ETA
Profil d'une organisation terroriste

 
   
 
Grégory Gomez del Prado
2007
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
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Introduction

Si l'Europe a été marquée, ces dernières années, par des attentats attribuables à la mouvance islamiste, il n'en demeure pas moins que le terrorisme s'est souvent décliné de manière locale ou régionale sur le vieux continent. Entre 1950 et 1995, 811 attentats ont été commis par des groupes à l’extérieur de l’Europe contre 8916 attentats attribuables à des groupes de souche ouest-européenne (Engene, 2004). Ces groupes ont ainsi pris naissance au cœur de l’Europe et leurs revendications sont à l’image des préoccupations qui ont dominé le vieux continent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Le terrorisme à l’européenne tourne autour de deux pôles idéologiques : l’extrémisme politique (de droite comme de gauche) et les revendications ethniques et nationalistes (même si certains groupes nationalistes répondent à une doctrine politique, c’est avant tout leurs revendications identitaires et territoriales qui les catégorisent). Cette distinction est fondamentale car elle permet de comprendre l’évolution du terrorisme en Europe et, par le fait même, la pérennité de certains groupes.

Parmi ces groupes figure l'organisation terroriste basque Euskadi Ta Askatasuna plus connue sous l'acronyme de ETA. Présente depuis plus de 40 ans, ETA est représentatif d'une lutte insurectionnelle dont les revendications nationalistes perdurent. Basée sur des différences culturelles et historiques inconciliables, cette lutte saît mieux interpeller les gens que les causes politico-sociales telles que revendiquées par des groupes d'extrême-gauche ou d'extrême droite, leur nature subversive ne laissant d'autre choix au gouvernement que de les anéantir. À l'instar de l'IRA (Irish Republican Army), l’ETA est arrivé, d’une part, à recruter au niveau interne, notamment à travers une frange de jeunes chômeurs désillusionnés et, d’autre part, il a réussi à sensibiliser l’opinion internationale à sa cause, lui procurant une légitimité qui dépasse les frontières de son pays. Finalement, le groupe a obtenu des concessions politiques partielles de la part du gouvernement central comme, par exemple, un accroissement de son autonomie et la reconnaissance d’une identité culturelle distincte.

 
   
  Contenu

A. Historique
1. Origines
2. Idéologie et symboles
3. Organisation interne
4. Visage politique
5. Évolution pendant la dictature
6. Évolution après la dictature
7. Liens avec d'autres organisations

B. Approches explicatives

1. Analyse du contexte
2. Stratégies terroristes
3. Modèle psychologique
4. Modèle sociologique/environnemental
5. Modèle policier

 
     
 

Conclusion : quel avenir pour le pays basque ?

Le nationalisme interpelle et motive plus que les causes politico-sociales. À cet égard, l’ETA est représentatif de la pérennité des revendications indépendantistes et du soutien infaillible d’une partie de la population. Néanmoins, une transition progressive vers une solution plus politique s’est amorcée depuis quelques années. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer ce changement. Tout d’abord, le nationalisme identitaire a diminué depuis que l’Union Européenne s’est progressivement installé comme système de référence. Les recours offerts par les divers organismes européens garantissent un juste traitement des individus et des États (Cour Européenne des droits de l’homme et Cour Européenne de Justice). De plus, l’abolition des frontières a diminué les nationalismes en introduisant la notion de citoyen européen. Finalement, l’atrocité des attentats attribuables aux mouvances islamistes qui ont touché l’Europe ces dernières années (Madrid en 2004 et Londres en 2005) ont rendu la population de plus en plus intolérante face à l’odieux du terrorisme. Il faut simplement se remémorer les gigantesques manifestations de solidarité en Espagne suite aux attentats de 2004 pour comprendre la lassitude et l’exaspération d’un peuple face à la violence. Ainsi, toute organisation prônant des méthodes violentes se voit gravement amputer de son soutien populaire.

En mars 2006, l’ETA annonçait un cessez-le-feu permanent. Cette annonce ravivait l’espoir de la fin de la lutte armée malgré une trêve déjà annoncée en 1998 qui avait été brisée l’année suivante. Cette annonce marquait aussi le début de la réhabilitation politique de Herri Batasuna et de son leader Arnaldo Ortegi. Le rapprochement entre ce dernier et le leader du Sinn Fein, Gerry Adams, symbolisait un mouvement de pacification des nationalismes européens. L’esprit d’ouverture démontrée par le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero abondait dans ce sens. Cependant, l’attentat de l’ETA contre l’aéroport de Madrid en décembre 2006 est venu saper les efforts de paix entrepris par le gouvernement espagnol et par les basques modérés. Quelques jours après l’attentat qui a fait 2 morts, le Ministre de l’intérieur espagnol annonçait que les discussions avec l’organisation terroriste basque étaient définitivement rompues. Ce volte-face de l’ETA s’affirme comme une velléité de l’organisation face à l’instauration de la paix et de la fin du conflit au pays basque. Il semble que la violence soit l’unique mode d’expression de l’ETA. Ne pouvant réunir les conditions pour aboutir démocratiquement et pacifiquement à l’indépendance du pays basque, l’organisation terroriste se résout à la lutte armée. Il est peu probable que l’aile politique de l’ETA ne puisse jamais atteindre une majorité dans un référendum légalement constitué. Son soutien populaire n’a d’ailleurs jamais dépassé le tiers des électeurs au Pays Basque. Dans un tel cas de figure, il paraît évident que l’ETA, ou du moins, ses factions les plus radicales, périclitent tout processus de paix. À l’image des récents événements qui ont secoué le Pays Basque, la trêve de violences meurtrières, décrétée par l’organisation depuis trois ans, vient tout simplement de tomber en déliquescence.

 
     
 

Références

  • Reinares, Fernando et Oscar Jaime-Jiménez (2000), « Countering Terrorism in a New Democracy : the Case of Spain», dans Fernando Reinares (ed.), European Democracies Against Terrorism. Governmental policies and intergovernmental cooperation, The Oñati International Institute For The Sociology of Law, Ashgate-Dartmouth, p. 119-145.
  • Engene, Jan Oskar (2004), Terrorism in Western Europe. Explaining the Trends since 1950, Cheltenham, Edward Elgar.
  • Benegas, José Maria (2004), Diccionario Espasa Terrorismo, Madrid, Espasa.
  • Alexander, Yonah, Swetnam, Michael S. et Herbert M. Levine (2001), ETA : Profile of a Terrorist Group, Ardsley, Transnational Publishers.
  • Moruzzi, Jean-François et Emmanuel Boulaert (1988), Iparretarrak. Séparatisme et terrorisme en Pays basque français, Paris, Plon.
  • Turbiville, Graham H. (2004), « ETA Terrorism, the Americas, and International Linkages », Crime and Justice International, July/August, pp. 4-10.
  • Shabad, Goldie et Francisco José Llera Ramo (1995), « Political Violence in a Democratic State: Basque Terrorism in Spain » dans Martha Crenshaw (ed.), Terrorism in Context, University Park: The Pennsylvania State University, pp. 410-469.
  • Schmid, Alex et Albert Jongman (1988), Political Terrorism : A New Guide to Actors, Authors, Concepts, Data Bases, Theories and Literature, New York, Transaction, « Theories », pp. 61-135.
  • Hermant, Daniel (1992), Le terrorisme en Europe à l'horizon 92, Rapport réalisé pour le compte de l'Institut des Hautes Études de la Sécurité Intérieure, Juin 1992, 65 pages.
 
     
   
 
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