Les mouvements de défense des droits
des animaux, terrorisme ou extrémisme ?

Le cas particulier de l'ALF

 
   
 
Marie Lété et Virginie Woué
2006
Texte produit dans le cadre du cours CRI 6224
Pour tout commentaire contactez ERTA
 
     
 

Introduction

Depuis le 11 septembre 2001, la grande crainte de la plupart des Etats s'est révélée être la menace terroriste. Cependant, il est difficile de cibler clairement ce que désigne ce terme. En effet, selon les pays, les définitions du terrorisme ainsi que les différents types existant diffèrent.
     Certains mouvements extrémistes peuvent alors être considérés comme tel. Cette étude portera sur la problématique des mouvements de défense des droits des animaux. Tout d'abord, les différentes visions du terrorisme seront établies afin de comprendre comment cette menace est vécue par les différents Etats. Ensuite, le terrorisme spécifique sera abordé pour pouvoir comparer celui-ci avec le mouvement extrémiste constitué par l'Animal Liberation Front. Son historique sera ainsi avancé avant de considérer les différents actes accompls par et pour le mouvement, lesquels mènent à une certaine évolution également abordée. De cette façon, après avoir analysé la structure de l'ALF, il sera possible de le confronter à ce qui est défini come du terrorisme. Il s'agira dès lors de comprendre ces mouvements sous l'angle des théories criminologiques afin d'entrevoir leur propable avenir. Enfin, ce travail débouchera sur une comparaison globale des diivers aspects du mouvement et de ceux retenus pour circonscrire théoriquement la notion de menace terrroriste.

 
   
 

Contenu

A. Qu'entend-on par terrorisme?
B. Historique de l'ALF.
C. La structure de l'ALF.
D. Comprendre ces mouvements extrémistes.

 
     
 

A. Qu’entend-on par terrorisme ?

1. Visions du terrorisme

Définir le terrorisme est quelque chose de très complexe. En effet, que ce soit d’un point de vue législatif, littéraire ou public, les définitions divergent. A ce jour, il n’existe aucune définition universelle du terrorisme.

D’un point de vue législatif, le terrorisme n’a été défini que très tard. Auparavant, les actes terroristes tombaient sous les incriminations existantes du code criminel.

Au Canada, le terrorisme trouvait un cadre de référence avec la loi sur les services canadiens de renseignement de sécurité : « Les activités qui visent à favoriser l’usage de la violence grave ou de menaces de violence contre des personnes ou des biens dans le but d’atteindre un objectif politique au Canada ou   dans un Etat étranger ». De plus, le projet de législation C-36 a fait du terrorisme une infraction spécifique. Ce dernier considère le terrorisme en deux points dont l’un insiste sur la terreur et l’objectif politique, religieux ou idéologique ; et le second sur les conséquences qui en résultent.

En Europe, les codes pénaux ou les lois anti-terroristes voient le terrorisme comme devant satisfaire deux critères. En effet, certaines infractions doivent être commises et une causalité entre celles-ci et une entreprise individuelle et collective, ayant pour but de troubler l’ordre public par la terreur ou l’intimidation, doit exister.

Aux Etats-Unis, l’Effective Conterterrorism Act place le terrorisme dans les listes des crimes fédéraux. Les idées d’intimidation et de coercition visant le gouvernement afin d’influencer sa conduite reviennent. Le United States Code défini le terrorisme comme

« un acte de violence ou un acte dangereux pour la vie humaine constituant une violation des lois criminelles des Etats- Unis, ou qui constituerait, si perpétré à l’extérieur des Etats- Unis, une violation de ces dernières ; qui est perpétré dans un but d’intimider ou contraindre une population civile, d’influencer la politique du gouvernement par l’ intimidation et la coercition ou d’affecter les activités du gouvernement par l’assassinat ou l’enlèvement ».

Au sein du droit international, les Conventions internationales pour la répression des attentats terroristes à l’explosif (new York 15 décembre 1997) et pour la répression du financement du terrorisme ( New York 1999) qui présentent le terrorisme comme un « acte de guerre illicite » , insistent sur les dommages causés à la population civile (vision des principes du tribunal de Nuremberg) et mettent l’accent sur la subversion de l’ordre politique (comme le Terrorim Act du Royaume- Uni et la proposition de la Commission européenne). Le terme « illicite » est utilisé car les acteurs ne font pas partie des forces armées. En outre, il est distingué du crime de guerre par sa finalité politique, laquelle provient de la définition policière du terrorisme du FBI :  « le terrorisme consiste en une utilisation illicite de la force et de la violence contre des personnes ou des biens dans le but d’intimider ou de contraindre un gouvernement, la population civile ou une partie de celle-ci, dans la poursuite d’objectifs politiques ou sociaux ».

Cette définition retrouve les deux principaux buts du terrorisme des législations européennes :

  • L’influence ou la contrainte sur le gouvernement ou la population ;
  • La finalité politique ultime de l’acte.

Ainsi, tous les actes étant énoncés comme relevant du terrorisme se distinguent principalement par leur intention politique, ce qui est assez problématique d’un point de vue jurisprudentiel étant donné le degré d’interprétation que cela permet en droit pénal. Car il existe un risque de dérive étant donné que ce ne sont pas les actes mais l’intention, c’est à dire le sujet lui même, qui est vu comme dangereux.

Selon la littérature, l’idée de la cause politique revient fréquemment. Par contre, la description des actes terroristes diffèrent, certains auteurs ciblant parfois un acte choquant au sein d’un environnement de paix, parfois un acte recherchant la publicité, parfois un acte visant des cibles au hasard, ou encore visant des personnes précises (cibles symboliques). Gaston Bouthoul présente le terrorisme comme une technique de combat ayant une visée particulière. Selon lui, le principal problème lié au terrorisme est qu’il représente une arme psychologique qui se construit clandestinement.

Ainsi, le premier trait caractérisant le terrorisme est la violence. Mais, cela vaut aussi pour d’autres comportements criminels ordinaires, a moins que cet acte soit considéré comme ayant un caractère réflexif, c’est à dire qu’il constitue un moyen de communication.

Le deuxième trait se remarque dans le fait que le terrorisme vise un public plus large que ses victimes immédiates, espérant ainsi créer une vague de terreur. Cela le différencie énormément de l’acte criminel ordinaire étant donné que la victime et la cible sont différentes. Le dommage physique a une moindre importance que l’effet psychologique.

Le troisième trait se retrouve dans le fait que les terroristes visent des personnes non combattantes et le dernier trait reprend la finalité politique de l’acte.

D’après l’opinion publique, le principal élément qui revient est la finalité politique des actes terroristes. Il est cependant difficile pour le public de distinguer les activités criminelles des activités terroristes, ce qui permet aux pouvoirs publics d’avoir un plus grand contrôle sur la population, étant donné qu’une extension de la notion de terrorisme est alors possible.

Certains caractères sont également présents à l’esprit des gens comme la gravité de l’acte ou encore la permanence de la menace. L’ethnicité et la marginalité des individus terroristes sont aussi des idées partagées par tout un chacun.

En conclusion, les éléments conventionnels de la définition du terrorisme peuvent être énoncés comme suit :

  • La terreur ;
  • La destruction ;
  • La légalité et la moralité ;
  • La relation avec l’Etat ;
  • L’asymétrie ;
  • Les objectifs ;
  • La cible ;
  • L’organisation ;
  • La communication.

2. Les différents types de terrorismes

Une des typologies de base du terrorisme parmi les plus utiles est celle qui classe les actes terroristes selon leurs objectifs ultimes :

type

révolutionnaire

réactionnaire

séparatiste

spécifique

étatique

cible

L’État et ses institutions

Ceux qui sont perçus comme menaçant l’État

L’État et ses institutions

Variées, selon la justification

Les citoyens

Objectif

ultime

Transformation profonde de la société

Protéger le statu quo, Seconder l’État

Produire l’indépendance d’une région

Transformation spécifique de la société

Protection du pouvoir établi

Il est important de ne pas confondre les objectifs ultimes avec les objectifs stratégiques ou tactiques, c’est a dire l’élimination de tout obstacle empêchant l’accès au but ultime. Ces objectifs visent le court terme, contrairement aux objectifs ultimes qui représentent quelque part la finalité des actes terroristes et donc font référence au long terme.

Plusieurs types de fonctionnements des individus terroristes existent. En effet, il peut s’agir d’individus isolés ou d’entrepreneurs qui mettent sur pied les actions terroristes, ou encore de groupes isolés de grandeur plus ou moins importante. Il arrive également que certains actes terroristes soient commis pour des Etats sponsors, c’est à dire des Etats qui paient des groupes terroristes pour commettre des actes servant leurs intérêts. Selon les différentes motivations qui impliquent un passage à l’acte, les actions terroristes peuvent être également classées. Plusieurs catégories ont déjà été identifiées : ethnique-séparatiste, idéologique, extrémiste religieux, défensif d’une cause particulière et hybride. Le terrorisme revendiquant les droits des animaux se classe au sein du terrorisme spécifique, c’est à dire défendant une cause particulière. Les auteurs de ces actes désirent modifier une politique ou une pratique qu’ils jugent inacceptable.

3. Le terrorisme spécifique

Le terrorisme spécifique, appelé également terrorisme à cause unique, est perpétré par des groupes militants ayant une idée particulière sans pour autant considérer un projet politique global. En général, leur cause est légitime, mais la façon dont elle est défendue pose problème car il s’agit souvent de procédés criminels.

La notion largement acceptée du terme « terrorisme lié à une cause particulière » est celle du militantisme extrémiste de groupes ou d'individus protestant contre une injustice ou un tort perçu, habituellement attribué à l'action ou à l'inaction gouvernementale .  Trois grandes causes sont généralement visées par cette définition : les droits des animaux, l'environnement et l'avortement. Tel est le propos du présent travail qui traite principalement des activités menées à leur sujet aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

Parmi les grands mouvements terroristes spécifiques, deux d’entre eux ressortent particulièrement : les antispécistes et les écologistes. Les premiers sont à distinguer des mouvements traditionnels de protection des animaux rêvant d’une harmonie entre l’homme et les animaux car les antispécistes postulent l’égalité entre ceux-ci. En effet, le qualificatif « antispéciste » désigne les mouvements luttant contre les discriminations entre espèces.

Les mouvements de ce type les plus connus en Amérique du Nord et en Grande Bretagne sont :



• Animal Right Militia
• People for the Ethical Treatment of Animals (PETA)
Animal Libération Front (ALF)
• Hunt Retribution Squad (HRS)
• Mobilisation For Animals (MFA)
• In Defense of Animals;
• Physicians Committee for Responsible Medicine
• Animal Legal Defense Fund


Ces mouvement sont des mouvements très actifs, utilisant des moyens d’intimidation comme le piégeage d’arbres, la destruction d’usines, le vandalisme ou l’envoi de menaces ou autres par la poste. Par conséquent ils sont classés par le FBI comme étant parmi les groupes terroristes les plus dangereux. Ils utilisent notamment Internet afin de publier des guides contenant des instructions sur la façon de réaliser certains de leurs actes.

4. Le renseignement concernant le terrorisme défendant une cause particulière

Le FBI classe ce type de terrorisme au sommet de la liste de la menace terroriste locale, et le considère comme un des groupes terroristes les plus actifs sur le territoire par le fait qu’il diversifie et intensifie ses attaques. Le FBI a notamment répertoriés comme acte de terrorisme national trois incidents mettant en cause des activistes de l’ALF :

  • Un incident criminel ayant causé, le 16 avril 1987, des dommages d’un montant de plusieurs millions de dollars au laboratoire de diagnostic vétérinaire de l’université de la Californie à   Davis et endommagé 17 véhicules garés dans le voisinage ;
  • Un incident criminel et le vol d’animaux à l’immeuble de la microbiologie pharmaceutique et au bureau de la Division des ressources animales de l’Université de l’Arizona à Tucson, en avril 1989 ;
  • Des actes de vandalisme et des vols au Centre des sciences de la santé à l’Université technique du Texas, en juillet 1989, à Lubbock.

Le FBI craint notamment une escalade entre les pratiques de l’ALF et du second groupe domestique dangereux, l’ELF. D’ailleurs, le service compte agir sur le soutien financier de ces groupes, étant donné le réseau croissant de supports qu’ils obtiennent.

En Europe, le Royaume-Uni prépare un nouveau projet de loi qui proposera de nouvelles mesures concernant le harcèlement réalisé par les animalistes extrémistes. De cette façon, les pouvoirs policiers   seraient considérablement renforcés et pourraient dès lors contrer plus facilement les protestations et le harcèlement que subissent les particuliers et les compagnies.

Au Canada, un membre du SCRS, G.Davidson Smith, considère ce mouvement comme un mouvement de gauche qui rassemble des universitaires idéalistes et impatients désirant atteindre leurs buts par l’action directe. D’ailleurs, les mouvements pour les droits des animaux et les mouvements écologistes ont chacun leur propre journal : « Ark Angel » et « Earth First ».

Les animalistes utilisent aussi Internet pour leur publicité par le biais de « The Militant Vegan », un journal sur le web, où ils publient leurs interventions au Canada et aux Etats Unis. Ils publient également des guides de fabrication de bombes artisanales.

D’après G. Davidson Smith, les cibles privilégiées d’un tel groupe sont les laboratoires de recherche rattachés aux écoles et cliniques médicales et vétérinaires, ainsi que les laboratoires de produits cosmétiques. Mais tout organisme utilisant des animaux reste une cible potentielle.

Leur sécurité est en générale bien réalisée et ils sont difficiles à infiltrer. La plupart du temps, les activistes passent des jours ou même des mois à collecter des informations sur leurs cibles afin d’obtenir la meilleure connaissance possible dans le but de réaliser leurs actions de la manière la plus sûre. Lors de leurs actions, ils sont cagoulés et camouflés et s’efforcent, la plupart du temps, de faire le plus de dégâts matériels possible. Parfois, ils filment leurs actes afin de les médiatiser par la suite.

Selon cet auteur, la protection des animaux est une cause populaire qui bénéfice d’un appui général en raison de l’atmosphère « chic » qui entoure le mouvement. Cependant, il attire également des extrémistes qui cachent leurs idéaux radicaux sous cet idéal populaire. Ainsi, Ronnie Lee (fondateur du mouvement ALF) serait un anarchiste déclaré qui profiterait du mouvement afin d’atteindre ses objectifs anarchistes.

Finalement, l’auteur conclut qu’il faut maintenir la primauté du droit, en appliquant des solutions appropriées de façon à éviter une intensification de la violence.

Plusieurs activistes de ces mouvements extrémistes de défenses des animaux ont déjà été condamnés, notamment en 1987 à Londres après la série d’attentats à la bombe contre des grands magasins. Cependant, les militants demeurent difficiles à atteindre en raison de leur structure « leaderless », en cellules autonomes. En effet, ce type d’organisation rend délicat l’accumulation de preuves par les services de renseignements et donc peu probable leur condamnation par un tribunal. C’est pourquoi la plupart des attentats perpétrés par ces mouvements demeurent non résolus. Pour illustrer cela , prenons le cas de   l’envoi de lettres piégées aux lames de rasoir et supposées empoisonnées à des universités au Canada et aux Etats-Unis le 25 octobre 1999. Les principaux suspects étant David Barbarash et Darren Thurston, mais ces derniers n’ont pas pu être mis en cause devant une cour faute de preuves suffisantes indépendantes de l’implication du SCRS.

B. Historique de l'ALF

1. Genèse

Depuis le 19 ème siècle, la Grande Bretagne connaît la défense des animaux. La première organisation fondée en ce but l’a été en 1824 et visait la chasse à courre pratiquée par l’aristocratie britannique.

L’année 1973 est sûrement le moment clé du commencement de l’histoire du mouvement de libération animale. En effet, apparaît alors l’expression « Animal Liberation » (New York review of books). C’est le philosophe australien Peter Singer qui utilisa ce terme pour la première fois. De là fut écrit l’ouvrage qui deviendra la « bible du mouvement de libération animale » : A new ethics for our treatment of animals. Ce point de vue philosophique n’aurait pas connu un tel succès sans la création de « The Band of Mercy » (BoM), un groupe qui sabotait la chasse, créé par Ronnie Lee et Cliff Goodman en 1972. Leur idée provenait de l’apparition dans les années 60 de la « Hunt Saboteurs Association » (HSA), qui se composait de volontaires sabotant la chasse. Cependant, le BoM a une manière de faire beaucoup plus radicale que celle de la HSA. En effet, au lieu de se contenter de s’interposer entre les chasseurs et leurs proies, ils détruisaient les véhicules de ces derniers. Leurs activités commencèrent par la suite à s’étendre, notamment sur les laboratoires de test sur les animaux. En 1975, après quelques actes criminels, Ronnie Lee fut condamné à 3 ans de prison pour des dommages causés à des laboratoires de recherche utilisant des animaux. Il fut relâché en 1976 et baptisa définitivement son groupe par le nom « Animal Liberation Front » (ALF).

Les Quatre principes du Mouvement de Libération Animal sont les suivant :

  • LIBERER les animaux des endroits où ils sont maltraités et les placer dans des domiciles accueillants où ils peuvent vivre leur vie naturelle, à l’abri de la souffrance.
  • INFLIGER des dommages économiques à ceux qui profitent de la misère et de l’exploitation des animaux.
  • REVELER les atrocités et les horreurs commises contre les animaux enfermés a l’abri des regards, en accomplissant des actions directes non violentes et des libérations.
  • PRENDRE toutes les précautions nécessaires pour ne pas blesser d’animal, qu’il soit humain ou non humain.
Considérant ces principes, les factions violentes « Animal Right Militia » et « Justice Department » semblent agir à l’encontre de la troisième règle du mouvement. Mais, d’après certains spécialistes, cette règle n’est pas sacro-sainte et ces factions peuvent se présenter comme agissant au nom de l’ALF.

Ainsi, l’ensemble de l’ALF est lié non pas par une structure hiérarchique ou monétaire mais bien par une philosophie commune. En effet, les différents groupes existant de par le monde demeurent localisés et c’est surtout la propagation des idées qui est internationale, notamment par le biais de manuels clandestins ou d’internet.

2. Les actes

La plupart des actes réalisés par l’ALF et ses groupes affiliés sont considérés comme du vandalisme mineur (graffitis, endommagement de structures avec de la colle, bris de vitres, etc). Cependant, la libération et le vol d’animaux ainsi que le vandalisme majeur (incendie criminel par exemple), sont de plus en plus utilisés. De plus, il arrive fréquemment que le groupe fasse usage de harcèlement ou de menaces afin d’atteindre ses buts. Au début, ALF utilisait surtout le sabotage et le sauvetage d’animaux prisonniers mais de nouvelles stratégies sont apparues, comme la publication de noms, d’adresses, l’envoi de lettres anonymes, la commande de matériel au nom des victimes sans leur consentement, etc. Les actions sont devenues de lus en plus radicales. Ronnie Lee écrivait à ce propos « Animal liberation is a fierce struggle that demands total commitment. There will be injuries and possibly deaths on both sides. That is sad but certain».

photo promotionnelle de l'ALF

Par exemple, Stefan Boruchin, un teneur de marché pour Huntingdon Life Science (entreprise qui pratique l’expérimentation de substances sur les animaux) fut harcelé par diverses moyens les plus imaginatifs possibles (bombes fumigènes, envois de poudre blanche, diffamations…). Un autre exemple est celui de la ferme de Darley Oaks, pratiquant l’élevage de cobayes destinés à l’expérimentation, où les manifestations et la profanation de la tombe de Gladys Hammond, la belle mère d’un des propriétaires, ont fini par provoquer la fermeture définitive de cette ferme.

Parmi les premières actions réalisées au nom des droits des animaux, l’année 1981 vit un laboratoire de recherche vandalisé par l’ALF à l’université Mc Gill. Leurs actions ont été jusqu’à supprimer les projets de construction d’un centre de recherche neuro-scientifique à l’université Cambridge qui ne pouvait gérer le risque potentiel que constituent de tels groupes pour le personnel. D’autres actes semblables furent également réalisés à Toronto et à Vancouver et plus généralement en Ontario. Le 6 avril 1983, la Mtl Fur Company de Londres reçoit une lettre piégée de l’ALF. Cela insiste sur l’idée d’évolution des actions perpétrées par l’ALF. D’ailleurs, en mars 1996, le Justice Department annonce qu il a envoyé 87 lettres piégées aux lames de rasoirs empoisonnées. Cependant, cette menace ne se trouve pas justifiée jusqu au 25 octobre 1999 où ce sous groupe de l’ALF envoie effectivement des lettres piégées à des université au Canada et aux USA.

Poussant leurs actions à l’extrême, les membres de l’ALF ont marqué au fer rouge Graham Hall, un journaliste qui a dénoncé leurs actes terroristes.

On remarque toutefois que le vandalisme est la tactique privilégiée de ces mouvements: peinture de graffitis sur les murs d'immeubles, injection de colle dans les serrures de porte, vitres endommagées à l'acide ou fracassées, souvent à l'aide de lance-pierres et de billes d'acier.

Une autre tactique fort utilisée et efficace, qui a des conséquences désastreuses, consiste à menacer de contaminer des produits de boucheries, de pharmacies, de supermarchés ou de grands magasins. Le FLA a commencé à y recourir en Grande-Bretagne, en 1984; il a obligé un boucher à fermer boutique en menaçant de contaminer ses viandes. Shampoings, friandises et boissons gazeuses ont aussi été la cible de menaces coûteuses, dont celle d'empoisonner des dindes à la période des fêtes de fin d'année, ce qui a obligé à retirer du marché des millions de volailles.

L'éventail des tactiques activistes comprend également les incendies volontaires et les lettres et colis piégés comme présenté plus haut. Ce sont des attentats à la bombe incendiaire répétés dans de grands magasins en Angleterre qui ont conduit à l'arrestation des dirigeants du FLA en 1987.

Une variante récente de la lettre piégée a été revendiquée par le groupe britannique Département de la justice. Elle consiste à envoyer une lame de rasoir qui aurait été trempée dans la mort-aux-rats ou dans du sang de sidatique. Une telle lettre a même été adressée au prince Charles. Des lettres semblables sont également apparues en Colombie-Britannique, revendiquées par un groupe utilisant le même nom et comportant un procédé malicieux : l'adresse de l'expéditeur était celle d'une autre personne ciblée, de sorte que si le destinataire refusait la lettre et la retournait à l'envoyeur supposé, une autre cible des activistes des droits des animaux était en danger.

D’après certaines enquêtes, les activistes de l’ALF sont pour la plupart des femmes et provenant de la population urbaine. De plus, beaucoup d’entre eux ont étudié dans des universités ou des lycées.

Alors qu’auparavant le mouvement était associé à la gauche, il semble qu’il se soit déplacé vers un certain libéralisme, voire vers la droite chrétienne.

3. Évolution

Dès 1984, lorsque Ronnie Lee fit remarquer que certains activistes devraient instituer des nouveaux groupes qui n’excluent pas l’usage de la violence contre des personnes abusant des animaux, un schisme se créa au sein du mouvement. En Grande Bretagne, la British Union for the Abolition of vivisection (BUAV) expulse ALF de ses locaux suite a son évolution extrémiste. D’ailleurs, le fait de passer à une stratégie violente coûta à l’ALF la sympathie du public et des médias.

Cependant, malgré ses 30 ans d’activités, aucun être humain n’a été tué par la faute de l’ALF. Les seuls décès sont à compter du coté des activistes eux même.

Certains auteurs prétendent que le type d’organisation sans leader comme ALF ne perdure généralement pas et finit pas se dissoudre à un moment donné. Mais le renforcement de la législation anti-libérationniste aux USA et en Angleterre démontre le contraire. Cela pourrait produire un effet contraire à la dissuasion visée si la peine infligée victimise l’activiste plus qu’elle ne le punit proportionnellement à ses actes. De plus, très peu d’activistes sont incarcérés si on considère le nombre d’incidents. Ce succès n’est pourtant pas assez conséquent que pour satisfaire les membres qui semblent vouloir cibler les personnes afin d’obtenir de meilleurs résultats.

Plusieurs éléments soulignent ce fait. Le premier est représenté par la radicalisation des actions du mouvement de libération animale, notamment par les deux groupes « Justice Departement »   et « Animal Rights Militia ». Le second se voit dans la multiplication des action communes entre les membres de l’ALF et de l’ ELF (Earth Liberation Front), d’où l’adoption du point de vue misanthrope de ce dernier. En effet, ils sont anti-capitalistes et considèrent que les humains sont une espèce malfaisante. Le troisième est le lien que l’on peut faire entre l’ALF et les mouvements anarchistes du fait que les membres reprennent leurs idées. Or, ces mouvements ont un passé très violent. Enfin, le quatrième élément provient des réflexions de Karen Dawn, une journaliste spécialiste de la couverture de sujet concernant le droit des animaux . Elle prétend que des meurtres auraient des effets bénéfiques dans le court terme et tire ses conclusions d’entrevues avec des dirigeants anti-abortionnistes et de l’impatience ressentie par certains membres de l’ALF.

Cette radicalisation pourrait cependant avoir un effet négatif sur le succès du mouvement de libération animale. D’ailleurs, selon Stephen Best, le mouvement pour les droit des animaux est devenu une industrie au cours de son évolution, qui divertit le public et doit de ce fait être tenu comme responsable de l’impact de ses campagnes.

C. Structure de l’ALF

1. Cause défendue par les activistes

Beaucoup de personnes se sont posé la question de la nature de la violence de l’ALF. En effet, au nom de quoi ce mouvement justifie-t-il ses actes ? Ceux si sont-ils réellement violents ? Et si oui, cette violence est-elle justifiée ?

De ces questions découlent celles plus générales concernant le fondement même du mouvement, c’est à dire la libération des animaux. Tom Regan, professeur de philosophie morale au North Carolina State University à Raleigh (USA), a écrit un livre tentant de développer une théorie éthique qui se base sur des droits pour notamment des détenteurs qui seraient non humains : «  The Case for Animal Rights ». D’après lui, le mouvement des droits des animaux est en réalité un mouvement abolitionniste. Il pense cependant que leurs stratégies dans la pratique visent plus une réforme qu’une abolition de l’exploitation animale. Selon lui, le mouvement devrait utiliser des moyens abolitionnistes et ne faire aucune concession. Malgré cette vision extrême, cet auteur considère l’ALF comme un   mouvement ayant amené des lois extrêmement répressives et réactionnaires aux USA, plus que comme un mouvement radicalisant les idées de libération des animaux. Par conséquent, il est persuadé que l’ALF fut nuisible au mouvement de libération des animaux.

De plus, un autre problème vient du fait que l’idéologie du mouvement n’est pas bien comprise par ses membres. En effet, l’engagement devrait provenir d’un sentiment d’injustice qui pousserait à vouloir supprimer totalement cette injustice et non la réformer, ce qui ne ferait que la prolonger. Pour ce faire, il est nécessaire et urgent d’informer les gens, c’est à dire devenir les porte-parole des animaux. Car selon cet auteur, « nous avons un devoir moral fondamental non acquis de traiter tous les sujets d’une vie avec respect », d’où la valeur non instrumentale des animaux.

En général, les activistes du mouvement pour les droits des animaux se proclament contre le « spécisme », c’est à dire le fait de tracer une frontière entre les humains et les animaux en pensant que les humains constituent une espèce dominante et moralement supérieure. D’après le philosophe Robert Nozick, l’espèce n’est pas moralement importante en elle même et il est nécessaire de se demander sur quelle base l’infériorité des animaux non humains peut être justifiée. Selon Catherine Woollard, le spécisme n’est pas à rejeter par rapport à l’idée de l’existence de droits égaux mais bien par le fait que faire une différence entre les espèces n’est pas éthiquement défendable. En effet, l’intérêt d’un être vivant est de continuer à vivre et de se maintenir en vie.

Matthew Scully prétend à ce sujet qu’il y a eu beaucoup de changements significatifs positifs pour les droits des animaux, mais que nous sommes encore loin d’adopter une considération égale pour chaque espèce. Considérant ce point sensible, David Olivier parle de la libération animale et de Peter Singer. Son idée est que, à partir du moment où l’on considère que tous les humains sont égaux, il est impossible de ne pas considérer dans le même sens que tous les animaux sont égaux. D’après lui, le mouvement de défense des droits des animaux n’a pas suivit cette idée comme il l’aurait dû. En effet, soit leurs actions se limitent à aider les animaux sans changer leur statut moral dans la société, soit ils adoptent plutôt les bases de l’éthique environnementale qui considère les humains comme une espèce malfaisante. En Europe continentale, le mouvement est encore moins actif car pratiquement inexistant. Il prétant que l’idée de l’égalité de tous les animaux n’était qu’un argument servant les intérêts du mouvement. Selon cet auteur, Peter Singer est un utilitariste car il n’autorise pas de règles pratiques tranchées indépendantes des contingences de la situation. Ainsi, il évite la question du droit à la vie et se bases sur la problématique de la souffrance afin de justifier la libération des animaux. Par conséquent, il est nécessaire de s’engager plus activement dans la libération animale, comme l’a fait Paola Cavalieri à travers sa déclaration sur les grands singes anthropoïdes. L’auteur voit en l’engagement politique la solution à la mise en place d’une égalité de tous les animaux, humains et non humains.

S'engager politiquement signifie notamment se faire connaître par les médias.

 
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  photo promotionnelle de l'ALF

D’après Pierre Mannoni, le terrorisme est meut par une idéologie devant s’exprimer. De ce fait, les terroristes ont compris l’effet des actes sur le spectateur, ce qui pourrait changer ses représentations de la réalité. La connexion entre cette idéologie et cette prise de conscience coule de source : les médias. En effet, ils ne produisent pas de l’informations mais de l’auditoire et   peuvent donc être manipulés.

L’ALF a compris l’importance de l’impact médiatique, réalisant plusieurs campagnes d’informations et choisissant des porte paroles charismatiques. Ils publient également des photos chocs sur le net, ce qui leur permet de faire prévaloir leur propre interprétation de la situation. Pierre Mannoni décrit alors les médias comme étant des « complices » du terrorisme de par leur intermédiarité entre les cibles primaires et secondaires visées par ces derniers. En effet, les évènements sont rapportés d’une façon internationale et généralement frappante par les médias, ce qui ne fait que contribuer à l’augmentation de l’impact de ces événements sur le public.

Pour le moment, les médias sont très utiles à ces mouvements car les destructions causées n’ont été que matérielle . Ainsi, leur cause paraît légitime et justifiables en   terme de valeur étant donné que la vie de animaux est sauvée, face à des dégâts purement matériels. Des morts possibles pourraient ainsi   renverser la vapeur à leur désavantage.

2. Bien être animal vs défense des droits des animaux

Lorsqu’on considère les mouvements en faveur des animaux, il convient de différencier les militants pour leur bien être de ceux pour leurs droits. En effet, le bien être des animaux vise la responsabilité que nous avons de traiter les animaux avec compassion et de prendre soin d’eux. La Delta Society et l’Animal Health  Fondation en sont deux exemples. Les militants pour les droits des animaux adoptent la vue philosophique selon laquelle les animaux et les humains sont moralement égaux et que donc, une instrumentalisation de ceux-ci est totalement à rejeter.

Des groupes comme ces derniers sont, par exemple, People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), l’In Defense of Animals, le Physicians Committee for Responsible Medicine et l’Animal Legal Defense Fund, comme cité précédemment.

La plupart des défenseurs des droits des animaux ne préconisent pas le recours à la violence, mais n'hésitent pas à pratiquer la désobéissance civile pour attirer l'attention. Pour les cellules extrémistes de ce mouvement, le sabotage économique est un moyen d'empêcher les humains de maltraiter les animaux. Dans ce but, ils emploient diverses tactiques pour infliger des pertes économiques destinées à provoquer la fermeture des entreprises « contrevenantes ». Ils ont un succès relatif car de nombreuses petites entreprises et installations de recherche scientifique et commerciale ont dû fermer leurs portes en raison des primes d'assurance prohibitives, des infrastructures de sécurité coûteuses, des dommages aux immeubles et au matériel, des pertes de revenu, de la publicité négative et de la destruction de dossiers représentant des années de recherche.

Ainsi, les associations de protection animale acceptent de sacrifier les intérêts des animaux si cela en vaut la peine ou pour l’intérêt d’un humain, alors que les défenseurs des droits   des animaux refusent cet usage.

Les droits considérés ne sont cependant pas absolus et représentent surtout une égale prise en considération des intérêts des animaux.

Le FBI considère les groupes pour les droits des animaux comme des groupes terroristes domestiques, tandis que ceux qui prônent leur bien être n’entrent pas dans les catégories des groupes dangereux. Les groupes les plus extrémistes selon le FBI sont le Stop Huntingdon Animal Cruelty (SHAC ), l’Animal Liberation front (ALF) et le Earth Liberation Front (ELF). En effet, certains activistes vont jusqu’à approcher les enfants des personnes faisant partie de la recherche médicale sur les animaux afin de les intimider.

Face à ces deux types de groupes, il existe également des organisations qui tentent de trouver des alternatives à l’expérimentation sur les animaux sans pour autant effectuer des actes contre les organisations visées par les groupes pour la défense des droits des animaux. Tel est le cas du Fond pour le remplacement des animaux en expérimentation médicale (Frame), lequel cherche des solutions de rechange à l’expérimentation animale, comme la simulation informatique. Les chercheurs remarquent d’ailleurs que l’industrie pharmaceutique ne se montre pas généreuse lorsqu’il s’agit d’investir dans de telles alternatives.

3. Mouvement leaderless

Les groupes comme l’ALF sont difficiles à cibler par les autorités car ce sont des groupes sans leader, c’est à dire organisés en cellules indépendantes sans structure de commandement hiérarchisée. D’ailleurs, ces cellules sont très petites et peuvent diminuer jusqu’au chiffre d’un seul individu. En effet, tout un chacun peut devenir un membre de l’ALF en exécutant une action plaidant la cause de cette dernière. Cette structure décentralisée permet de maximiser les actions et de minimiser l’infiltration du groupe par les services de police. Afin de souligner l’importance de l’engagement pour la cause,   le recrutement de nouveaux membres exige que la personne désireuse de rejoindre l’ALF se présente avec son propre plan. Ce type de résistance sans leader se retrouve également pour le SHAC. Ce groupe a rencontré un telle efficacité par ses actions qu’il a même fini par obliger le gouvernement d’Angleterre à procurer des subsides à l’entreprise Huntingdon Life Sciences. En effet, cette dernière avait été abandonnée par sa compagnie d’assurance suite aux actions de vandalisme et de propagande réalisées pas SHAC contre l’entreprise.

D. Comprendre ces mouvements extrémistes

1. Les mouvements de défense des droits des animaux sous l’angle de   théories criminologiques

Après avoir vu l’évolution générale des mouvements de défense des animaux, il semble que la théorie de Sutherland, nommée « association différentielle », s’applique. En effet, Sutherland présente la moralité des individus en fonction de leur contexte social, c’est à dire qu’ils sont influencés par leurs expériences et leurs fréquentations. Selon lui, les individus apprennent leurs valeurs au sein de divers groupes, et en associent deux types : les valeurs anti-criminelles et les valeurs pro-criminelles. Dès lors, les valeurs qu’ils considèrent comme dominantes vont influencer leur comportement. Par conséquent, ils acquièrent alors une définition favorable par rapport à un comportement non éthique (normes de la société) ou illégitime (normes légales).

La légalité représente ce qui est conforme au droit, à la loi (ensemble de règles obligatoires établies par l’autorité et dont le non respect est sanctionné par la force publique). La légitimité vise ce qui est juste, équitable et raisonnable selon la morale sociale. Ces deux concepts se recoupent mais ne se confondent pas, car certains actes légaux sont réformés par l’opinion publique (activités informelles), et d’autres sont illégaux mais approuvés par cette dernière (violences légales). La norme sociale est plus large que la norme légale et peut influencer celle-ci par le biais des groupes de pression.

Concernant le mouvement de défense des droits des animaux, les postulats de Sutherland semblent convenir. En effet, il prétend que le comportement criminel est appris au contact d’autres personnes par un processus de communication, ce qui est le cas des membres du mouvement de défense des animaux lorsqu’on regarde les cellules éparses. Internet et autres médias constituent les moyens privilégiés par les groupes afin de communiquer leurs idées et leurs techniques (guides de construction de bombes, etc.). De plus, cette communication va jusqu'à influencer l’orientation des mobiles, des tendances impulsives, des raisonnements et des attitudes. Ceci est réalisé en fonction de l’interprétation favorable ou défavorable des dispositions légales. Lorsque l’interprétation défavorable domine, la personne sera d’autant plus influencée si la communication reçue est fréquente et intense. Cette fréquence et cette intensité sont remarquées dans les campagnes choc du mouvement. Selon Cressey, il existe une distorsion communicationnelle entre le discours officiel et le discours réel qui permet d’obtenir la complicité passive ou active des membres. Par exemple, ALF présente quatre règles dont l’une empêche d’utiliser les moyens violents mais permet qu’un membre ou un groupe la viole tout en continuant de revendiquer ces actions au nom de l’ALF.

Dans ce cas ci, l’interprétation défavorable paraît devoir être nuancée. En effet, les activistes n’ont pas forcément une vision défavorable des lois qui sanctionnent leurs actions, mais pensent plutôt que leur but idéologique justifie leur non respect. On parle alors de neutralisation en fonction de l’idéologie culturelle. Face à   un dilemme éthique entre deux valeurs, la nécessité de passer outre une des deux émerge par rapport à une urgence contextuelle. D’ailleurs, les activistes ne nient pas leur responsabilité.

Une autre théorie qui peut encore s’appliquer ici est celle de « l’étiquetage » présentée par Howard Becker dans son ouvrage « Outsiders ». En effet, alors que l’opinion publique ne se place pas généralement contre le mouvement (sauf quelques-uns qui ne tolèrent pas leurs actes détruisant ‘le bien-être des gens’), les services de renseignement considèrent par contre les activistes comme des terroristes. Cela pourrait avoir la conséquence négative de les pousser à agir en tant que tel, d’où la violence croissante de leurs actions et donc l’arrêt probable du soutien dont ils bénéficient. En effet, une fois étiquetés, les activistes sont alors réduits à cet unique aspect de leur existence. Cette interprétation modifiant une manière de voir plus complète du mouvement ancre les activistes dans une sphère limitée qui ne leur permet pas de s'exprimer autrement que par la violence. Car la signification qui leur est donnée influence la relation qu'ils ont avec les personnes qui les ont étiquetés. C'est pourquoi leurs actes deviennent de plus en plus violents, ils se définissent dans cette identité superficielle et agissent en conséquence. Les dérives possibles de ce genre d'interrrelations pourrait devenir l'ancrage total dans une identité définie uniquement par l'aspect terroriste qui leur est attribué, ce qui pourrait mener à des actions irréfléchies et trop extrêmes de par une trop grande adhésion à cette idendité. Et cela amène un cercle vicieux car, pour le public qui soutient toujours l'ALF, des actes trop choquants de leur part pourraient les disqualifier. Ce phénomène se produit déjà de par la croissante violence des actes réalisés par les activistes.

Ce processus d'étiquetage peut également s'appliquer à tout type de terrorisme à cause unique. En effet, on remarque que le FBI a aussi classé l'Earth Liberation Front au sein des plus grandes menaces terroristes domestiques. Dès que certains moyens sont utilisés, il semble que tout groupe défendant une ou plusieurs idées se retrouve au sein des groupements terroristes. Il est évident que le terrorisme est défini par les services qui doivent s'en occcuper, et donc que certains critères sont prédominants pour classer les groupes. Mais cela pourrait pousser à inclure un trop grand nombre de mouvements dans une définition qui en montre l'illégalité. D'après Becker, l'entièreté de la délinquance est définie de cette façon, provoquant une certaine inégalité des chances pour les individus.

2. L’ALF dans le futur

Comme vu plus haut, les actions menées par les groupes extrémistes du mouvement semble aller crescendo. En effet, leurs attaques sont en train de se développer en termes de fréquence et de gravité, ce qui aurait comme conséquence la perte de leur   soutien médiatique. Selon l’officier de presse Robin Webb, le mouvement a encore le soutien de la presse et du public. D’après lui, le sabotage économique tout comme la libération d’animaux, ne sont pas des actes réellement violent et donc permettent l’appui de la population. Cependant, il semble que ces actions n’atteignent pas les buts espérés. Par conséquent, certaines personnes se démotivent ou ne se sentent plus faire partie du mouvement et donc s’écartent de ce dernier. Robin Webb prétend ainsi que le seul but à atteindre est l’abolition de la maltraitance des animaux car le simple bien être des animaux n’est pas suffisant, et pour eux, et pour les activistes.

Pour ce faire, il présente les actions de l’ALF comme entendant faire élever les coûts de sécurité jusqu'à rendre économiquement non viable l’exploitation des animaux. En effet, les entreprises peuvent s’accommoder des manifestations et des violences mais pas des pressions constantes sur leurs actionnaires et fournisseurs. Pour atteindre ce but, un activiste s’est même laissé mourir de faim en prison. Selon lui, ALF ne mourra jamais car ce groupe est en fait une « idée » et non un ensemble de membres liés à un noyau central qu’il suffirait de détruire pour faire tomber le mouvement.

De plus, une structure de résistance sans leader permet de contrer les failles d’une structure hiérarchique pyramidale car c’est un système d'organisation basé sur une organisation en cellules, mais qui ne dispose pas d'un commandement ou d'une direction centrale. Tous les individus et les groupes agissent indépendamment les uns des autres, et n'ont pas à se référer à un pouvoir central ou un supérieur pour des instructions.   Cela est par contre le cas pour les organisations pyramidales typiques. Ainsi, la résistance sans leader peut produire de très petites cellules, voire des cellules d’un seul individu.

Dans la perspective du schéma analytique de la "résistance sans leader", Robin Webb déclare:

On peut raisonnablement argumenter qu'on devient un membre de l'ALF en exécutant une action de l'ALF(…). Toute personne, pour autant qu'elle adopte un mode de vie végétalien - ou du moins végétarien - peut entreprendre une action qui tombe sous le coup de ces règles et peut déclarer qu'il s'agit d'une action du Front de Libération Animale. Il n'y a pas de hiérarchie, pas de leader. Il n'y a qu'un besoin urgent de suivre votre cœur dans la recherche de la justice. C'est pour cela que l'ALF ne peut être écrasé, qu'il ne peut être infiltré de manière efficace, ni arrêté. Tous, chacun de vous: vous êtes l'AFL. Et si quelqu'un désire agir comme un membre de l'Animal Rights Militia ou du Justice Departement. Tout simplement, la troisième règle de l'ALF n'est plus valable.

Dans un autre entretien, Robin Webb explique encore à propos de la structure organisationnelle de l'ALF:

Quiconque, faisant une action pour sauver des animaux ou pour endommager la propriété de ceux qui les maltraitent - du bris de vitre à l'incendie, en veillant à ce que nul, animal ou humain, ne soit blessé -, peut revendiquer son acte sur Internet au nom d'ALF, qui en retour lui apportera son soutien en cas d'arrestation.

La structure décentralisée, compartimentée et non-hiérarchisée d'ALF semble donc satisfaire les objectifs du mouvement: maximiser les actions tout en minimisant l'infiltration par les services de police.

Cependant, comme dit plus haut , le soutien de l’opinion publique pourrait commencer à manquer. En effet, certains auteurs prétendent que le rêve d’un monde juste et équitable pour les animaux entraînerait une diminution drastique de la population humaine car leur intérêts sont en contradiction avec les intérêts des hommes. Des actes plus violents incluant des victimes ne feraient que les confirmer dans leur idée et deviendraient des preuves tangibles de ce qu’ils avancent. Le cas du centre de recherche neuro-scientifique de l’université de Cambridge a déjà enflammé les plumes lorsque les auteurs y voient une façon d’empêcher la recherche médicale d’évoluer et donc la guérison de centaines de personnes. Dès lors, ces auteurs prétendent que le but ultime des activistes serait l’extermination de la race humaine, ce qui coïnciderait avec les idéaux écologistes dont on affuble de plus en plus les défenseurs des droits des animaux. Pour ces auteurs, cela justifie l’utilisation d’une violence de plus en plus extrême qui servirait moins à défendre les animaux qu’à se débarrasser des hommes.

                                     

                                      

 
     
 

Conclusion

Les différentes visions du terrorisme semblent converger en certains aspects récurrents. Selon le FBI, l'ALF est un mouvement terroriste dans tous ses aspects. Cependant, après avoir décrit les actes et la façon d'agir de ce mouvement, il apparaît que ce ne soit pas le cas. En effet, l'ALF est considéré comme un mouvement terroriste à cause d'un certin étiquetage de la part du FBI et du SCRS. Mais l'opinion publique ne va pas dans ce sens.
     Il est vrai que l'ALF fait usage de violence et de menaces, essayant dintimider ou de choquer les gens de façon à ce que ces derniers réagissent. En effet,un public plus large que les victimes effectives des actions terrorsites est visé. Mais, contrairement à certaines définitons du terrorisme, les activistes ciblent des victimes particulières et non pas des persones prises au hasard; car c'est principalement-si pas exclusivement-la communauté scientifique qui est touchée.
     On peut en déduire que le FBI et le SCRS considèrent surtout les terroristes par les moyens que ceux-ci utilisent. Par contre, le public en général semble se fxer sur la finalité des actes, c'est à dire un but politique. Or l.'ALF paraît promouvoir plutôt un changement dans les moeurs ou au sein des pratiques sociales qu'un véritable boulversement politique.
C'est pourquoi il apparaît que l'étiquetage peut être appliqué à tout type de 'terrorisme' à cause unique qui utiliserait des moyens quelque peu violents.

 

 

     
 

Références

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  • Lefebvre, André (1983), "Les autorité canadienne face au terrorisme", Thèse canadienne sur microfiche, Université Laval.
  • Mannoni, Pierre (1992), "Un laboratoire de la peur, terrorisme et media", Marseille: Le Journal des psychologues.
  • Singer, Peter (2005), "In Defense Of Animals: The Second Wave", U.K.: Blackwell Publishers.
  • Singer, Peter (2002), "Animal Liberation",N-Y: Harper Collins Publishers Inc.
  • Dunayer, Joan (2004), "Speciesism", Lantern Books.
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  • Wand, Kelly (2002), "The Animal Rights Movement", N-Y: Greenhaven Press.
 
     
   
2002-2008, ERTA