Les sectes nuisibles, un terrain propice au développement de pratiques terroristes ?
 
     
 

Des notions difficilement définissables

 
     
 

Pour qu'une recherche soit pertinente, il est nécessaire de bien circonscrire son objet d'étude. Or, avec des thèmes comme les sectes et le terrorisme, on se retrouve rapidement devant un problème de définition.

Secte

Le terme « secte » renvoit à des acceptations très différentes et il n'est pas aisé de définir la notion sans faire l'objet de suspicions de sympathie pro-sectaire ou au contraire d'intolérance et de négation de la liberté d'opinion et de religion. Pourtant, il est important de mieux circonscrire cette notion.
    
Certains prennent le terme dans son acceptation la plus large, sans forcément y attribuer une connotation négative. En effet, si on se réfère à l'étymologie du terme, le mot secte vient du latin « sequi », qui signifie suivre. Ainsi, font partie d'une secte ceux qui suivent une personne, une doctrine. Il est parfois aussi fait référence au terme « secare », qui signifie couper, séparer. Dans ce sens cela implique qu'un groupe d'individus exerce une coupure avec un groupe de référence. Ce nouvel ensemble de personnes forme un nouveau groupe, libre de toute attache au groupe établi, soit à une église ou à un clergé dominant (Vernette, 1997 : 9). Les définitions des dictionnaires vont aussi dans ce sens.
    
Dans le langage courant, en revanche, le mot secte revêt souvent une connotation hautement péjorative et semble avoir été redéfini à partir du mot « sectaire ». Ainsi, les sectes sont vues généralement comme de petites communautés dangereuses, fermées sur le monde, pratiquant la manipulation, etc. et qu'il faut éviter de fréquenter. La question du public désirant évaluer la dangerosité d'un groupement étant presque toujours : « C'est une secte ou non ? ».
    
Nombreux auteurs définissent les sectes à partir de cette acceptation négative, s'intéressant aux sectes « nuisibles ». Il en va de même dans nombreux rapports gouvernementaux. Ainsi par exemple, Max Bouderlique (1995 : 16) définit aussi le terme « secte » comme

Un groupe totalitaire, qui se sépare de la société, et s'y oppose. Elle est fondée sur des croyances définies une fois pour toutes comme des certitudes rigoureusement intangibles. Elle vit aussi sur un sentiment de persécution. Son enseignement contient toutes les vérités. Les mettre en doute est considéré comme une attaque contre le groupe et le gourou.

La Mission interministérielle française de lutte contre les sectes (MILS) fait aussi référence à la notion de totalitarisme dans la définition qu'elle donne du mot secte. Une secte est : « une association de structure totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux droits de l'homme et à l'équilibre social. »

Le professeur Denaux (Belgique, 1997) pour sa part propose deux définitions de la secte. Ainsi :

Une secte est un groupe composé d'individus qui partagent une conviction philosophique ou religieuse, et qui présente un certain nombre de caractéristiques négatives. Ces caractéristiques concernent les relations d'autorité à l'intérieur du groupe, les techniques visant à contrôler les membres, les abus ou l'exploitation dont sont victimes les membres, les relations du groupe avec le monde extérieur et les campagnes de recrutement ou d'autoprésentation douteuses.

Ou encore : « Une secte est un groupement d'individus qui partagent une conviction philosophique et religieuse et qui propagent ou organisent cette conviction d'une manière telle qu'ils portent fondamentalement atteinte à l'intégrité et à la liberté personnelle de leurs membres »

la Commission parlementaire française d'enquête sur les sectes défini la secte comme

un groupe visant par des manœuvres de déstabilisation psychologiques à obtenir de leurs adeptes une allégeance inconditionnelle, une diminution de l'esprit critique, une rupture avec les références communément admises (éthiques, scientifiques, civiques, éducatives), et entraînant des dangers pour les libertés individuelles, la santé, l'éducation, les institutions démocratiques.

Ces dernières définitions font largement référence à ce qu'on qualifie généralement de « manipulation mentale » et soulignent les atteintes aux libertés.

Dans ce sens, le psychiatre-criminologue Jean-Marie Abgrall (Belgique, 1997). avance la notion de secte coercitive qu'il distingue des autres sectes (non problématiques) ou des religions, avec un critère principal :  c'est la liberté de choix des adeptes et leur capacité de libre arbitre. Ainsi, il défini la secte coercitive en ces termes :

une secte coercitive est une structure de groupe fermée, fondée sur la manipulation mentale, organisée autour d'un maître ( gourou) et d'une idéologie. Elle vise à établir une différence qualitative entre les adhérents de la structure et les non-adhérents, et son but caché ou avoué est l'enrichissement du groupe ou d'une partie de celui-ci. Elle s'établit et se développe par l'exploitation des manipulés par les manipulateurs. Son action sur l'individu est susceptible d'entraîner des désordres physiques ou psychiques, réversibles ou non.

Le terme de secte peut donc renvoyer aussi bien à des groupes qui ne nuisent en rien à leurs membres ou à la société, mais aussi à des groupes extrêmement nuisibles. C'est cette deuxième acceptation qui nous intéresse dans le cadre de cet article dans la mesure où il nous apparaît plus pertinent de s'intéresser aux groupes qui sont déjà problématiques en plusieurs aspects qu'à des groupes inoffensifs.
    
Nous ne voudrions toutefois pas nous enfermer dans une seule définition. Ce qui nous intéresse ici, c'est avant tout les sectes nuisibles, ou dangereuses. Celles qui exercent de la violence, physique ou psychologique à l'encontre de leurs membres, violence souvent aussi difficile à objectiver et dont les membres sont des fidèles inconditionnels.

 
 

Terrorisme

Tenter de définir le terrorisme s'avère aussi difficile que de définir ce qu'est une secte. D'abord, ce terme comporte une grande dimension subjective. Comme le souligne Thierry Hentsch (2003 : 51) , on peut considérer que le terrorisme n'existe indépendamment du discours qui le présente comme un phénomène ubiquitaire inquiétant.
   
A l'instar de Jean-François Gayraud (1988 : 190) , on peut aussi distinguer le terrorisme comme idéologie ou philosophie politique, du terrorisme comme méthodologie, moyen tactique, pratique. La première acceptation apparaît clairement qu'on opère une distinction entre violence légitime et illégitime, par exemple terrorisme par rapport à résistance (pensons aux conflit « israëlo-palestinien »). En revanche, on peut considérer le terrorisme comme une ou un ensemble de méthodes, indépendamment de la légitimité des objectifs. Selon X. Raufer (cité dans Gayraud, 1988 : 193) , dans ce cas, « Le terrorisme devient une méthode d'action neutre politiquement et idéologiquement pouvant être employée par n'importe quel type d'Etat ou d'organisation et ce au service de n'importe quelle cause : une technique n'impliquant aucune idéologie particulière ».
    
Si beaucoup d'auteurs ou gouvernements proposent leurs définitions, aucune ne semble faire consensus. En voici néanmoins deux.
    
Le Centre de recherche sur le terrorisme international défini le terrorisme en ces termes : « Une utilisation illégale de la force contre des personnes ou des propriétés, de l'intimidation ou de la contrainte d'un gouvernement et de la population afin de promouvoir un changement ou un avancement politique, religieux ou social ».
    
Une autre définition, de M.E. David (cité par Gayraud, 1988 : 188) se réfère à l'idée de droit humanitaire en temps de guerre et de paix. Pour lui,

est acte terroriste, tout acte de violence armée, qui, commis dans un but politique, social, philosophique ou religieux viole parmi les prescriptions du droit humanitaire, celles interdisant l'emploi de moyens cruels et barbares, l'attaque des objectifs innocents, ou l'attaque d'objectifs sans intérêt militaire.

Pour finir, une définition du terrorisme (ou du moins des indicateurs) proposée dans le cadre d'un cours sur ce thème à l'université de Montréal :

Le terrorisme pourrait être des actions criminelles réalisées au nom de revendications souvent politiques ou idéologiques, souvent dans un but de changement politique ou organisationnel. Ces actes peuvent être perpétrés pour déstabiliser le pouvoir en place, changer les idées (les buts peuvent différer), au moyen d'actes imprévisibles souvent dirigés contre des civils ou des non-combattants.

D'autres éléments peuvent être aussi l'extrême violence des actes posés, l'aspect de dernier recourt pour se faire entendre, la volonté de poser des actes d'ampleur et qu'on en face la publicité (susciter la terreur et faire passer un message), la caractère organisé du phénomène. Dans le cadre de cet article, nous nous intéresserons davantage au terrorisme comme méthode.

 
     
     
   
2002-2008, ERTA