Les sectes nuisibles,
un terrain propice au développement de pratiques terroristes ?
 
   
 
Fabrice Eeckhoudl
2005
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
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Introduction

Si aujourd'hui on dénonce de plus en plus la violence commise dans les sectes nuisibles vis-à-vis de leurs adeptes, il est très peu fréquent que cette violence soit dirigée vers des personnes ne faisant pas partie de la secte. Ces violences ont pourtant eu lieu en quelques occasions. Si ces cas sont marginaux compte tenu des innombrables groupes sectaires existant aujourd'hui, ils ont fortement marqué les esprits. Le cas de la secte japonaise Aum en est une des plus récente illustration, ou encore les Davidiens et le drame de Waco.
    
Devons-nous voir ces cas comme des « dérapages » uniques ou comme un échantillon des futurs procédés des sectes nuisibles ? Autrement-dit, devons-nous craindre de voir les sectes nuisibles que nous connaissons pour les actes préjudiciables commis à l'égard de leurs adeptes, évoluer pour devenir des sectes posant des actes terroristes ?
    
Dans le cadre de cet article, nous proposons d'expliquer en quoi l'embrigadement et la dynamique sectaire sont susceptibles d'amener les adeptes de sectes nuisibles à commettre des actes de violence contre l'extérieur ou des actes terroristes, mais aussi pourquoi cela n'arrive que très rarement. A cette fin, nous dresserons d'abord un tableau des méthodes utilisées au sein des sectes nuisibles pour asseoir la domination du gourou ou des membres dirigeants sur les adeptes et en faire des sujets « manipulables », capables du pire. Nous examinerons ensuite d'autres éléments pouvant conduire à cette violence contre l'extérieur et qui pourraient rendre possible la commission d'actes terroristes. Quelques cas seront exposés brièvement et des conclusions seront tirées quant aux risques et aux entraves.

 
     
 

Contenu

A. Des notions difficilement définissables
B. La dynamique sectaire et ses conséquences sur les adeptes
C. Éléments favorables à la commission par des adeptes de sectes d’actes de violence dirigés contre l’extérieur

 
     
 

Conclusions quant à la probabilité que des adeptes de sectes nuisibles
aient recours à des méthodes terroristes

Nous avons vu que l'appartenance sectaire, avec les caractéristiques exposées ici, est susceptible de produire des individus soumis au gourou et à la doctrine, et donc totalement manipulables. Les méthodes utilisées par les sectes nuisibles pour assouvir leurs adeptes permettent de mieux comprendre les gestes inconsidérés qui peuvent être commis par des adeptes de ces groupes et le fanatisme parfois affiché.
     Nous avons également identifié une série d'éléments, inhérents au fonctionnement sectaire et à l'orientation idéologique, qui sont favorables à la commission par des adeptes de sectes d'actes de violence dirigés contre l'extérieur. Et nous avons relevé les types de sectes les plus potentiellement problématiques. Enfin, nous avons montré que si des sectes voulaient se livrer à des actes terroristes, elles en auraient souvent les moyens pratiques.
     Pourquoi, alors que des pratiques violentes sont trouvées à l'intérieur des sectes nuisibles, pouvant aller dans des cas rares jusqu'à des suicides collectifs ou des « meurtres internes », ne trouve-t-on pas davantage de violence dirigée contre l'extérieur et plus spécifiquement, des actes pouvant être qualifiés de terroristes, hormis le cas « Aum » ?
     
En définitive, il semblerait que cela relève en grande partie des véritables motivations du ou des gourous. Selon Jean-Marie Abgrall (2002 :74), on peut diviser les gourous en quatre groupes. Ainsi, on trouve des maîtres à penser au sens noble du terme. Toutefois, cela n'exclut pas des dérapages idéologiques et comportementaux. Ensuite on trouve des escrocs qui savent exploiter la crédulité humaine en proposant des produits « marketisés ». Il existe aussi des malades mentaux, le plus souvent paranoïaques, délirants et hallucinés (névrosés hystériques majeurs ou mystiques interprétatifs). Enfin, on trouve des intermédiaires entre les trois types précités, c'est-à-dire des personnes qui sont passés d'une vision personnelle sincère à une perception pathologique du réel. Ou bien à une utilisation volontaire de la connaissance acquise dans un but lucratif.
     En ce qui concerne la probabilité de commission d'actes terroristes, on a certainement moins à craindre des escrocs que des malades mentaux ou de gourous sincères mais aux idées destructrices.
     
Heureux paradoxe, parmi les sectes nuisibles, celles qui nous intéressent ici, les motivations sont souvent économiques, la doctrine contribuant à aveugler les adeptes et à légitimer d'autres activités. Dans ces sectes là, le groupe doit offrir une bonne image au public. L'approche se fait par la séduction et nous ne pensons pas que l'explosion de bombes ou des meurtres d'envergure s'intègrent dans le « bombardement d'amour ».
     Certaines sectes ont manifesté des ambitions politiques, par exemple la méditation transcendantale qui a crée le « Parti humaniste » et le « Parti de la loi naturelle » où « Aum » comme nous l'avons vu. Toutefois, ces pratiques restent des cas rares.

 
     
 

Références

  • Abgrall, J.-M. (2002), La mécanique  des sectes, Paris, Payot.
  • Aubry, P. (2001), Les sectes. Aspects criminologiques, Genève, L'Harmattan.
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  • Bouderlique, M (1995), Comprendre l'action des sectes, Lyon, L'essentiel.
  • Campbell (J.K.), « La secte japonaise Aum Shinrikyo ».
  • Campos, E. (2000), Sectes et millénarisme. Dérives suicidaires et meurtrières.
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  • Fischetti, A. « Charlie saute sur les sectes », dans Charlie Hebdo hors-série
  • Fournier, A. et Monroy, M. (1999), La dérive sectaire, Paris, P.U.F.
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  • Gayraud, J.-F. (1988), « Définir le terrorisme : Est-ce possible, est-ce souhaitable ? », dans Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, XLI (2).
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  • Vernette, J. (1997), « Les sectes », Que sais-je ?, Paris, PUF.
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