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Gangs de rue tamouls et terrorisme :
une affiliation possible? |
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Julia Massignani-Bourgault
2006
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
Pour tout commentaire contactez ERTA |
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Introduction
Le phénomène des gangs de rue ne cesse de prendre de l’ampleur depuis son émergence à la fin de la seconde guerre mondiale, si bien qu’il représente aujourd’hui une menace à la sécurité de la société. Cette évolution s’est traduite notamment par l’augmentation du taux d’affiliation à un gang, par la multiplication du nombre de gangs, par la diversité des leurs activités, par l’utilisation systématique de la violence ainsi que par la tangente inter-ethnique dont ces gangs se sont pourvus. Le caractère ethnique des gangs de rue et la menace que ce phénomène représente permet d’envisager un parallèle entre ce phénomène et celui du terrorisme, et de se demander si ces deux types d’organisations pourraient d’une quelconque façon s’allier afin de servir une cause. Il semblerait exister un cas au Canada, où un gang de rue serait « affilié » à un groupe terroriste. En fait, la région de Toronto sert depuis le début des années 1990 de lieu d’expression du conflit entre deux gangs de rue tamouls qu’on dit reliés à des organisations au Sri Lanka luttant pour la libération de l’Eelam tamoul et revendiquant la création d’un état indépendant pour la minorité tamoule du Sri Lanka. Une des ces deux organisations sri lankaises serait l’organisation terroriste des Tigres Libérateurs de l’Eelam tamoul (TLET). Le conflit entre deux gangs de rue tamouls de la région de Toronto serait ainsi de près ou de loin, relié aux TLET.
La question des liens existant entre les groupes terroristes et les gangs de rue trouve sa pertinence dans le fait que les organisations terroristes pourraient se servir d’une cause ethnique pour regrouper des partisans de cette cause et former un réseau qui permettrait de financer leurs activités terroristes.
Dans ce travail, nous présenterons d’abord les concepts de terrorisme, crime organisé et gang de rue, afin d’en saisir les différences. Nous tenterons ensuite de situer les gangs de rue tamouls de la région de Toronto, les VVT et les AK Kannon, à travers ces concepts et finalement, nous présenterons la théorie de Miller en vérifiant son application sur les gangs de rue tamouls de Toronto et sur le terrorisme. |
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PARTIE 1 : Terrorisme, crime organisé, gangs de rue et relations possibles
Terrorisme
Selon Hoffman, le terrorisme se définirait comme « … ineluctably political in aims and motives; it is violent or at least threatens violence; it is designed to have far-reaching psychological repercussions beyond the immediate victim or target; and it is conducted by an organization or conspiratorial cell structure and perpetrated by a subnational group or non-state entity ».
Selon Makarenko, le terrorisme inclurait 5 caractéristiques :
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“Terrorism
is the conduct of premeditated violent acts or the threat of violence
that is perpetrated by members of an organised group.
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Terrorism is designed to create fear among an identified enemy or within a specific segment of society. Fear is the intended result of terrorism, not a by-product.
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Terrorism is used to achieve a predetermined political objective, normally an attempt to influence political behaviour.
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Because terrorism is political in nature it is often discretionary, therefore terrorists will often choose their targets carefully
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Although
the ultimate goal of terrorism may be to destroy their opposition,
most forms of terrorism are primarily concerned with breaking
their enemies’ will, and thus forcing their enemy to submit
to a set of demands.”
Dans la littérature sur le terrorisme, on remarque que malgré l’absence de définition stricte du terrorisme, il existe une certaine convergence des concepts le constituant : violence, motivation politique, effet au-delà des victimes immédiates, notions de préméditation et d’organisation. Les auteurs présentent ensuite, comme le fait Makarenko, des degrés de raffinement selon les besoins de leurs angles d’observation.
Crime organisé
Selon la définition du code criminel (art.27), une organisation criminelle est un groupe, quel qu’en soit le mode d’organisation,
1) Composé d’au moins trois personnes se trouvant au Canada ou à l’étranger
2) Dont un des objets principaux ou une des activités principales est de commettre ou de faciliter une ou plusieurs infractions graves, qui, si elles étaient commises, pourraient lui procurer, -ou procurer à une personne qui en fait partie-, directement ou indirectement, un avantage matériel, notamment financier.
Au niveau mondial, un « groupe criminel criminalisé » désigne un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves pour en tirer, directement ou indirectement un avantage financier ou un autre avantage matériel.
Gang de rue :
La littérature présente la définition d’un gang de rue selon une géométrie variable, selon les perspectives de recherches des auteurs. La définition d’un gang de rue varie notamment dans le temps et dans l’espace et les critères d’inclusion sont appelés à changer selon la définition. Certaines définitions considèrent un gang comme étant différent d’un gang de rue, un gang répondant à une définition plus large, où on y retrouverait trois types de gangs, dont les gangs de rue. Ainsi, selon Gordon, il y aurait trois types de gangs : les organisations criminelles, les gangs de rue et les groupes d’allégeance. Les organisations criminelles sont des gangs ayant une structure précise et un haut degré de complexité. Les gangs de rue sont des groupes semi-structurés de jeunes et de jeunes adultes qui se livrent à des activités criminelles planifiées et payantes et à de la violence contre des gangs ennemis. Finalement, les groupes d’allégeance sont des groupes non structurés de jeunes qui ont des activités sociales spontanées et qui se livrent à des actes criminels impulsifs, notamment à des actes de violence collective contre d’autres groupes de jeunes. Aussi, à l’intérieur même d’une définition d’un gang de rue, certains auteurs divisent les gangs de rue en trois niveaux selon les activités du gang et l’implication de ses membres. Selon Manwaring, on retrouverait trois niveaux de gangs de rue. Le premier, « turf gang » serait le niveau qui s’intéresserait seulement à contrôler le territoire et où les activités narcotiques seraient limitées. C’est à ce niveau que se produiraient la majorité des « drive by shootings » et les règlements de compte reliés au monopole du territoire. Le deuxième niveau, serait plus organisé et davantage investi dans le trafic de drogues et d’armes à feu. Les homicides à ce niveau seraient plus planifiés, ciblés. Le troisième niveau, serait d’ampleur internationale, avec d’importantes capacités organisationnelles et une réelle coordination. Des activités terroristes et du trafic de drogue international ont lieu dans ce type de gang. La définition de Manwaring diffère des autres définitions puisqu’elle inclut les activités terroristes dans le répertoire d’activités des gangs de rue.
Dépendant des définitions, les phénomènes de gangs de rue et de crime organisé sont considérés comme étant mutuellement exclusifs. Selon le Service Correctionnel du Canada (SCC), qui ne considère pas les gangs de rue et le crime organisé comme étant mutuellement exclusifs, ces deux phénomènes se distinguent par le degré de sophistication de l’activité criminelle. Selon Fredette (2005), les gangs de rue ont un leadership collégial et connaissent un renouvellement constant de leurs effectifs tandis que le crime organisé est formé d’un regroupement stable d’adultes soumis à une structure pyramidale.
La définition d’un gang de rue criminel selon la Federation of Canadian Municipalities (1994), présente les caractéristiques suivantes : très organisé, structure de leadership, engagement systématique dans la violence, le crime dans un objectif de profit est une activité de première importance.
Selon le Centre Jeunesse de Montréal, les gangs de rue se répartissent sur trois niveaux. Le noyau dur, constitué des leaders, les plus criminalisés et qui influencent le gang; le noyau mou, qui constitue la périphérie formée de jeunes plus influençables qui se situent à la fois dans le gang et à l’école et qui sont sujets à des problèmes de comportement et d’intégration scolaire; et les wannabe qui tournent autour du gang et qui voudraient y participer sans toutefois avoir la possibilité d’y entrer (Jeunesse et gangs de rue, Centre Jeunesse de Montréal).
Selon le SPVM, les gangs de rue seraient : un regroupement plus ou moins structuré d’adolescents ou de jeunes adultes qui privilégient la force de l’intimidation du groupe et la violence pour accomplir des actes criminels dans le but d’obtenir du pouvoir et de la reconnaissance et /ou de contrôler des sphères d’activités lucratives. Cette définition regroupe à la fois les membres appartenant à différents niveaux du gang et également les types de gangs selon leur degré d’organisation, les activités des gangs majeurs étant davantage structurées et orientées vers les profits, et leur niveau de criminalité, leadership, organisation et de violence étant plus élevés que les gangs émergents.
Des liens logiques semblent possibles entre les intérêts, les mobiles et les ressources des groupes terroristes, des gangs de rue et des groupes du crime organisé pour maximiser l’atteinte de leurs objectifs particuliers. Par exemple, des gangs de rue de puissance inférieure peuvent obtenir une « protection » de groupes du crime organisé pour assurer leur sécurité dans une région ou dans un segment de l’activité criminelle. Inversement, le crime organisé peut recourir à des gangs comme pépinière de ressources humaines ou comme sous-contractant pour des tâches répétitives ou nécessitant une main d’œuvre particulière (jeune ou sans dossier judiciaire). Les groupes terroristes peuvent recourir aux gangs de rue pour les mêmes motifs et les membres de ceux-ci peuvent accepter de réaliser des actions par intériorisation d’une cause (la notion de « sens » donnée à l’action) ou à cause du caractère glamour de l’action terroriste ou tout simplement en échange d’autres services (fourniture d’armes, de documents, de caches, etc.). Cette coopération a aussi ses limites : par exemple, chaque groupe vit grâce au secret et l’on craint de voir des alliés moins sûrs les divulguer à la police ou se faire infiltrer; chaque groupe a aussi ses modes d’action préférés et un groupe terroriste peut souhaiter que ses alliés ne pratiquent pas certaines actions qui réduiraient l’appui à la cause soutenue (ex. viols, torture).
Voici que dans la région de Toronto, l’expression du conflit entre deux gangs de rue tamouls met en lumière un lien possible avec le conflit au Sri Lanka et avec l’organisation terroriste des TLET. Voyons si tel est le cas. |
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PARTIE
2 : Le cas des gangs de rue tamouls de la région de Toronto
Les VVT et les AK Kannan sont deux gangs de rue rivaux qui
se livrent un conflit dans les rues de la région de Toronto, principalement pour
le trafic de drogue. Ces gangs sont composés d'un amalgame entre des membres âgés dans la trentaine, qui ont pour la plupart reçu
une formation militaire au Sri Lanka, et des membres plus jeunes, situés dans l'adolescence. La rivalité entre
les VVT et les AK Kannan trouve son explication dans la lutte entre les deux
organisations sri lankaises que chacun des deux gangs de Toronto appuie. En fait, les TLET et le PLOTE veulent tous deux
la création d'un état indépendant pour la minorité tamoule du Sri Lanka, mais le PLOTE agirait aux côtés du gouvernement sri lankais
pour contrer les TLET. Les VVT
supportent les TLET, alors que les AK Kannon supportent le PLOTE. Selon un rapport de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) (2000), les gangs de rue tamouls de Toronto (VVT)
achemineraient des fonds aux TLET du Sri Lanka.
Selon ce rapport, les membres des TLET qui sont présents au Canada (et
dont certains sont à la tête des gangs de rue) se tourneraient vers les gangs de
rue pour que ceux-ci ramassent des fonds par l'intimidation auprès de la communauté tamoul.
Selon Bell, le gang de rue des VVT ferait pression sur la communauté tamoule en allant jusqu'à faire du porte à
porte pour le financement des activités des Tigres au Sri Lanka. Selon le Service canadien du renseignement de
sécurité (SCRS), deux millions de dollars seraient recueillis annuellement au
Canada pour financer leur effort de guerre.
Afin de saisir les conflits qui animent les deux gangs de rue
tamouls, nous devons dans un premier temps jeter un coup d'oil au conflit au Sri Lanka. Il s'agira de présenter les principales
organisations sri lankaises paries à
ce conflit, en mettant en évidence les raisons qui ont mené à l'émergence de deux
organisations adverses mais luttant pour la même cause (TLET) et (PLOTE). Nous ferons état de la situation
migratoire à Toronto provoquée par ce conflit et finalement, nous décrirons l'existence de gangs torontois reliés au conflit du Sri Lanka. Nous
ne reprendrons pas ici l'historique du conflit
au Sri Lanka nous nous limiterons plutôt à la situation du Sri Lanka depuis le début
officiel du conflit armé contre le gouvernement sri lankais.
2.1 Brève présentation du conflit armé au Sri Lanka
Depuis 1983, les deux groupes ethniques composant le Sri
Lanka, soit les Cinghalais, composant 75% de la population, et les Tamouls,
minoritaires, se livrent un conflit armé.
Ces deux groupes ont une langue et religion différente. Présenté de façon grossière, le conflit entre
les deux groupes ethniques du Sri Lanka s'explique par l'application de mesures favorisant clairement la majorité cinghalaise qui provoquera
des tensions entre les deux groupes ethniques.
En bref, la minorité tamoule avait vu ses droits fondamentaux disparaître
au profit de l'application de mesures comme par exemple, l'adoption du cinghalais
comme langue officielle du Sri Lanka, et du
bouddhisme, comme religion officielle. Par
les conséquences découlant de l'adoption de
lois opprimant la minorité tamoule, ce peuple s'est vu pratiquement exclu de la vie politique et de l'accès à l'éducation. Cette situation
défavorable aux tamouls engendre la revendication d'un État indépendant dans le nord et l'est du pays, pays
fictif qui prendra le nom de l'Eelam tamoul. Cet objectif de
création d'un État indépendant mène à la création par Velupillai Prabhakaran d'une organisation s'alignant contre le gouvernement sri lankais, qui portera le nom des Tigres libérateurs
de l'Eelam
tamoul. Les tensions entre les deux groupes se poursuivent et donnent lieu à des
émeutes et même des assassinats contre des tamouls. En 1983, ces tensions convergent de façon
officielle en conflit armé entre le gouvernement
sri lankais et les Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul. Ce conflit sera extrêmement violent, faisant au total 60000
victimes au Sri Lanka.
2.2 Principales organisations tamoules au Sri Lanka
Depuis la création de l'État fictif au Sri Lanka appelé « l'Eelam tamoul »,
des groupes se sont créés dans le but de revendiquer la libération de l'Eelam Tamoul, la
principale organisation étant les Tigres libérateurs
de l'Eelam
tamoul (TLET).
Ainsi, des groupes tels que les Tamil New Tigers (TNT) (qui deviendront
les LTTE), les Eelam Revolutionary Organisation of Students (EROS), Eelam People's Revolutionary
Liberation Front (EPRLF), Tamil Eelam Organisation
Liberation (TEOL), People's Liberation
Organisation of Tamil Eelam (PLOTE), Tamil Eelam Army (TEA), Tamil Eelam
National Army (TENA), Tamil Eelam Liberation Army (TELA), Eelam National
Liberation Front (ENLF), Three Stars (TS), Eelam National Democratic Liberation
Front (ENDLF), People's Front of Liberation Tigers (PFLT) ont vu le jour. Cependant,
actuellement au Sri Lanka, les TLET sont la seule organisation militaire
opposant le gouvernement Sri Lankais. La
plupart des autres groupes libérateurs de l'Eelam qui avaient été créés depuis 1972 se sont dissouts suite à la corruption, à l'insuffisance
militaire et aux conflits
inter-groupes. Le groupe PLOTE ainsi que
le groupe EPDP sont des groupes militants armés avec un volet politique qui
travaillent de concert avec le gouvernement Sri Lankais pour contrer le LTTE.
Les Tigres
Libérateurs de l'Eelam Tamoul (TLET)
Cette organisation a été créée en 1972 avec pour objectif la
création d'un état indépendant pour la minorité tamoul du Sri Lanka. Elle a d'abord été créée
sous le nom de Tamil New Tigers (TNT) par Velupillai Prabhakaran et est devenu le TLET en 1976. Prabhakaran serait devenu une figure
dominante du mouvement militaire tamoul suite à l'expérience d'un événement marquant : il aurait vu un de ses oncles se
faire brûler vif par des cinghalais lors des émeutes liées au conflit sur l'adoption de la
langue cinghalaise. Suite à cet événement, il a participé aux
camps d'entraînement
organisés par l'EROS (Eelam Revolutionary Organisation of Students).
Les TLET ont commencé leur conflit armé contre le gouvernement
sri lankais en 1983 et ont tué deux chefs d'État et des centaines de civils durant leur campagne pour l'indépendance de
l'Eelam tamoul. Ils seraient un des groupes les plus
dangereux au monde, ayant conduit de nombreuses attaques terroristes
majoritairement dirigées à l'intérieur du Sri Lanka, dont des attaques suicides,
mais ce qui les caractérise surtout est le
degré de sophistication et d'organisation de leurs fronts politiques et de leurs réseaux de levée de fonds. On dénombrerait entre 8000 et 10 000
combattants armés au Sri Lanka faisant partie des TLET mais ce groupe a
également une structure de support internationale pour les activités de propagande,
de levée de fonds et d'approvisionnement
en armes. Ainsi, ils exploitent les
grandes communautés tamoules en Amérique du Nord, en Europe et en Asie pour
obtenir des fonds et approvisionnements pour les combattants des Tigres au Sri
Lanka, ils recourent à des campagnes de
financement pour acquérir des armes et font de la propagande pour la cause de
la création d'un état indépendant pour la minorité tamoul au Sri Lanka. Ce groupe représente
certainement un exemple d'un groupe terroriste qui est devenu impliqué dans le crime
organisé.
En ce qui concerne le Canada, les dons aux TLET se font d'une part, de façon
volontaire, par des contributions régulières,
et d'autre
part, par la coercition sous menaces et intimidation. Il existerait une
taxe de guerre exigée sous de menaces et d'intimidation, que
les groupes tamouls du crime organisé qui
sont maintenant au Canada chargent aux familles tamouls sous forme de paiement
mensuel débutant habituellement à 30$ et augmentant une fois que ces familles
améliorent leur situation financière.
Selon un article de Bell (2001), l'argent recueilli
au sein de la communauté tamoule du Canada par le crime organisé, les organismes
de façade et les dons serait acheminé aux TLET pour financer leur effort de
guerre.
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Symbole des Black Tigers, l'Élite responsable des attaques suicides des TLET (source) |
People's liberation
Organisation of Tamil Eelam (PLOTE)
Cette organisation a été créée par Karthiragamar Uma
Maheswaran (alias Munkundan) en 1980 après que celui-ci eut fait partie du TLET où il occupait la fonction de
président entre 1977-1980. Il a quitté le TLET suite à des conflits avec
Veluîllai Prabhakaran et a donc fondé le PLOTE. Le PLOTE a conduit des entraînements militaires dans 18 camps. Au total, 2236 cadres ont reçu un entraînement
d'ordre
physique ou pour la conduite de bateaux. Dû aux méthodes despotiques de Maheswaran et
de l'augmentation
de la criminalisation des cadres
du PLOTE, le PLOTE a perdu du terrain et s'est graduellement
affaibli.
En juillet 1989, Maheswaran s'est fait assassiné à Colombo en raison de
conflits a l'intérieur de l'organisation du PLOTE.
C'est donc un conflit entre deux membres des TLET qui a donné naissance à la création du PLOTE et par conséquent à
la rivalité entre le PLOTE et les TLET, rivalité qui s'est illustrée
entre autres en 1982 quand 2 membres des TLET, Prabhakaran et Sivakumar ont
ouvert le feu sur deux membres du PLOTE,
Jotheeswaran et Mukundan.
2.3 Activités des gangs de rue à Toronto
Le problème des gangs de rue tamouls à Toronto témoigne des répercussions
de la guerre civile du Sri Lanka et du mouvement d'immigration de milliers de tamouls au Canada, et particulièrement à Toronto. En fait, le Canada aurait
accueilli depuis 1983 plus de 150 000 Sri Lankais, la majorité étant des
tamouls arrivés au Canada en tant que réfugiés.
La région de Toronto serait composée aujourd'hui de plus de 110 000 tamouls. Pour la communauté tamoule ayant quitté les hostilités
du Sri Lanka et s'étant établie à Toronto dans l'espoir d'une vie plus paisible, les gangs de rue tamouls provoquent la
peur. Les nouveaux arrivés en provenance
du Sri Lanka sont ciblés par les gangs tamouls qui ne tardent pas à se servir
de l'intimidation
pour leur extorquer de l'argent. Plusieurs membres des gangs tamouls de la
région de Toronto, qu'ils appartiennent aux
VVT ou aux AK Kannan, sont des « tueurs entraînés », ayant reçu
une formation militaire au Sri Lanka, le plus souvent aux côtés des TLET. Selon la police de Toronto, il y aurait 1000
membres de ces gangs dans la région de Toronto.
Selon une autre source (Bell 2001), il semblerait que 8000 membres de guerillas
tamouls du Sri Lanka (la plupart provenant des TLET) vivent dans la région de
Toronto. Pour récolter de l'argent, les
activités des gangs vont du trafic de drogue,
des fraudes, de la contrefaçon, des tentatives de meurtres, des kidnappings, de
l'extorsion et de vols de passeport, production et vente de
faux passeports, (Bell, 2001). Toujours
selon un article de Bell (2001), il y aurait eu 65 tentatives de meurtre dans
la communauté tamoule entre septembre 2000 et avril 2001.
Selon la police de Toronto (Bell, 2004), le premier gang de rue tamoul s'étant implanté
dans la région de Toronto, les VVT, a été formé au début des années 1990. Peu
après l'implantation
de ce gang, le gang des AK Kannan a vu le
jour. Bien que le principal point de
rivalité entre les VVT et les AK Kannan concerne le monopole des territoires de
distribution de drogue, le climat d'adversité entre les deux gangs suffit à
motiver des conflits à propos d'autres intérêts. Par exemple, ces
gangs entreront en conflit au sujet des filles, de parties de soccer, ou de
monopole à des lieux de rassemblement (donut shops).
Ceux qui se livrent une lutte sont les membres du gang
appartenant aux échelons inférieurs.
Ceux qui sont à la tête du gang « luttent » pour la cause de l'Eelam tamoul. Ils sont armés de
machettes, de shotguns, de handguns, et de AK-47. Selon cette source la drogue qu'ils vendent et les armes dont ils disposent sont fournies par les TLET
(à tout le moins dans le cas des VVT) qui disposent de ressources internationales
et de réseaux avec d'autres organisations criminelles. Ces gangs vendent à
un prix exorbitant ces armes à d'autres gangs de jeunes, et font parvenir aux TLET cet argent et celui issu
du trafic de drogue. Cependant, cette
information n'a pas été corroboré par une
autre source. En plus du trafic d'armes et de
drogue, ces gangs se livrent à des activités d'une extrême violence habituellement à l'endroit de membres
de la communauté tamoule, comme les
drive-by-shootings, et les enlèvements.
La plupart de ces incidents ne sont pas rapportés à la police par la
communauté tamoul, et ce en raison de la peur des représailles.
2.4 Les principaux acteurs des gangs de rue
AK KANNAN
Ce gang est nommé ainsi d’après le nom de « rue » de son leader (Kannan veut dire Dieu) et de son arme préférée, le AK47. Le gang aurait des sous-groupes, les Silver Spring Boys et les Rough Riders. |
Membres : Selon une source de 2002 (Toronto Star) la police estimerait à 100 le nombre de membres, (mais le nombre varie selon les sources).
Jothiravi Sittampalam : Aurait selon la police commencé le gang en 1992 après être arrivé au Canada en provenance du Sri Lanka. Son nom de rue est Kannan (Dieu). A survécu a deux tentatives de meurtre.
Panchalingam Nagalingam : Se fait appeler le « chat » par la police et les membres de la communauté dû à ses habiletés à avoir échapper à la mort à plusieurs reprises.
Sivakumar Ariyarathnam
Sanththijesvaran Kathiravelu : Est arrivé au canada en 1989 à l’âge de 16 ans. Est proche du leader Sittampalam. A servi une peine de 18 mois de prison après s’être fait interpeller par la police alors qu’il était avec trois autres personnes à bord d’une voiture contenant des armes à feu. La police soupçonnait qu’ils étaient en route pour commettre une drive by shootings à l,endroit d’un membre des VVT qui avait placé le nom de Kathiravelu sur la liste de personnes à abattre. N’a pas été déporté en raison d’un fait que sa déportation causerait du tort à sa famille (est marié et a un enfant)
SILVER SPRING BOYS : sous-groupe des AK Kannan
ROUGH RIDERS : sous-groupe des AK Kannan |
VVT
Son appellation origine du lieu de naissance (Velvetiturai) de plusieurs membres de ce gang ainsi que du leader. La police estimerait à 200 le nombres de membres de VVT (incluant les membres appartenant aux sous-groupes des VVT). Le gang aurait des sous-groupes, les Seelapu gangs et les Silver Boys. |
Membres :
Kailesh Thanabalasingham
Serait selon la police le ou sinon un des leaders du gang de VVT mais agirait davantage comme un « backroom dealer » et ne serait pas aussi high profile que les autres membres. Serait arrivé au canada en 1992 et aurait pris les reines du gang suite à l’incarcération du leader Sriranjan Rasa qui aurait parti le gang des VVT. Partage son temps entre Ottawa et toronto. A été ordonné de déportation.
Sriranjan Rasa
A été reconnu coupable de possession d’arme, d’utilisation de cartes de crédit contrefaites et de complot pour commettre un assault
Suresh Kanagalingam
Son nom de rue serait « Koli » qui veut dire poulet; il serait un membre haut placé du gang selon la police. A été accusé de tentative de meurtre en 2000 mais a vu les charges contre lui se retirer. |
SEELAPU GANG
(sous-groupe des VVT) |
Membres
Jayaseelan Thuraisingham
Aurait commencé le Seelapu gang et se ferait appeler simplement « Seelapu »; Est arrivé au canada en 1989 et s’est vu attribué un statut de réfugié; a été déporté au Sri Lanka en février 2006.

De gauche à droite: Thuraisingam, Panchalingam Nagalingam, Jothiravi Sittampalam |
GILDER BOYS
(originalement les 720 Boys, nom provenant du 720 Kennedy, lieu où se tenaient les membres de VVT) |
Membres
Kumanan Veerasingam
Figure importante du gang; a été ordonné de déportation
ACTIVITÉS : fraude, vols, trafic de drogue, meurtres, trafic d’armes, kidnapping, extorsions |
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PARTIE 3 : Analyse des liens possibles
Dans cette partie nous tenterons de situer la situation des gangs de rue tamouls de la région de Toronto à travers les concepts de terrorisme et crime organisé. Il faut prendre en considération ici que ce ne sera qu’une tentative de situer le « phénomène » des gangs de rue tamouls de Toronto à travers ces concepts théoriques, étant donné le peu de données accessibles sur les membres de ces gangs et sur leurs activités. Nous explorerons ensuite la théorie de Miller en tant que théorie explicative, et tenterons à l’aide de cette théorie de vérifier son application sur la situation des gangs de rue tamoules de Toronto et de dresser un parallèle avec le terrorisme, en vérifiant également l’application de cette théorie avec les TLET du Sri Lanka.
3.1 Les gangs de rue tamouls de Toronto : un exemple d’organisation criminelle transnationale?
Le peu d’information accessible au public sur les activités des gangs de rue des AK Kannan et des VVT nous contraint à fixer la réflexion sur l’existence d’un réseau international reliant gangs de rue, crime organisé et terrorisme, à des soupçons modérés. En fait, la preuve de l’existence d’un tel réseau n’a pas été démontrée, bien que les perquisitions et arrestations de plusieurs membres de gangs de rue des AK Kannon et des VVT laissent planer des soupçons d’une certaine « implication » dans le conflit au Sri Lanka, et par ricochet, affiliation avec l’organisation terroriste des TLET.
Une nouvelle tendance semble se manifester dans l’univers des organisations terroristes et de crime organisé, celle de l’organisation criminelle transnationale. On a observé plusieurs exemples d’organisations terroristes qui ont quelque peu dévié de leur trajectoire politique en s’engageant dans le crime organisé afin, originellement, de financer leur effort de guerre; dans certains cas, les considérations de profit ont créé une scission au sein du groupe come l’a montré le cas de la Corse. Sans affirmer que la situation des TLET et de ses soi-disant tentacules dans les gangs de rue tamouls de la région de Toronto serait un exemple de cette tendance, on peut tout de même établir un parallèle avec le concept d’organisation criminelle transnationale, puisque si les soupçons d’une affiliation avec les TLET s’avèrent fondés, les gangs de rue tamouls serviraient par leurs activités à financer l’effort de guerre d’une organisation terroriste. La seule différence ici, est que les AK Kannan et les VVT ne sont pas considérés comme des organisations de crime organisé, mais sont identifiés comme des gangs de rue. Ce qui se produit dans les organisations terroristes transnationales est que le crime organisé devient graduellement beaucoup plus qu’un moyen de financement de leur effort de guerre. La transformation de ces organisations terroristes ne s’effectue pas par la création d’une alliance stratégique avec le crime organisé, les objectifs de ces deux types d’organisation étant incompatibles. Selon Dishman (2001), une intégration de deux organisations dont les motivations fondamentales se feraient trop distinctes, s’avérerait impossible : le crime organisé ayant une motiviation de profit et le terrorisme, une motivation politique; le résultat ne pourrait être bénéfique aux deux types d’organisations.
Ce qui tend plutôt à se produire est que des groupes terroristes se transforment (selon différents degrés) en intégrant à leurs motivations politiques, et même dans quelques cas en supplantant à ces motivations politiques, des ambitions de profit. L’examen des définitions des concepts permettent de saisir l’impossibilité d’une telle collaboration entre ces organisations.
Selon Makarenko, la définition la plus efficiente du crime organisé proviendrait de l’« Expert Group on Organised Crime of the Council of Europe, 1997 ». Pour qu’un groupe soit considéré comme un groupe criminel organisé, 4 critères obligatoires doivent être remplis et au moins deux des sept critères optionnels :
The mandatory criteria are that an organised criminal group must consist of a collaboration of at least three people that are gathered for a prolonged or indefinite period of time. Furthermore, they must be suspected or convicted of committing serious criminal offences with the objective of pursuing profit and/or power. The optional criteria include having a specific division of labour, using some form of internal discipline and control, using violence and other means suitable for intimidation, exerting influence on the public and private sector, using commercial or business-like structures, engaged in money-laundering, and operating on an internal level.
On a vu que Makarenko, attribue 5 caractéristiques au terrorisme: un groupe organisé réalise des actes violents avec préméditation; il veut créer la peur; il a un but politique; la sélection des victimes est méticuleuse; il cherche à briser la résistance de l’ennemi ou à le soumettre à ses demandes.
Une différence fondamentale entre les deux types d’organisations réside dans le fait que le crime organisé n’a pas d’objectif politique; il ne vise pas à attirer l’attention du gouvernement dans le but de servir un objectif politique comme dans le cas d’une organisation terroriste. Aussi, la façon dont ils recourent à la violence diverge. Les motivations qui sous-tendent les deux types d’organisations ont un impact sur la façon avec laquelle ils recourent à la violence pour arriver à leurs fins. Le crime organisé vise habituellement dans ses attaques ceux qui tentent d’interrompre leurs activités illicites, alors que les terroristes eux visent à déstabiliser la société par un moyen radical.
L’existence d’un réseau alliant gangs de rue et terrorisme n’ayant pas été démontrée, nous tenterons tout de même de répondre à la question à savoir si le cas qui nous intéresse ici pourrait se révéler un exemple d’organisation criminelle transnationale. Certes les gangs de rue tamouls de la région de Toronto à eux seuls ne constituent pas un cas d’organisation criminelle transnationale. Un tel cas pourrait exister en considérant l’organisation des TLET et les gangs de rue tamouls de la région de Toronto comme étant un tout, et non deux organisations distinctes. Pour correspondre au modèle d’organisation criminelle transnationale, les TLET devraient poursuivre leurs objectifs politiques tout en ayant des membranes qui s’occuperaient du financement de leur effort de guerre. Ainsi, les TLET aidés de leurs sous-groupes pourraient représenter un cas d’organisation criminelle transnationale.
3.2 L’application de la théorie de lower class culture pour le terrorisme et les gangs de rue
La théorie de lower class culture de Miller peut s’appliquer pour le concept des gangs de rue. Dans la situation dont fait l’objet ce présent article, il s’applique donc aux gangs de rue AK Kannan et VVT de la région de Toronto.
Miller définit une sous-culture comme une sous-division à l’intérieur d’une culture dominante ayant son propre système de valeurs. Cette sous-division survient par exemple lorsqu’un groupe aux caractéristiques ethniques très intériorisées immigre dans une société et qu’il a son propre système de valeurs. Ce groupe se situe donc dans une position différente au sein de la société dominante, le plus souvent en situation de minorité économique et, quelques fois, faisant l’objet de préjugés et de discrimination sociale. Ce groupe défavorisé n’adhérera pas aux normes de la société dominante et le fait pour ce groupe défavorisé d’avoir son propre système de valeurs peut provoquer un conflit de valeurs avec l’autre classe sociale (dominante). Cela provoque un resserrement des individus au sein de ce groupe, accentuant la perception de différence et le besoin de regroupement identitaire pour se protéger des abus des membres de la culture dominante ou pour favoriser la promotion de leurs intérêts propres, ce que le système dominant n’arrive pas à faire. Les sous-cultures « déviantes » ou minoritaires ne se font pas en réaction contre le mode de vie de la culture moyenne, mais plutôt comme un phénomène socio-culturel de réaction qui émerge des expériences quotidiennes dans un contexte d’opportunités limités. Miller évoque six concepts référant à des facteurs de constitution et d’organisation du groupe défavorisé, lesquels n’existent pas à l’intérieur de la classe moyenne dominante : Trouble; Toughness; Smartness; Excitment; Fate; Autonomy. Ces six facteurs sont, pour la plupart, communs aux gangs de rue et aux groupes terroristes.
3.3 Application de la théorie de Miller sur les gangs de rue tamouls de Toronto
La théorie de Miller trouve son application dans les gangs de rue des AK Kannon et des VVT dans le fait qu’il y aurait un « décalage culturel » entre la culture canadienne et la culture tamoule. Une hypothèse serait que ces jeunes ayant vécu la guerre civile au Sri Lanka et bien souvent en y ayant combattu, ont pour mentalité qu’ils doivent continuer à supporter la cause des tamouls et continuent donc la défense de cette cause au sein de la culture dominante.
Les six « focal concerns » de la théorie de Miller trouvent leur application dans les membres de gangs de rue en général. Voici comment chaque « focal concern » s’applique sur les membres de gangs de rue.
- Trouble : Il s’agit pour les membres de gangs de rue de rester hors du trouble (en ne se faisant pas prendre). Cela est également relié au prestige qui découle du fait de « faire du trouble » en restant « hors du trouble ».
- Toughness : Il s’agit d’une part d’agir en « dur » et d’être perçu comme un « dur » et d’autre part d’appliquer la violence. Cela s’applique par l’utilisation systématique de la « smartness ».
- Smartness : Ce concept rejoint encore une fois le prestige. C’est l’habileté (par ruse, manipulation ou force) à gagner quelque chose en soutirant à un autre cette chose; cela rejoint par exemple les activités de fraude des gangs de rue.
- Excitement : Ceci caractérise le mode de vie des gangs de rue où la recherche de sensations fortes, le goût du risque et de l’aventure prédominent.
- Fate : Cette propriété réfère à la croyance selon laquelle les membres de gangs ne sont pas maîtres de leur destin.
- Autonomy : Il s’agit pour les membres de gangs de ne compter que sur soi-même, d’être indépendants, et d’être libres de leurs faits et gestes en échappant au contrôle social.
Les terroristes investissent aussi beaucoup pour éviter le repérage et la capture (Trouble), mettent l’accent sur l’insensibilité des effets de leurs actions (Thoughness), agissent par calcul et ruse (Smartness), opèrent dans un contexte survolté (Excitement), acceptent de renoncer au contrôle de leur destin personnel pour la cause (Fate) et doivent avoir un certain niveau d’autonomie par rapport au milieu socio-professionnel de provenance (Autonomy).
Un des six « focal concerns » de la théorie de Miller ne représente pas à mon avis les membres de gangs de rue. Le concept de fate peut s’appliquer à un « petit délinquant » qui ne serait pas vraiment investi dans un gang de rue. Cependant, lorsqu’appliqué à un membre d’un gang de rue qui serait moindrement impliqué dans le gang, ce concept va à l’encontre de la mentalité des membres de gangs. Les membres de gangs de rue, s’appliquent à changer leur destin et c’est là le propre des activités criminelles orientées vers le profit. Ils travaillent à changer leur situation sociale bien qu’ils ne tentent pas d’y arriver par les moyens qu’emprunte la classe dominante.
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Conclusion
Ce travail voulait explorer les liens entre d’une part les gangs de rue et les groupes terroristes ou le crime organisé. Pour ce faire il a repéré des définitions conceptuelles et des approches explicatives reliant ces concepts. Il a aussi examiné un cas de « gangs de rue » pour lequel certains affirment qu’il est lié à des groupes terroristes, sinon au crime organisé centré sur des groupes ethniques : le cas des groupes tamouls de la région de Toronto.
Dans ce travail, nous avons présenté trois concepts soit le terrorisme, le crime organisé et les gangs de rue. Il fallait ensuite décrire les gangs de rue tamouls de la région de Toronto et les situer par rapport au concept d’organisation criminelle transnationale. Finalement, nous avons utilisé l’approche théorique de Miller sur la culture de classe défavorisée comme modèle alternatif pour expliquer le mobile de création du gang, d’association au groupe et d’action du gang.
L’objectif de ce travail n’était pas de se prononcer définitivement sur la relation des gangs de rue tamouls AK Kannon et VVT de Toronto avec la situation du terrorisme au Sri Lanka car il importe de rappeler le peu d’informations officiellement disponibles sur les gangs de rue AK Kannon et VVT et sur leurs affiliations réelles aux groupes terroristes ou criminels sri-lankais. Il est probable que les corps policiers disposent de plus d’informations que nous en la matière. Cette situation ne nous aurait pas permis de dégager des conclusions nettes au sujet des liens des gangs de rue au terrorisme et de crime organisé dans ce cas. Cependant des observations ont pu être réalisées comme le fait que les gangs torontois sont « instrumentalisés » par un milieu tamoul, probablement plutôt terroriste que criminel.
L’hypothèse examinée dans ce travail était qu’il pouvait y avoir des liens de complémentarité d’intérêts et d’actions entre d’une part les gangs de rue et, d’autre part les groupes terroristes ou encore le crime organisé.
Par ailleurs on pourrait tenter de vérifier si le phénomène de transformation d’organisation terroriste à organisation terroriste détournée vers le crime organisé, peut s’appliquer au cas qui nous intéresse : dans la mesure où les liens répertoriés seraient confirmés, on pourrait affirmer que les TLET et les gangs de rue qui les supportent représentent un cas d’organisation criminelle transnationale.
L’implication politique des membres des AK Kannan et des VVT paraît complexe. Ma conclusion est que, même s’il semble que certains membres de ces gangs sont impliqués politiquement, le phénomène en demeure un de gang de rue, car la plupart de leurs membres semblent avoir pour principale motivation plutôt le gain financier qu’une cause politique. Il est aussi possible qu’une superposition de mobiles se soit ici produite : une même action d’un gang servirait deux types de membres, aux mobiles divergents; dans ce cas, la fonctionnalité du groupe risque d’en souffrir à moyen terme. Cependant, le peu d’information disponible sur le sujet ne permet pas d’avancer une conclusion solide sur la réelle motivation sous-tendant ces gangs de rue.
Au sujet du parallèle entre les différents concepts, ceux de terrorisme, crime organisé et gangs de rue, le problème de frontières des définitions de ces concepts rend la comparaison entre ces concepts spéculative. En effet, comment déterminer si un gang de rue qui est relativement bien organisé ne devrait être considéré comme du crime organisé : quand le premier accède-t-il au prestige du second? L’âge des membres est-il un critère suffisant de distinction? Est-ce une question de chiffre d’affaires? De nature de crime? D’exclusivité ou de prévalence territoriale? Les définitions des concepts étant extrêmement variables, comment affirmer que par exemple, les gangs de rue tamouls de la région de Toronto ne constitueraient pas un cas particulier de crime organisé. Cette question mérite d’autant plus d’être soulevée si des preuves de financement aux TLET par les VVT étaient démontrées. En effet comme les TLET agissent au Sri Lanka maintenant en ayant fait du mobile financier un mobile égal ou sinon supérieur au mobile politique, la confirmation de l’existence d’un réseau employant des gangs de rue pour le financement de l’effort de guerre permettrait de considérer ce tout comme une organisation ressemblant davantage à une définition de crime organisé transnational. |
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Références non-électroniques
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