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Les évènements
présentés ci-dessous sont ceux auxquels Grant Bristow a participé d'une quelconque façon en tant qu'agent du SCRS et qui, de par
leur nature douteuse, contreviennent aux directives données
par le Solliciteur général concernant l'infiltration
de groupes sous surveillance. Il est important de noter à quel point les versions de ce qui s'est véritablement produit divergent selon le point de vue des acteurs impliqués.
La
campagne d'harcèlement téléphonique « IT »
Dans
la directive donnée par le Solliciteur général
au SCRS, il est clairement mentionné qu'un agent ne doit en
aucun cas agir en tant qu'agent de provocation ou inciter un tiers à commettre
de tels actes. Parmi les éléments qui sont reprochés à Grant
Bristow, la campagne d'harcèlement téléphonique,
nommé « IT » est probablement celui qui est le plus clairement contraire à cette directive.
La
campagne « IT » débute à la fin
de l'année 1992 et se poursuit jusqu'au mois de novembre 1993.
Le but principal visé par cette campagne est d'appeler sans
cesse la cible (un membre de l'Anti-Racist Action [ARA] ou
un membre de la communauté juive) pour rendre sa vie totalement
insupportable, et ce tant que cette dernière ne cèdera
pas en dévoilant le numéro d'un autre membre de l'ARA.
Dès lors, la cible est délaissée au profit de
l'autre. Il n'y avait toujours qu'une seule cible à la fois.
Pour parvenir à faire craquer l'individu, les membres du Front était à ce
point incessants que :
[…]
la vie de la victime devenait un enfer. Plus précisément,
elle se le faisait rappeler 24 heures sur 24. Elle ne pouvait plus
ni manger ni dormir en paix. Elle recevait des appels chez elle,
au bureau, sans arrêt. Le but était de lui rendre la
vie insupportable, de la faire renvoyer de son travail, de faire
en sorte qu'elle ait peur de son ombre, jusqu'à ce qu'elle
ait le sentiment qu'elle n'était jamais seule, même
pour une seconde, qu'elle était constamment surveillée
(Elisse Hategan, citée dans CSARS, 1994).
En
bref, la campagne « IT » visait clairement à terroriser la victime. Cependant,
ce qui nous questionne dans ce cas-ci n'est pas tant l'immoralité des
actes commis, mais davantage le rôle que Grant Bristow
y a tenu. En effet, dans ce dossier-ci, deux versions de l'implication
de Bristow s'affrontent. D'une
part, selon la version officielle, le rôle qu'a joué Bristow
au sein de cette campagne n'est que minime, voire accessoire. Selon
ce qui ressort du rapport du CSARS, Bristow aurait même évité aux
victimes d'être réellement soumises à des menaces
de sévices corporels, en changeant le message initial qui devait être
formulé selon les conseils de Droege. Toujours selon les données
du rapport de CSARS, Bristow aurait avisé les membres du Front
associés à la campagne d'éviter de transgresser
la loi, d'arrêter d'appeler les gens lorsque ceux-ci leur reprochaient
de les harceler. Il se serait même opposé à Droege
lorsque ce denier aurait désiré faire appel à d'autres
membres, et ce dans le but de maîtriser la situation pour qu'elle
soit la moins menaçante possible pour les cibles. Enfin, selon
Bristow lui-même, son rôle au sein de la campagne en était
un de contrôle au point où il n'aurait presque jamais
fait d'appel (il dit n'en avoir fait que deux et que ceux-ci n'étaient
pas menaçants).
Cependant,
telle n'est pas la version qui provient d'anciens membres du HF qui
ont eux-mêmes pris part à la campagne. Parmi les opposants
à la version officielle, l'ancien membre Elisse Hategan en est une
des plus actives. En effet, cette dernière a décidé de
quitter l'organisation après deux ans d'implication. Elle offre
son témoignage au
Sous-comité sur la sécurité nationale et incrimine
fortement Grant Bristow, le désignant comme étant « à la
fois l'entraîneur et le cerveau de cette campagne ».
Elle dit avoir à plusieurs reprises fournit à Bristow
des renseignements en lien avec ceux qu'il nommait « les
ennemis de la liberté », contrairement à ce
que Bristow prétend. Hategan soutient également que ce
dernier aurait personnellement expliqué aux membres chargés
de faire les appels comment harceler la cible de manière efficace
et qu'il aurait activement participé à la campagne. Cette
dernière accusation est également supportée par
Barker, qui affirme avoir été présent lorsque
Bristow communiquait avec les cibles et « leur faisait le
grand numéro, de A à Z » (CASIS,
1994). Bristow aurait également été celui qui
aurait donné l'ordre aux membres d'augmenter la fréquence
des appels lorsque ceux-ci croyaient que la victime était sur
le point de craquer. Enfin, selon le témoignage de Hategan,
le but premier visé par la campagne était, contrairement à ce
qui est dit dans les rapports, de faire congédier les victimes
de leur emploi ainsi que de menacer leur sécurité personnelle.
Outre
le harcèlement téléphonique, Hategan accuse Bristow
d'être à l'origine de pamphlets haineux de la série Animal
Life Series, dans lesquels certains militants anti-racistes étaient
comparés à des animaux. De plus, ces pamphlets contenaient
les numéros de téléphones ainsi que les adresses
de certains membres de l'ARA. Bristow aurait également confié à Hategan
la création de dossiers portant sur certains groupes cibles,
tel la Irish Freedom Association.
Infiltration
du Parti réformiste
Les activités de Grant Bristow au sein du Parti réformiste (désormais intégré au Parti conservateur)
ont également provoqué bien des questionnements et critiques. Plusieurs voyant là une intrusion du SCRS
dans une organisation qui ne représentait pas une menace pour
la sécurité du pays, pourtant un des pré-requis
de son mandat. Bien que l'implication
du HF à l'intérieur du Parti réformiste fût
plus importante, seuls les évènements impliquant Bristow
seront présentés. Lorse que les membres de la direction du Parti réformiste apprit que Bristow avait entretenu des liens
avec le Parti progressite-conservateur dans le passé,
ils crurent à une tentative d'infiltration de la part du parti adverse et demandèrent donc qu'une enquête approfondie
soit faite (CSARS, 1994). Les liens qui ont uni Bristow et le
Parti progressite-conservateur, qui remontent à 1984, furent jugés
insignifiants par les commissaires du CSARS.
L'affaire débute au mois de juin 91, alors qu'on créé l'équipe qui assurera la sécurité de
Preston Manning lors de ses déplacements en Ontario. À la tête de l'équipe se trouve Alan Overfield,
partisan de l'idéal de la suprématie blanche. Ce dernier
demande à Droege de lui fournir quelques membres qui pourraient
s'acquitter de la sécurité de l'assemblée du Parti.
Parmi les membres suggérés se retrouve Grant Bristow.
Bien que ce dernier dit avoir fait part à Droege de ces inquiétudes
quant à cette implication politique pour le HF, il accepte de
collaborer. C'est ainsi qu'au cours de quatre réunions du Parti
(10/06/91, 12/06/91, 09/07/91, 22/01/92), Bristow agit en tant
qu'agent de sécurité (bénévolement), à deux
reprises assurant la sécurité personnelle
du chef politique. À ces deux occasions Bristow nie avoir pu
entendre des informations privilégiès.
Il
semblerait que l'implication de Bristow au Parti réformiste ne s'arrête
pas à la sécurité. En effet, selon certains, il
aurait été un agent actif de recrutement de nouveaux
membres. Il semblerait que ce dernier
ait à maintes reprises sollicité les jeunes skinheads
sympathisants du HF et qu'il ait dans bien des cas payé leurs frais
d'adhésion. Le rapport du CSARS conclue que « […]
Bristow faisait sans cesse du recrutement pour le Parti réformiste
parmi les jeunes camarades (skinheads), ce qui amenait ce dernier
[Overfield] à se disputer avec lui après les
réunions » (il
est à noter que le principal intéressé nie cette
affirmation avec véhémence).
Comment peut-on expliquer que le SCRS ait autorisé un agent à s'impliquer autant auprès d'un parti politique,
et ce malgré les difficultés éthiques évidentes ? Le Service
fût informé dès le début de l'implication de Bristow
au niveau de l'équipe de sécurité du Parti. Néanmoins,
il faudra attendre deux mois avant que le SCRS informe son agent de
la marche à suivre, essentiellement de mettre fin à son affiliation
avec le Parti. Il semble cependant que la directive était d'une
telle imprécision que Bristow, ainsi que son contrôleur,
n'ont pas compris que les liens avec le service de sécurité du parti devaient être
rompus eux aussi. C'est ainsi que Bristow assura de nouveau la sécurité de
Manning au début de l'hiver 1992. La lenteur de la réaction
du Service ainsi que le flou de la directive furent reprochés
par le CSARS dans son rapport annuel de 1994-95.
Par ailleurs, le
SCRS n'a jamais informé le Parti de l'infiltration dont il était
victime. Cette question est d'autant plus pertinente lorsque l'on sait
que le Service était informé des visées qu'entretenaient
tant Overfield que Droege pour l'avenir du Parti. Par exemple, Overfield
avait comme aspiration de prendre « possession » de
douze circonscriptions au nom du Parti pour ensuite amener ce dernier à adopter
des politiques favorisant la suprématie de la race blanche.
Droege, au contraire, voulait discréditer le Parti réformiste avant les élections
pour que le Heritage Front puisse par la suite le remplacer avec son propre
mouvement, qui serait davantage à droite. Lorsque le Comité de
surveillance interrogea les responsables du SCRS sur les raisons d'un tel mutisme,
ceux-ci se défendèrent en affirmant qu'il était nécessaire
de garder la Bristow au sein du Parti réformiste pour continuer à surveiller les actes de Droege et que la raison principale expliquant pourquoi ni le Parti, ni le Solliciteur
général n'avaient été informés était que le SCRS était engagé à l'époque dans un processus de changement
de directeur. Les cadres intérimaires n'ont pas cru pertinent d'informer rapidement
le nouveau directeur de ces faits, alors que lui seul est considéré apte à juger
de la pertinence et du sérieux de telles situations.
Enfin,
bien que Bristow n'ait pas joué un rôle crucial au sein
du Parti réformiste, la légitimité du SCRS de
maintenir un agent dans ces fonctions donne à réfléchir.
Certes, on demandait à Bristow d'infiltrer le Heritage Front
en tant qu'organisation d'extrême-droite, mais on reproche tout de même au Service de n'être pas intervenu plus rapidement et d'avoir donné des directives beaucoup trop vagues au sujet du mandat de son agent.
L'arrestation
de Sean Maguire
Le
20 novembre 1991, une opération policière armée
intercepte le véhicule de Grant Bristow. À l'intérieur
se trouve l'un des tenants les plus notoires de la suprématie
blanche (reconnu pour ses actes de violence à caractère
politique) soit Sean Maguire. Ce dernier est arrêté puis
renvoyé aux États-unis suite à une interdiction
de séjour au Canada qui sévissait à son égard.
On retrouve également des armes à feu (une carabine semi-automatique
et un fusil de calibre 12) dans le coffre de la voiture :
celles-ci sont la propriété de Bristow. On amène
les deux individus au poste de police. Bien que cet évènement
ne soit pas en tant que tel des plus exceptionnels, il lève
le voile sur un certains nombres d'illégalités, ou du
moins d'actes douteux commis par un agent du SCRS.
Parmi
les actes qui sont reprochés à Bristow, celui de l'hébergement
de Maguire les jours précédents son arrestation laisse
perplexe. Il semblerait que le SCRS ait été au courant
que l'un de ses agents abritait illégalement un individu à qui
la visite au pays était interdite et qu'il n'ait rien
fait pour corriger la situation. Il s'agit là, selon le rapport
du Comité permanent
de la justice et des questions juridiques, d'un geste de la part du
Service « […]
qui enfreignait à la fois les instructions de la directive
ministérielle — que les sources humaines ne doivent pas se
livrer à des activités illégales — et à l'alinéa
94 (1)m) de la Loi sur l'immigration, qui interdit d'aider ou d'encourager,
en connaissance de cause, une personne à enfreindre la Loi ».
Cet
incident amena également le SCRS à intervenir auprès des policiers locaux pour éviter que des
accusations de possession d'armes dangereuses ainsi que
de négligence dans l'entreposage d'armes à feu soient
portées contre Bristow. Selon un ancien agent de l'immigration
qui était présent au poste de police, un agent du SCRS
serait intervenu en faveur de Bristow pour empêcher que des accusations
soient portées contre lui. Cependant, la version officielle
du Service et la police de Toronto est différente :
si aucune accusation n'a été portée contre Bristow
c'est uniquement parce que ce dernier n'a commis rien d'illégal,
les armes étant en règle. Quoi qu'il en soit, il semble indiscutable que le SCRS a fermé les yeux sur certaines
actions illégales et que Bristow, en connaissance de cause, à donné refuge à un extrémiste de droite illégalement entré au
Canada.
Recherche
d'informations auprès des mouvements juifs
Bien
qu'il ne soit pas illégal d'agir sous un nom fictif (tant qu'il
ne s'agisse pas d'une supposition de personne), l'intérêt
réel qu'avait Bristow de se présenter sous le nom de Trevor
Graham est discutable. À plusieurs reprises, ce dernier
a ainsi contacté des membres d'associations juives dans le but de
recueillir des informations quant aux données que ceux-ci avaient
des organisations racistes ainsi que leurs membres.
Au
mois de mai 1993, Bristow assiste à une manifestation juive
devant les bureaux du Procureur général de l'Ontario à Toronto.
Il fait alors la rencontre de la présidente du Jewish Students'
Network (JNW) à qui il se présente comme étant
un journaliste du Ottawa Citizen du nom de Trevor Graham.
Il reçoit alors, comme tous les membres des médias, une
carte d'affaire de la présidente. Quelques jours plus tard,
Bristow communique avec cette dernière dans le but de recueillir
des informations par rapport à « l'organisation du groupe
et il a cherché à obtenir les noms des étudiants
qui y travaillaient. Elle avait trouvé que ces questions étaient
déplacées » (CSARS, 1994). Elle refusa donc de lui fournir
quelque renseignement que ce soit. Bristow dit alors avoir informé Droege
qu'il croyait que la présidente avait des doutes quant à son
identité. Lors de son entrevue avec le CSARS, Bristow indique
avoir délibérément tenté de rendre méfiante
son interlocutrice, en lui parlant en de bons termes de Droege, pour
que celle-ci ne lui transmette aucune information.
Un
deuxième évènement est en lien avec la plainte
que déposa l'auteur Warren Kinsella à la police par rapport
au fait que Grant Bristow, ou plutôt Trevor Graham, tentait de
recueillir des informations auprès des groupes juifs en se faisant
passer pour un collaborateur de l'auteur. « Il se renseignait sur
ce que l'organisation savait sur les skinheads et sur les mouvements
en faveur de la suprématie blanche. Bristow aurait aussi demandé à avoir
accès à leurs dossiers » (CSARS, 1994). La police ne donna cependant
pas de suite à la plainte, jugeant aucune infraction n'avait été commise
puisque Trevor Graham n'existait pas réellement, donc il n'y
avait pas de supposition de personne. Bien qu'aucun acte criminellement répréhensible aux yeux
de la loi n'ait été commis, la participation de Bristow à cette
cueillette d'informations pour le profit du HF est controversée. Il est évident,
dans ce cas-ci, que l'agent du SCRS travaillait pour le compte de
l'organisation néo-nazie et non pas pour le Service lorsqu'il tentait
d'obtenir ces renseignements. Il est alors raisonnable de se questionner
sur les raisons pour lesquelles le SCRS n'a pas réagit à cette
situation puisque encore ici, son agent jouait un
rôle actif au sein du Heritage Front.
Recrutement et Soutien financier de Bristow au HF
Selon
la directive ministérielle donnée par le Solliciteur
général au SCRS, un agent ne doit en aucun cas agir
de manière à jeter un discrédit sur le gouvernement.
De plus, il ne doit pas favoriser l'expansion de l'organisation qu'il
infiltre. Or, il semble clair que ces directives n'ont pas été respectées. Selon certaines sources (Droege & Overfield),
le rôle de Bristow en tant qu'agent de développement actif
de l'organisation avait été assez important, puisqu'il aurait à plusieurs
reprises participé au recrutement de nouveaux membres. Reste à savoir pourquoi et comment l'association entre le SCRS et Bristow
a pu continuer malgré que ce dernier ait à plusieurs
reprises transgressé les directives de son mandat, ce qui aurait
dû automatiquement mettre fin à cette alliance.
Le rapport du CSARS aborde également la question du soutien financier qu'aurait apporté Bristow au HF, concluant que ce dernier n'aurait eu qu'un impact minime dans le
financement du groupe. Les raisons appuyant cette allégation
sont, entre autres, le faible revenu de Bristow (35 000$-40 000$/an)
qui devait s'acquitter de plusieurs termes personnels. De plus, le
SCRS aurait seulement versé à Bristow, sur une période
de sept années, un salaire totalisant plus ou moins 79 000$.
Tout cela amène le CSARS à croire que la source n'aurait
pu verser des sommes importantes à l'organisation et ce en raison
de son revenu moyen. Bien que Bristow ait à quelques reprises
faites de petits dons ou encore payé des repas rien ne laisse entrevoir
que son rôle ait été majeur sur le plan économique.
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