djihadiste. En effet, si les attentats de septembre 2001 visent les Etats-Unis, le projet ne se serait pas matérialisé sans sa composante...européenne. Puisqu’un groupe d’islamistes résidant en Allemagne a été une composante majeure de ces attaques. La cellule d’Hambourg s’est formée et radicalisée en Allemagne, avant de joindre le projet d’Al Qaeda. Une nouvelle barrière est ainsi franchie.

Si de nombreux individus ont déjà été recrutés en Europe, avant la cellule d’Hambourg, pour participer au djihad global, ceux-ci étaient traditionnellement amenés à se battre dans des unités non régulières, dans des conflits ouverts en dehors de l’Europe de l’Ouest (Afghanistan, Bosnie, Cachemire, Tchétchénie, etc.), dans une pratique de guérilla. Très peu d’entre eux devenant par la suite des terroristes. Ce qui révèle une radicalisation particulièrement forte chez ceux s’impliquant par la suite dans du terrorisme.

La cellule de Hambourg est le premier exemple des effets possibles du phénomène auquel sont désormais confrontés les pays européens : l’auto-développement de cellules terroristes. Où l’on ne repère pas vraiment de contrôle top-down, ou de lavage de cerveau des participants. Une cellule née plutôt de la convergence d’opinions de neuf individus étudiants expatriés, provenant de la classe moyenne supérieure.
Le processus de formation de la cellule a été étudié depuis.Et il semble qu’elle soit le résultat de différents éléments : une aliénation et une marginalisation individuelle, une quête spirituelle, un processus de radicalisation, la rencontre d’individus au même état d’esprit, la distance croissante entre le groupe et la société environnante, l’acceptation par tous de la légitimité de la violence dans leur démarche politique, la connexion entre eux et un relais de la mouvance djihadiste, et la décision du passage à l’acte. Ainsi, l’affiliation formelle au djihad s’est réalisée au sein d’un groupe d’amis décidés de joindre ce combat ensemble, plutôt que de manière individuelle. Un phénomène qui semble s’être reproduit ensuite au sein de réseaux comme, ceux ayant, semble-t-il, choisi respectivement de viser le marché de Noël de Strasbourg en décembre 2000 ou encore l’ambassade américaine de Paris en 2001.

Cependant la démarche individuelle existe également, comme le prouve en décembre 2001, la tentative de Richard Reid - un britannique converti - de faire se faire exploser durant un vol d’American Airlines, reliant Paris-Miami.

Le changement d’attitude des gouvernements européens au lendemain du 11/9 limite cependant la visibilité des islamistes les plus radicaux dans leurs activités quotidiennes. Ainsi, si avant 2001 les islamistes recrutent surtout - plus ou moins ouvertement - au sein de mosquées, de centres de formation islamique, d’écoles coraniques ou d’organismes de charité, il s’agit désormais de se faire plutôt discret. Et les lieux de recrutement deviennent ainsi plus cachés - à travers des appartements privés ou des mosquées non déclarées, par exemple.

Quoi qu’il en soit, malgré tous les efforts des services de renseignements, l’Europe n’en reste pas moins un centre actif d’activité de support terroriste, entre autres, à travers la propagande, le recrutement, le financement et l’aide logistique au djihad.

Des villes comme Londres, Hambourg, Milan et Madrid commencent d’ailleurs à être reconnues pour leur ancrage proéminent de l’islamisme en Europe. Les autorités italiennes révèlent d’ailleurs qu’elles ont découvert un lien - dans l’enquête portant sur les attentats contre des ambassades nord-américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 - entre les cerveaux d’Al Qaeda et l’Institut culturel islamique de Milan.
A contrario, d’autres grandes villes européennes comme Berlin, Rome ou Barcelone ne connaissent pas une telle présence islamiste identique.

Dans ce contexte, la France est la mieux disposée à combattre le terrorisme. La lutte qu’elle mène, depuis les années 90, contre le fondamentalisme musulman lui a en effet donné une connaissance de terrain qui manque souvent aux autres pays européens. Ce qui explique qu’aujourd’hui encore, de tous les pays, la France reste celui qui aide le plus les Etats-Unis dans sa lutte contre le terrorisme.

Mais la France n’échappe pas pour autant au phénomène islamiste. En effet, ce qui la touche désormais est l’émergence d’un mouvement salafiste de masse. Il s’agit de l’école salafiste qui se popularise. Une doctrine, plus dure que le wahhabisme - déjà ambiant depuis les années 80 - qui considère que toute influence occidentale doit être purgée de l’Islam. Le mouvement attire surtout des jeunes musulmans français qui deviennent alors « born-again ». Et les réseaux islamistes qui se développent incluent, entre autres, des immigrants de première et deuxième génération d’Afrique du Nord, ayant un bagage de classe moyenne. Les terrains de recrutement étant surtout autour de Paris et Marseille.

Ce mouvement de masse ne prône pas ouvertement la violence. Il s’agit plutôt d’une interprétation minoritaire. Mais, cette évolution symbolise en tous cas la montée progressive d’une incompréhension et d’un malaise qui se répand progressivement au sein des sociétés multiculturelles européennes, que l’on pensait, jusqu’alors, stables.

Début de la « guerre - internationale - contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis
De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis, en guerre contre le terrorisme, attaquent militairement le régime afghan Taliban, jugé coupable d’héberger le groupe Al Qaeda, ayant causé les attentats du 11 septembre. Et l’offensive commence dès octobre 2001. Ils sont appuyés par des forces britanniques.
Mi-mars 2003, les Etats-Unis partent en guerre - préemptivement - contre un second pays, l’Irak. Ils lancent l’offensive contre le régime de Saddam Hussein, accusé de menacer la paix du monde, à travers la mise au point qu’il réaliserait d’armes de destruction massive. Ainsi que pour le soutien qu’il offrirait à la mouvance Al Qaeda. Ils sont appuyés dans un premier temps par le Royaume-Uni, l’Australie et la Pologne. Puis d’autres pays s’ajoutent à la coalition.

Réactions de l’opinion publique mondiale et européenne
Si l’offensive américaine en Afghanistan est acceptée, bon gré mal gré, par la plupart des acteurs internationaux, ainsi que par la majorité des opinions publiques mondiales, la guerre menée contre l’Irak va provoquer une levée de protestations populaires - et dans une moindre mesure gouvernementale, avec, par exemple, la France et l’Allemagne en Europe - à travers le monde.
En Europe, l’opinion publique se fait en effet largement l’écho d’un tel état d’esprit de refus. Des manifestations de masse sont organisées dans pratiquement toutes les capitales européennes. Cependant, certains gouvernements européens décident tout de même de soutenir ouvertement les Etats-Unis dans leur projet. Au premier plan, on trouve l’Espagne, dirigée par José Maria Aznar, et le Royaume-Uni, où Tony Blair est au pouvoir.

Cette nouvelle « guerre au terrorisme » va connaître de grands succès. L’un des plus importants porte sur les dommages qu’elle arrive à causer à l’organisation Al Qaeda. En effet, ses infrastructures sont rapidement perdues en Afghanistan. Et il devient vite impraticable de continuer à y envoyer de jeunes recrues en vue de leur formation, comme cela se faisait jusqu’alors.

Coopération européenne dans la lutte interne contre le terrorisme
Du côté européen, on l’a dit, les arrestations croissantes signalent un nouveau rôle tenu par les autorités de la zone en matière de lutte contre le terrorisme islamiste. Cependant, la coopération pleine et entière ne se réalise certainement pas du jour au lendemain entre les différents services nationaux. À ce titre, le refus britannique d’extrader Rachid Ramda - l’organisateur présumé des attentats commis contre le métro dans les années 90 à Paris - vers la France est exemplaire. Un refus qui durera jusqu’en décembre 2005, où il est finalement extradé, en vue de son jugement. Il sera finalement condamné en mars 2006 à 10 ans de prison (Le Figaro - 29 mars 2006).

Évolution au sein de la mouvance djihadiste
Le recrutement au sein de la mouvance islamiste violente se métamorphose progressivement en un phénomène d’un genre nouveau. Ainsi, dès 2002, les services de renseignement néerlandais, dans un rapport public, annoncent qu’ils ont constaté les premiers recrutements de personnes musulmanes, nées et ayant toujours vécues en Europe, et ayant choisies la voie du djihad global. Et là est le principal changement qui s’amorce.

On apprend à ce titre qu’en janvier 2002, deux jeunes Hollandais d’origine marocaine, Ahmed el-Bakiouli et Khalil el-Hassnaoui, vivant jusque-là à Eindhoven, ont été tués dans des circonstances obscures dans l’Etat indien du Cachemire.On semble avoir repéré au préalable des sympathies de leur part pour le djihadisme sur Internet, mais rien n’avait permis d’affirmer qu’ils avaient été recrutés par qui que ce soit. Une preuve pour les autorités néerlandaises qu’une seconde génération d’immigrants musulmans installés dans leur pays commence à s’identifier aux opinions de l’islamisme radical.

Et que les règles du recrutement sont en train d’évoluer :
- La voie de l’entraînement djihadiste traditionnel - via des camps d’entraînements - pourrait n’être plus indispensable. Un fait apparemment démontré rapidement à travers les attentats de Casablanca de mai 2003 qui font 45 victimes et des dizaines de blessés. Leurs auteurs ne sont pas allés en Afghanistan pour s’y entraîner. Le seul entraînement suivi est celui qu’ils se sont donné durant leur week-end. Et leur solution à la construction de leurs bombes semble avoir été trouvée sur Internet. Un attentat qui semble être - a posteriori - prémonitoire du développement ultérieur du djihadisme islamiste en Europe, bien que ces attentats comportent de sérieuses zones d’ombres dans ses racines.

On peut d’ailleurs remarquer que l’organisation Al Qaeda, jugée responsable du 11/9, n’existe déjà plus vraiment au plan structurel. À sa place, une nouvelle génération de terroristes islamistes est en train de prendre le pas et se constitue sous la forme de réseaux. Des réseaux plus tellement rattachés à quelque structure que ce soit, mais plutôt seulement à l’idéologie du djihad global. Ainsi le support et la coordination entre les différents réseaux se transforment progressivement en relations ad hoc, basées sur la conscience de l’ennemi commun. Seulement au sein de cette structure devenue floue et souple, la disparition d’un réseau affecte désormais peu la continuation des activités des autres.

L’effet de la guerre d’Irak (lire à ce titre, Dying to Win de Robert A. Pape)
Un facteur significatif dans la transformation de ce recrutement est aussi la guerre contre l’Irak, débutée en 2003 par les Etats-Unis et ses alliés. L’opposition publique à ce conflit fut très large en Europe. Or, elle a aussi évidemment influencé les sentiments des différentes communautés musulmanes du continent.
L’Irak est ainsi devenue progressivement un cri de guerre et un fondement de la rhétorique anti-occidentale des islamistes les plus radicaux et un sujet de dégoût et de frustration pour les plus modérés. Au même titre que la question du conflit israélo-palestinien.

Mais aux yeux de la frange musulmane la plus radicale, l’Irak devient surtout un pays symbolique, où il faut intervenir, et libérer à tout prix de l’agression étrangère.

Et des recrutements deviennent progressivement plus visibles, autant en Angleterre, qu’en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Belgique (le cas le plus frappant pour l’opinion publique belge sera l’opération kamikaze menée en novembre 2005, en Irak, par une femme belge, de 38 ans, convertie à l’islam), ou encore aux Pays-Bas. Un phénomène qui touche une audience généralement jeune, où l’on compte un certain nombre de convertis.

es réseaux nationaux ou européens de recrutement commencent d’ailleurs à être démantelé en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne, etc. Des cellules envoyant souvent leurs volontaires via la Turquie et la Syrie pour aller combattre en Irak. Dans un mouvement faisant penser que sans le conflit d’Irak, le recrutement djihadiste aurait été beaucoup plus modeste.

On doit par ailleurs ajouter que l’impact potentiel de ces djihadistes européens, lors de leur retour, représente un risque dont la portée n’est pas encore établie. Mais qui, si on le réfère à l’arrivée de vétérans afghans dans les années 90, fait cependant craindre le pire.

Enfin, concernant le conflit irakien, en tant que tel, celui-ci connaît aujourd’hui une évolution particulière. L’enjeu de la victoire devient en effet chaque jour plus important, tant pour les militants islamistes, que pour le monde occidental. Et aucune des parties ne veut perdre le combat. Une situation qui favorise évidemment les extrémismes de tous bords.

Opinion publique musulmane : quelques sondages
Des sondages menés durant ces années dévoilent d’ailleurs le repli communautaire qu’est en train de vivre la communauté musulmane en Europe. Ainsi, en 2003, un sondage IPSOS montre que seul un quart des jeunes musulmans français estime que les valeurs musulmanes peuvent coexister avec [les valeurs laïques] de la République. En Allemagne et aux Pays-Bas, différentes études montrent qu’entre 5 et 10% de la population musulmane a des sympathies avec les pensées radicales islamistes. Enfin, en mars 2004, une enquête du Guardian révèle d’ailleurs que - désormais - 13% des britanniques musulmans considèrent les attentats du 11/09 comme « justifiés ».

C’est donc toujours un phénomène de croissance de l’incompréhension entre communautés musulmanes et non musulmanes qui intervient. Une incompréhension basée en grande partie sur des malentendus et une méconnaissance réciproque.

Et le climat socio-économique général n’aide pas dans ce cocktail. Ce qui explique en partie la montée d’extrêmes lors de différents scrutins tenus à l’époque en Europe. Avec des succès étonnants pour Jörg Haïder (Autriche), Pim Fortuyn (Pays-Bas), ou encore Jean-Marie Le Pen (au premier tour des élections présidentielles de 2002). Un malaise social est donc bien en train de s’installer en Europe. Un malaise empiré par l'irruption d'attaques terroristes menées sur le sol même de l’Europe.

 
 
3.2. L’Europe touchée
 
 

3.2.1. L’Espagne - Mars 2004

 
 

Un an après les attentats de Casablanca (16 mai 2003) et d’Istanbul (15 et 20 novembre 2003) qui visent entre autres des cibles britanniques, espagnoles et israéliennes, l’Europe occidentale, à travers l’Espagne, est touchée directement sur son territoire, par le terrorisme islamique. L’attentat vise des cibles ferroviaires reliant la ville de Madrid (11 mars 2004), et résulte en une véritable boucherie.

Elle est commise à nouveau par des individus très peu entraînés, qui sans appartenir réellement à une organisation connue, se réfèrent à l’idéologie du djihad global. Il s’agit également de la première opération se revendiquant du djihadisme global mais ne comportant aucun ancien vétéran de l’Afghanistan. Bien que le groupe semble cependant avoir été en contacts avec d’anciens vétérans de Bosnie et de Tchétchénie.

Ce jeudi 11 mars 2004, 10 sacs à dos remplis d'explosifs explosent donc à Madrid et dans ses alentours, provoquant la mort de 191 personnes et faisant plus de 1800 blessés.

Deux jours plus tard, la police capture les premiers suspects. Trois semaines plus tard, elle démantèle le noyau du réseau. Sept membres décident cependant de se suicider plutôt que de se rendre aux forces de police. Cinq membres arrivent par ailleurs à échapper à leur capture en quittant le pays. Mohamed Afallah, un membre ayant réussi à s’enfuir, mènera en mai 2005 une opération suicide en Irak. Prouvant par là, la détermination de ces individus dans leur choix du djihad.

Ce réseau s’est constitué en Espagne, où tous résidaient légalement. Plusieurs membres de la cellule étaient mariés, et avaient des enfants. Et hormis certains membres, la plupart d’entre eux avaient une situation socio-économique modeste. Ils occupaient autant des emplois dans la téléphonie mobile, l'industrie du vêtement, la mécanique ou l'agriculture.

Le chef du groupe, Serhane, a suivi une formation universitaire, et aurait même obtenu une bourse du gouvernement espagnol pour poursuivre un doctorat en économie dans une université espagnole. Et il travaillait également dans l'immobilier. Donc, rien qui puisse vraiment distinguer ces membres de la majorité des milliers d'autres immigrants maghrébins présents en Espagne. D’ailleurs, pour certains, ils bénéficiaient d’un niveau de vie supérieur à la moyenne. Ainsi, le processus de radicalisation ne semble pas directement lié à une forme d'exclusion sociale. Mais peut-être d’avantage à une contre-culture radicale et à ce partage des mêmes idées entre les différents membres du groupe.

Trois membres du groupe, Amer Azizi, Serhane bin Abdelmajid Fakhet  et Mustapha al-Maymouni, semblent par ailleurs avoir eu des contacts avec le mouvement missionnaire Jamaat al-Tabligh Wal-Dawa, à Madrid, avant d'entretenir des relations entre eux. Cependant il ne s’agit pas d’un mouvement appuyant - en tout cas ouvertement - la violence fondamentaliste. Il s’agit plutôt d’un mouvement axée sur la prédication et l’application stricte des règles islamiques.

Par ailleurs, donc, aucun des membres du groupe n'a bénéficié d'un entraînement dans un camp en Afghanistan ou ailleurs. Or, la cellule a été capable d'organiser, de planifier et d'exécuter une des attaques terroristes les plus spectaculaires qu’ait connu l’Europe. Cela démontre ce qu’on a déjà eu l’occasion de souligner. Le mouvement djihadiste devient progressivement plus flou et arrive cependant à se procurer les techniques fondamentales de conception et de mise en œuvre d’un multiple attentat. Cela signifie que les informations accessibles au public permettent désormais ce genre de projet. Et que des groupes amateurs similaires pourraient également se former et planifier d’autres attaques dans le futur.

Le groupe s’est largement financé par ses propres activités de trafic de stupéfiants. La police espagnole a d’ailleurs estimé le coût total des attaques de Madrid entre 41.000 et 55.000 euros. Cela démontre à nouveau la facilité avec laquelle l’opération a pu être menée sans éveiller les soupçons des forces de sécurité.

La date des attaques a aussi été choisie avec soin. En effet, les élections nationales étaient prévues trois jours plus tard. Et les terroristes, vivant en Espagne, connaissaient l’opposition d’une grande partie de la population à la politique extérieure de J.M.Aznar, dirigeant du Parti Populaire espagnol. De même, ils connaissaient l’intention du candidat socialiste, J.L.Zapatero, d’organiser au plus vite le retrait des troupes espagnoles d’Espagne, s’il était élu.

En effet, leur objectif majeur semble bel et bien avoir été celui de provoquer un changement d’opinion populaire afin de provoquer la chute du gouvernement Aznar, et d’obtenir par la suite ce retrait espagnol d’Irak. Une stratégie facilitée d’ailleurs par les manipulations électoralistes qu’ont voulu réaliser les dirigeants du PP de cette attaque terroriste, en s’obstinant à en reporter la responsabilité sur l’ETA basque.
Une théorie qui a été validée depuis par des études scientifiques menées en 2005 (http://www.realinstitutoelcano.org/documentos/186.asp, http://www.realinstitutoelcano.org/documentos/195.asp#_edn22).


 
 
3.2.2. Les Pays-Bas - Novembre 2004
 
 

Les Pays-bas sont également touchés la même année par cette nouvelle formalisation de cette violence islamiste. À travers l’assassinat du très polémique cinéaste Théo Van Gogh (2 novembre 2004), commis par un musulman d’origine marocaine, Muhammad Bouyeri. Cependant, elle est issue cette fois-ci d’un individu étant né et ayant grandi en Europe.

Un assassin qui comptait d’ailleurs également assassiner Ayan Hirshi Ali, une politicienne libérale d’origine somalienne, très critique sur la condition de la femme musulmane, et proche de Théo Van Gogh. Puisqu’elle collabora dans la réalisation d’un de ses films portant justement sur la thématique de la condition de la femme musulmane. Un court-métrage, en fait, intitulé « Submission », qui fut jugé profondément choquant par une partie de la communauté musulmane, lors de sa sortie en 2004. À tel point que tant Ayan Hirshi Ali que Théo Van Gogh ont commencé à recevoir des menaces de morts après la présentation du film.Et que ce dernier dû d’ailleurs être retiré de la programmation d’un festival de films de Rotterdam (Pays-Bas) afin d’éviter tout incident. 

Le meurtre est ici aussi une boucherie. En effet, Bouyeri après avoir tiré plusieurs fois au pistolet automatique sur Théo Van Gogh, l’égorge et entreprend de lui couper la tête. Une pratique faisant directement penser à ces images - si accessibles sur Internet - de prisonniers connaissant le même sort en Irak. Finalement, Bouyeri plante un couteau dans la poitrine de T.Van Gogh, qui fixe un texte menaçant de mort la députée Ayan Hirshi Ali, aux motifs de la croisade contre l’islam qu’elle serait en train de mener dans le pays. La lettre exprime également des ressentiments concernant des lois hollandaises jugées discriminantes pour les musulmans. Et juge les Pays-Bas comme un « ennemi », de par son soutien aux forces occidentales impliquées en Irak.

Muhammad Bouyeri et la cellule Hofstad
Le portrait de Muhammad Bouyeri dévoile dès lors à nouveau le type de menace auquel deviennent confrontés les pays européens. Bouyeri est né en 1978 et a toujours vécu dans la région d’Amsterdam. Ses parents habitant en périphérie de la ville. La famille de Bouyeri est décrite comme modérément religieuse.

Cependant, en ce qui le concerne, il est connu par les services de police qui l’arrêtent plusieurs fois pour des comportements violents. Sa fibre islamiste apparaît dans le courant des années 2000. Il commence alors à s’intéresser au Hamas palestinien, qu’il supporte, et il se met également à respecter des codes vestimentaires islamiques. Par ailleurs, travaillant dans un organisme social, il commence à créer des frictions avec ses collègues, à cause de son intolérance croissante concernant les règles sociales occidentales.

Finalement, il quitte son emploi, et part  vivre à Amsterdam. Où il semblerait qu’il ait rencontré un imam syrien radical, Ridwan al-Issar. Ce dernier est arrivé aux Pays-Bas en 1998, en provenance d’Allemagne, où sa demande d’asile a été refusée. Al Issar va devenir le dirigeant d’une cellule de 16 personnes, composée entre autres de Bouyeri.

Trois membres ont eu un entraînement dans des camps djihadistes du Cachemire et deux sont passés par des camps d’entraînement d’Afghanistan. Des liens entre le réseau et d’autres groupes installés au Maroc, en Belgique, en Espagne, en Suisse, et en Arabie Saoudite semblent également avoir été formés.

D’ailleurs, trois individus du groupe auraient eu le projet d’organiser une opération violente contre des personnalités portugaises peu avant le début de l’Euro 2004.

Ce réseau est cependant sous la surveillance des services de renseignements du pays dès 2003. Les autorités donnant le nickname de « Hofstad Network » au groupe. Selon ces mêmes autorités, l’invasion en Irak semble avoir été un accélérateur dans la formation du groupe et la mise en œuvre de différents projets terroristes. En effet, des membres sont arrêtés, en 2003, en possession de matériaux pouvant servir à la fabrication de bombes, ainsi que de cartes de cibles possibles. Ils sont ensuite relâchés faute de preuves, mais un des membres est réarrêté en juin 2004, avec cette fois-ci d’avantage de matériaux suspects, ainsi que des cartes de la centrale nucléaire de Borssele, de l’aéroport de Schipol, du Parlement national, du Ministère de la Défense, ainsi que d’autres bâtiments de la capitale, La Haye.

En clair, les Pays-Bas - mais également l’Europe - se réveillent, en novembre 2004, avec la concrétisation d’une menace islamiste endogène, alors qu’elle avait été jugée jusqu’alors essentiellement exogène.

 
     
 

3.2.3. Le Royaume-Uni - Juillet 2005.

 
 
Le 7 juillet 2005, puis le 21 juillet, le Royaume-Uni est à son tour frappé par des attentats, commis par des auteurs se revendiquant de l’islam.
 
     
 
3.2.3.A. 7 juillet 2005
 
 

Le mois de juillet commence bien pour les autorités britanniques avec l’annonce le 6 juillet de la victoire de Londres dans la compétition en vue de l’organisation des Jeux Olympiques de 2012. Par ailleurs, au même moment, la Grande-Bretagne accueille également un sommet du G8 à Gleneagles.
Seulement, le 7 juillet 2005, quatre bombes explosent dans le centre de Londres.

Sept personnes sont tuées dans un train, à la station d’Aldgate. Sept autres décèdent à Edgware Road. Vingt-quatre personnes succombent encore aux environs de King’s Cross-Russell Square. Et quatorze victimes meurent à bord d’un bus, près de Tavistock Square. Soit cinquante-deux victimes en tout. Et près de 700 personnes blessées. Trois explosions interviennent à 8h50. La dernière se déroule à 9h47. Trois à bord de rampes de métro. Une à bord d’un bus.

Les quatre terroristes se sont faits exploser de manière individuelle dans une opération kamikaze. Une première sanglante pour le pays. Trois des quatre terroristes sont de jeunes britanniques d’origine pakistanaise, ayant toujours vécu en Grande-Bretagne. Le dernier est d’origine jamaïcaine. Et de nouveau, le profil des quatre individus ne révèle pas grand-chose.

Le premier : Mohammad Sidique Khan

Il s’agit du terroriste le plus âgé. On présume qu’il était le chef du groupe.
Il est né à Leeds en 1974. Il est - comme deux autres membres du groupe - issu de la communauté d’origine pakistanaise et a pris la nationalité britannique. Il s’est marié en octobre 2004 et sa femme, d’origine indienne, donne naissance à une fille en mai 2004.

Après son mariage, il déménage de Beeston à Batley, puis s’installe à Dewsbury. Là, il trouve un emploi d’éducateur, où il est chargé d’aider des jeunes en difficulté scolaire dans une école primaire. Il semble avoir fort plû d’ailleurs pour son engagement dans son travail.

À la même époque, sa foi en l’islam se fait plus visible. Mais, selon ses collègues, il ne s’agissait d’aucune manière d’extrémisme. Il se serait d’ailleurs alors exprimé, entre autres, contre les attaques du 11 septembre 2001.

Cependant, il semble s’être radicalisé vers 2002-2003. Il s’est alors d’avantage impliqué dans des activités tournant autour des mosquées et de groupes islamiques de Leeds, Hudderfield et Dewsbury. Il y aurait d’ailleurs été vu comme un modèle pour certains jeunes musulmans. On se demande dès lors si dans ce cadre-là, il n’en aurait pas profité pour constituer un groupe autour de lui. Il aurait à ce titre été souvent vu en compagnie de deux autres membres du groupe, Shehzad Tanweer et Hasib Hussain, avant le 7 juillet 2005.
Son travail dans l’école se termine fin 2004. Apparemment plus par abandon de sa part. Khan part alors en direction du Pakistan avec Tanweer. On ne sait pas s’ils y auraient reçu quelque entraînement que ce soit. Le MI5 se serait un temps intéressé à Khan, dans le cadre d’enquêtes en cours, avant le 7 juillet, mais sans réellement mener d’investigation poussée. En juin 2006, un expert informatique, Martin Gilbertson, aurait affirmé avoir prévenu la police du West Yorkshire sur les opinions extrémistes de Khan et de Tanweer qu’il aurait entendu de leur part, mais rien n’a été entrepris.

Deux mois après la mort de Khan, une vidéo dans laquelle on peut le voir expliquer les raisons de son opération, ainsi qu’une intervention d’Al Zawahari - le bras idéologique d’Oussama ben Laden - a été diffusée sur la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera. Un lien qui peut avoir été fabriqué. Khan y déclare alors être un soldat se battant contre les gouvernements occidentaux.

Le deuxième : Shehzad Tanweer

Il a 22 ans quand il décède. Il est né à Bradford. Mais il a vécu une partie importante de sa vie dans la région de Leeds. Pas très loin de son ami, Hasib Hussain. Celui qui fera exploser une bombe à bord d’un bus londonien. Tanweer était encore aux études, en éducation sportive. En 2004, il a été arrêté pour trouble à l’ordre public. En novembre de la même année, il voyage au Pakistan en compagnie de Khan.

Les autorités pakistanaises affirment d’ailleurs qu’il a également visité brièvement le pays fin 2003. Sa famille l’aurait envoyé dans une madrasa du pays. Par ailleurs, Tanweer aurait rencontré un chef du groupe radical Jaish-e-Muhammad peu avant les attentats du 7 juillet. Et dans le cadre de sa présence en périphérie d’autres enquêtes, il a été mis à la connaissance des autorités. Mais sans qu’aucune enquête profonde ne soit réellement entreprise. Son ADN, comme celle de deux autres membres du groupe, a été découvert par la police dans une maison de Leeds, où ils semblent avoir fabriqué leurs bombes. Ses proches affirment qu’il était très religieux mais qu’il n’exprimait pas vraiment d’intérêt pour la politique. Ce qui pose évidemment question. Ainsi, tout semble montrer qu’ils se sont endoctrinés assez loin de lieux connus des autorités.

Comme pour Khan, une vidéo a été diffusée sur Al Jazeera. Cela se passa le 6 juillet 2006. Soit, la veille du premier anniversaire des attentats. Une vidéo dans laquelle il annonce une prochaine série d’actions terroristes, qui deviendront de plus en plus dures.

Le troisième : Germaine Lindsay

Il s’agit du seul des quatre kamikazes à être né en dehors de la Grande-Bretagne. Cependant, il n’a qu’un an quand il arrive avec sa mère dans ce pays, en 1986. La famille s’installe à Huddersfield, dans le West Yorkshire. Ce serait dans cette zone qu’il y aurait rencontré Mohammad Sidique Khan.
Il semble avoir été bon élève en général, mais sans être stable. Son père est resté en Jamaïque. Et sa mère s’est installée avec un autre homme, se révélant être dur avec Lindsay.

En 1990, la relation entre sa mère et cet homme s’interrompt et sa mère rencontre un nouvel homme. Un beau-père plus proche de Lindsay qui reste avec la famille jusqu’en 2000. Cette année-là, sa mère et Lindsay se convertissent à l’islam. Et Lindsay prend le nom de Jamal. Il semble alors s’être progressivement rapproché de groupes islamistes durs. Et c’est dans ce milieu qu’il pourrait avoir rencontré un imam extrémiste, Abdallah al-Faisal, comme lui Jamaïcain d’origine. Un individu condamné par la suite à la prison pour incitation à la haine et au meurtre.

En 2002, Lindsay se retrouve seul. Sa mère part en effet avec un nouvel homme en direction des Etats-Unis. Une expérience qui aurait été un traumatisme pour lui. Et à partir de cette époque-là, il se détache du milieu scolaire pour commencer à vivre sur base de petits commerces. Il se marie cependant en 2002 avec une Britannique, convertie à l’islam, qu’il a rencontrée sur Internet et lors d’une marche organisée pour inciter le gouvernement à ne pas participer à la guerre en Irak (octobre 2002). Le couple aura plus tard un enfant. Bien qu’on ne sache pas exactement comment et quand Lindsay a rencontré Khan, on sait que tous deux étaient actifs dans des cercles islamistes de Huddersfield et Dewsbury. Et vraisemblablement qu’ils étaient proches durant la seconde moitié de 2004. Lindsay fit exploser sa bombe à bord d’un train de la ligne Piccadilly, près de King's Cross.

Le quatrième : Hasib Hussain

Comme Khan et Tanweer, Hussain est issu de la communauté pakistanaise britannique. Il  a vécu dans les environs de Leeds. Étant le plus jeune de quatre enfants, il habitait encore chez ses parents quand il est décédé le 7 juillet 2005. Les informations à son sujet font état d’une vie tout ce qu’il y a de plus normale. Ayant terminé l’école en juillet 2003, il a terminé un programme de commerce un mois avant les attentats. Un an avant de quitter l’école, il est parti à la Mecque afin d’y réaliser le pèlerinage. À son retour, il semble être devenu plus religieux. Portant la barbe et des vêtements islamiques. Il aurait également commencé à parler de son appui aux auteurs des attentats du 11 septembre 2001.

Beaucoup de sa vie sociale aurait alors commencé à tourner autour de mosquées locales, de clubs de jeunes, etc., dans le district de Beeston où Khan et Tanweer ont grandi. C’est à travers les clubs de jeunes que les trois membres pakistanais seraient d’ailleurs devenus proches. En 2004, Hussain arrête tout d’un coup de s’habiller de manière traditionnelle et recommence à porter des vêtements occidentaux. En juillet 2005, il annonce à ses parents qu’il part visiter des amis à Londres. Ne le voyant pas revenir, les parents avertissent la police. Finalement, ils apprennent qu’il s’est, en fait, fait sauté à bord du bus « N°30 », faisant 13 morts. On trouve en effet son permis de conduire et ses cartes de banques dans les décombres de l’autobus.

Le 23 mars 2007, trois suspects ont été encore arrêtés dans le cadre de cette enquête. Les services de sécurité estimant qu’ils pourraient avoir été au courant de l’opération du 7 juillet, et avoir fourni un support financier, voire logistique. Les services anti-terroristes ont arrêté deux hommes à leur embarquement dans un avion à destination du Pakistan. Et un troisième à Beeston - la zone de résidence de trois des quatre kamikazes. Les deux suspects arrêtés à l’aéroport de Manchester ayant 23 et 30 ans. Le troisième ayant 26 ans.

 
 
3.2.3.B. 21 juillet 2005
 
 

Quatre nouvelles tentatives terroristes sont lancées à Londres le 21 juillet 2005, entre 12h30 et 13h. Soit deux semaines après les attentats du 7 juillet.

Ici aussi, les attaques sont censées frapper trois rames de métro et un bus public. Il s’agit donc du même scénario. Seulement, si les détonateurs fonctionnent, aucun des explosifs ne se déclanche. Et certains terroristes abandonnent (sic) leurs explosifs. Un matériel découvert par la suite par les services de sécurité. Et qui mène rapidement à l'arrestation de différents suspects.

Les suspects

   

Yassin Hassan Omar, 24 ans (au moment des faits - idem pour les autres) est d’origine somalienne. Il est arrivé en 92 en Grande-Bretagne.

Le 21 juillet, il tente de faire exploser une bombe dans la station de métro de Warren Street. Il est arrêté à Birmingham le 27 juillet. Il est le premier des cinq suspects à être arrêté.

   

Ibrahim Muktar Said, 27 ans. Il est d’origine érythréenne. Il est également arrivé en Grande-Bretagne en 1992.

Il tente de faire exploser une bombe dans l'autobus numéro 26 dans l'est de Londres. Il est arrêté le 29 juillet.

   

Ramzi Mohamed, 23 ans. Il est d’origine somalienne.

Il tente de se faire exploser dans la station de métro d'Oval. Il est arrêté le 29 juillet avec Muktar Said.

   

Hussain Osman, 27 ans. Il est né en Ethiopie, mais est devenu par la suite citoyen britannique.

Il essaie de faire exploser une bombe dans la station de métro Shepherd's Bush.Il est arrêté le 29 juillet à Rome, où son frère tient un Internet Café.

   

Manfo Kwaku Asiedu, 32 ans.

Il était censé être le cinquième kamikaze, mais il jettera finalement sa bombe dans un bois du nord-ouest londonien. Il semble avoir été le moins enthousiaste à la mise en œuvre de véritables attentats dans le cœur de Londres. Il aurait été mis au courant le matin même du caractère létal de l’opération.

   


Adel Yahya
, 23 ans, vient de la zone de Tottenham, au Nord de Londres.

Il est accusé d’avoir participé à l’organisation pratique de l’attentat.

   
  Muhedin Ali, 27 ans, est originaire de l’ouest de Londres. Il a été accusé d’avoir possédé des informations concernant le projet terroriste. Des informations ayant pu mener, en tout cas, à l’arrestation d’Hussain Osman.


L’affaire est cependant trouble à un certain niveau, au regard des attentats du 7 juillet 2005. En effet, lors du procès - qui se tient actuellement - on a appris que les matériaux utilisés pour les bombes étaient constitués d’un mélange de substance organique et de peroxyde d’hydrogène. Or, un tel mélange n’a été utilisé qu’à une autre occasion en Grande-Bretagne : le 7 juillet 2005.Les auteurs du 21 juillet assurent avoir trouvé cette composition sur Internet. Mais cela pose question. De plus, Ibrahim Muktar Said a passé deux mois au Pakistan au même moment que Siddique Khan et Shehzad Tanweer. On se demande donc s’ils ne s’y sont pas rencontrés.

 
     
   
2002-2008, ERTA